Mort pour n'avoir pas sonné du cor :
Devant la menace d'une invasion imminente, Marsile, roi de Saragosse, promet de se convertir, lui et les siens, au catholicisme. Pour mener les négociations, Roland, neveu de Charlemagne, propose d'envoyer Ganelon, son beau-père, pensant lui rendre hommage. Mais celui-ci ne voit dans cette ambassade qu'une embuscade et, par souci de vengeance, trahit. Il conseille à Marsile de diriger une offensive sur
l' arrière garde de l'armée chrétienne où se trouvent Roland et son inséparable ami Olivier. L'ennemi se rapproche ; toutefois, Roland refuse de sonner du cor pour avertir l'empereur et rappeler le gros de l'armée. Seul, il oppose une héroïque résistance aux Sarrasins, armé de sa fidèle épée Durendal.
Quand il se résigne enfin à rassembler les troupes, il est trop tard. Gravement blessé, après avoir tenté de briser son épée, il s'étend sous un pin, attendant que la mort le ravisse. La belle Aude, sæur d'O!ivier, meurt à son tour de chagrin en apprenánt la disparition de son fiancé. Charlemagne vengera le héros en battant les Sarrasins. Quant à Ganelon, il périra écartelé au terme d'un duel judiciaire où le représentant de Roland accule à la défaite celui du traître, rendant de la sorte manifeste le jugement divin.
Faits et gestes :
La "Chanson de Roland", la plus ancienne chanson de geste connue en France, relate les exploits de Roland, neveu de Charlemagne, face aux infidèles. Composé de 4000 vers, ce poème raconte, basé sur des faits historique, le massacre de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne au col de Roncevaux, le 15 août 778.
La "Chanson de Roland", long poème épique divisé en strophes, appartient au genre des chansons de geste
Elles étaient récitées de château en château, sur des places ou dans les foires, par des "jongleurs" qui s'accompagnaient sur une vielle. "La Geste de Roland" compte parmi les plus anciennes et les plus célèbres, sans doute en raison du caractère exemplaire des hauts faits rapportés, mais aussi de la beauté de la langue employée. Rédigée en dialecte anglo-normand par un scripteur (l'auteur ?) signant TUROLD, elle fait partie de "La Geste du Roi", biographie légendaire de Charlemagne, "empereur à la barbe fleurie". La lutte armée qu'entreprend Roland contre les infidèles est l'occasion d'exalter les sentiments patriotiques et religieux.
Roland incarne par ses propos autant que par ses prouesses la figure du serviteur de Dieu, telle que l'encensait la féodalité chrétienne.
Extraits :
La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)
V
Par les oreilles lui sort la cervelle.
Pour ses pairs il prie que Dieu les appelle,
Et pour lui-même implore l'ange Gabriel.
Prenant son olifan dans une main, Et Durandal son épée ;
De plus d'une portée d'arbalète Il s'avance vers l'Espagne.
Au sommet d'un tertre, sous deux beaux arbres
Il y a quatre blocs de marbre luisant;
C'est là qu'il tombe à la renverse, sur l'herbe verte;
Il s'est évanoui, la mort est proche.
La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)
X
Il en abat plus que je ne saurais dire;
L'épée grince, mais ne s'ébrèche ni se brise, Rebondissant en l'air.
Quand le comte voit qu'il ne la brisera pas,
Il la plaint bien tendrement en se parlant à lui-même :
Ah, Durandal, comme tu es bonne et sainte !
Dans ton pommeau d'or sont de nombreuses reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de sainte Marie;
II n'est pas juste que des païens te possèdent, C'est de chrétiens que tu dois être honorée.
Que de vastes terres avec toi j'aurais conquises,
Que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L'empereur est puissant et riche.
Ne soit jamais l'épée d'un couard !
Que Dieu ne permette pas à la France telle honte !
La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)
XI
Et dans la tête et le coeur lui descend.
Dessous un pin il va courant
Et sur l'herbe verte s'allonge,
Plaçant sous lui épée et olifan,
Et regardant vers la grande Espagne;
Ainsi fait-il parce qu'il veut que Charlemagne Et tous ses soldats de son armée
Disent que le noble comte est mort en conquérant.
Il bat sa coulpe de tous ses péchés,
Et pour leur rémission, offre à Dieu son gant.
Notes :
Le XIXe siècle redécouvre les textes médiévaux. Parmi ceux-là, La Chanson de Roland suscite une admiration sans retenue : <<Dans le plus ancien qui nous reste, la sublime Chanson de Roland, quoique nous ne l'ayons encore que dans sa forme féodale, j'entends la forte voix du peuple et le grave accent des héros. >>
Jules Michelet, Histoire de France, Bouquins, Laffont, 1981
Les critiques de la fin du XIXe siècle admirent la beauté de la langue employée: <<Nulle intention littéraire, nul souci de l'effet ne gâtent l'absolue simplicité du récit. Le style, tel quel, purement éclaratif, ne s'interpose pas entre l' action et les vers : nulle invention verbale, nulle subjectivité personnelle n'adhère aux faits. Détachée à l'instant des mots qui nous les apportent, leur image réelle subsiste seule en nous : ils s'ordonnent d'eux-mêmes en une vision étrangement nette et objective : on ne lit pas, on voit. >>
Gustave Lanson, Études littéraires et morales, Slatkine, 1971
Gaston Paris, philologue spécialiste de littérature médiévale, définit en ces termes la place de La Chanson de Roland dans la production française : <<La Chanson de Roland se dresse à l'entrée de la voie sacrée où s'alignent depuis huit siècles les monuments de notre littérature comme une arche haute et massive, étroite si l'on veut, mais grandiose et sous laquelle nous ne pouvons passer sans admiration, sans respect et sans fierté. >>
Gaston Paris, Mélanges de littérature française du Moyen Age,
éditions Marie Roques, 1966

















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