Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 17:10

LA CHANSON DE ROLAND  : Auteur inconnu



Mort pour n'avoir pas sonné du cor :


Devant la menace d'une invasion imminente, Marsile, roi de Saragosse, promet de se convertir, lui et les siens, au catholicisme. Pour mener les négociations, Roland, neveu de Charlemagne, propose d'envoyer Ganelon, son  beau-père, pensant lui rendre hommage. Mais celui-ci ne voit dans cette ambassade qu'une embuscade et, par souci de vengeance, trahit. Il conseille à Marsile de diriger une offensive sur
l' arrière garde de l'armée chrétienne où se trouvent Roland et son inséparable ami Olivier. L'ennemi se rapproche ; toutefois, Roland refuse de sonner du cor pour avertir l'empereur et rappeler le gros de l'armée. Seul, il oppose une héroïque résistance aux Sarrasins, armé de sa fidèle  épée Durendal.
Quand il se résigne enfin à rassembler les troupes, il est trop tard. Gravement blessé, après avoir tenté de briser son épée, il s'étend sous un pin, attendant que la mort le ravisse. La belle Aude, sæur d'O!ivier, meurt à son tour de chagrin en apprenánt la disparition de son fiancé. Charlemagne vengera le héros en battant les Sarrasins. Quant à Ganelon, il périra écartelé au terme d'un duel judiciaire où le représentant de Roland accule à la défaite celui du traître, rendant de la sorte manifeste le jugement divin.



Faits et gestes :


La "Chanson de Roland", la plus ancienne chanson de geste connue en France, relate les exploits de Roland, neveu de Charlemagne, face  aux infidèles. Composé de 4000 vers, ce poème raconte, basé sur des faits historique, le massacre de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne au col de Roncevaux, le 15 août 778.

La "Chanson de Roland", long poème épique divisé en strophes, appartient au genre des chansons de geste
Elles étaient  récitées de château  en château, sur des places ou dans les foires, par des "jongleurs" qui s'accompagnaient sur une vielle.  "La Geste de Roland" compte parmi les plus anciennes et les plus célèbres, sans doute en raison du caractère exemplaire des hauts faits rapportés, mais aussi de la beauté de la langue employée. Rédigée en dialecte anglo-normand par un scripteur (l'auteur ?) signant TUROLD, elle fait partie de "La Geste du Roi", biographie légendaire de Charlemagne, "empereur à la barbe fleurie". La lutte armée qu'entreprend Roland contre les infidèles est l'occasion d'exalter les sentiments patriotiques et religieux.

Roland incarne par ses propos autant que par ses prouesses la figure du serviteur de Dieu, telle que l'encensait la féodalité chrétienne.



Extraits :

La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)

V

Car Roland sent que la mort est proche :
Par les oreilles lui sort la cervelle.
Pour ses pairs il prie que Dieu les appelle,
Et pour lui-même implore l'ange Gabriel.
Prenant son olifan dans une main, Et Durandal son épée ;
De plus d'une portée d'arbalète Il s'avance vers l'Espagne.
Au sommet d'un tertre, sous deux beaux arbres
Il y a quatre blocs de marbre luisant;
C'est là qu'il tombe à la renverse, sur l'herbe verte;
Il s'est évanoui, la mort est proche.

La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)

X

Roland frappe sur une roche bise ;
Il en abat plus que je ne saurais dire;
L'épée grince, mais ne s'ébrèche ni se brise, Rebondissant en l'air.
Quand le comte voit qu'il ne la brisera pas,
Il la plaint bien tendrement en se parlant à lui-même :
Ah, Durandal, comme tu es bonne et sainte !
Dans ton pommeau d'or sont de nombreuses reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de sainte Marie;
II n'est pas juste que des païens te possèdent, C'est de chrétiens que tu dois être honorée.
Que de vastes terres avec toi j'aurais conquises,
Que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L'empereur est puissant et riche.
Ne soit jamais l'épée d'un couard !
Que Dieu ne permette pas à la France telle honte !


La Chanson de Roland (Extrait de la mort de Roland)

XI

Roland sent que la mort l'entreprend,
Et dans la tête et le coeur lui descend.
Dessous un pin il va courant
Et sur l'herbe verte s'allonge,
Plaçant sous lui épée et olifan,
Et regardant vers la grande Espagne;
Ainsi fait-il parce qu'il veut que Charlemagne Et tous ses soldats de son armée
Disent que le noble comte est mort en conquérant.
Il bat sa coulpe de tous ses péchés,
Et pour leur rémission, offre à Dieu son gant.


*************************

Notes :




Le XIXe siècle redécouvre les textes médiévaux. Parmi ceux-là, La Chanson de Roland suscite une admiration sans retenue : <<Dans le plus ancien qui nous reste, la sublime Chanson de Roland, quoique nous ne l'ayons encore que dans sa forme féodale, j'entends la forte voix du peuple et le grave accent des héros. >>

 Jules Michelet, Histoire de France, Bouquins, Laffont, 1981


 Les critiques de la fin du XIXe siècle admirent la beauté de la langue employée: <<Nulle intention littéraire, nul souci de l'effet ne gâtent l'absolue simplicité du récit. Le style, tel quel, purement  éclaratif, ne s'interpose pas entre l' action et les vers : nulle invention verbale, nulle subjectivité personnelle n'adhère aux faits. Détachée à l'instant des mots qui nous les apportent, leur image réelle subsiste seule en nous : ils s'ordonnent d'eux-mêmes en une vision étrangement nette et objective : on ne lit pas, on voit. >>

Gustave Lanson, Études littéraires et morales, Slatkine, 1971

Gaston Paris, philologue spécialiste de littérature médiévale, définit en ces termes la place de La Chanson de Roland dans la production française : <<La Chanson de Roland se dresse à l'entrée de la voie sacrée où s'alignent depuis huit siècles les monuments de notre littérature comme une arche haute et massive, étroite si l'on veut, mais grandiose et sous laquelle nous ne pouvons passer sans admiration, sans respect et sans fierté. >>

Gaston Paris, Mélanges de littérature française du Moyen Age,
éditions Marie Roques, 1966


Par Cathou
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 19:31



Auteur Anonyme :

Tristan et Iseut s'éprennent l'un de l'autre d'un amour passioné après avoir bu, par erreur, un philtre magique. Le destin des amants sera tragique.




Une épopée de l'amour :

Tristan (le triste) parfait damoiseau* qui excelle aux armes et à la harpe, brave courageusement le géant Morholt. A  la suite de ce combat, il est soigné par la belle Iseut la Blonde. Revenu chez son oncle le roi Marc de Cornouailles, il est chargé de lui trouver une épouse.  Tristan pense à Iseut la Blonde. Sur la nef qui les conduit au royaume de Marc, Tristan et Iseut boivent par méprise le philtre d'amour préparé à l'intention des futurs époux.

*
autrefois, titre du jeune gentilhomme avant qu'il ne devienne chevalier

Liés par ce sort,  les amants continuent à s'aimer malgré le mariage de Marc et Iseut. Leur relation ayant été dévoilée, Tristan s'exile et épouse Iseut aux blanches mains.  A l'agonie, par suite d'un combat malheureux, il fait appeler Iseut la Blonde. Celle-ci  accourt mais essuie une tempête en mer qui la retarde. Son navire arbore une voile blanche, signe de sa venue. La jalousie pousse la femme de Tristan à lui dire que la voile est noire, signe que sa bien-aimée ne viendra pas. Tristan trépasse alors et Iseut, désespérée, s'allonge près de lui et meurt d'amour.

Un roman mythique :

Tristan et Iseut font partie du fonds légendaire celtique dit  "la Matière de Bretagne". Ce thème  a inspiré plusieurs oeuvres, dont la version de Thomas (1175) qui s'appuie sur la poésie courtoise et celle, épique, de Béroul (1190). Le récit des amours de Tristan et Iseut est celui d'une fatalité tragique. Dans un univers mystérieux, parfois merveilleux, les deux héros luttent contre un destin écrasant qui les condamne à toutes sortes d'épreuves, code de l'amour passion. Le pouvoir du philtre plonge Iseut dans l'adultère malgré elle et contraint Tristan, l'obligé du roi Marc, à la félonie. Les lois du monde semblent incontournables, puisque seule la mort libérera et réunira enfin les amants.

Ce texte haut en couleur, concilie la réalité du Moyen-Âge  et un univers enchanté. La magie a pourtant plus de pouvoir puisque c'est elle qui domine le cours des évènements. De cette victoire de la passion (amour impossible) sur le mariage (amour possible) naîtra le mythe auquel "se rattache  deux grandes traditions de la culture occidentale : le romantisme et le roman" (Denis de Rougemont).


Le retentissement de la légende fut si important que "le mythe lui même a bouleversé l'auditoire médiéval", s'il faut en juger par la façon dont les poètes des XII et XIII ème siècles se situent par rapport à l'érotique  tristanesque.
Ce roman va en effet devenir la référence littéraire de l'amour passion bien que très vite (XIII ème siècle), une tendance moralisatrice mette l'accent sur les remords et les scrupules du couple.


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Extraits :




Tristan et Iseut


Petit point sur l'intrigue :


Ce texte conclut l'histoire tragique de Tristan et Iseut, deux amoureux légendaires qui partagé une passion sans limite après avoir bu un filtre d'amour. Mais Iseut était destiné à se marier avec le roi Marc, suzerain de Tristan. Avant cet extrait Tristan avait demandé à son meilleur ami d'aller quérir Iseut, car étant mourrant, il sentait que la seule façon de guérir serait de revoir sa dulcinée. Il charge donc son ami de revenir avec elle et lui donne pour cela quarante jours. De plus son ami devait avertir Tristan du résultat de sa quête en mettant une voile blanche s'il était parvenu à ramener la belle et une noire en cas d'échec. Tristan attend, la crainte au cœur, s'accrochant à ses lambeaux de vie,  le retour du bateau. Celui-ci a été retardé par une tempête. Tristan est à l'agonie quand la nef arrive enfin. Mais sa femme, voulant se venger,  lui  annonce que la voile est noire. Donc Tristan est persuadé que Iseut a refusé de venir le voir.



Alors Tristan se tourne contre le mur et dit:
   "Que Dieu te sauve, Iseut, et me sauve ! Puisque tu n'as pas voulu venir jusqu'à moi, il me faut mourir pour l'amour de toi. Je ne puis plus tenir ma vie ; pour toi, je meurs, Iseut. Tu n'as pas eu pitié de mon mal. Mais, amie, ce m'est grand réconfort que tu auras pitié de ma mort."
  "Amie Iseut" trois fois a dit ; la quatrième il rend l'esprit.

Alors par la maison, pleurent ses chevaliers, ses compagnons, hauts sont les cris, grande est la plainte. Ils enlèvent le corps du lit, l'étendent sur le drap de soie et le couvrent d'un voile.

Le vent s'est levé sur la mer, gonfle la voile, pousse la nef jusqu'au rivage.

Iseut est sortie de la nef, entend la plainte par la rue, les cloches aux moutiers, aux chapelles, demande aux gens les nouvelles, pour qui sont sonnées ces cloches, pour qui sont versés ces pleurs.
Un ancien alors lui dit : 
   "Belle dame, que Dieu m'aide. Nous avons ici telle douleur que jamais nulle part il n'y en eut plus grande. Tristan le preux, le franc est mort. Il était large aux besogneux, secourable aux douloureux. D'une blessure qu'il avait reçue, il est mort tout à l'heure dans son lit. Jamais pareil malheur ne frappa cette terre."

Iseut entend la nouvelle, de douleur elle ne peut dire mot, elle va désaffublée, devant tous les autres, au palais. Les Bretons n'avaient jamais vu femme si belle. Tous s'émerveillent et demande d'où elle vient et qui elle est.

Iseut se rend où est le corps, elle se tourne vers l'orient, pour son ami prie piteusement.
   "Tristan, puisque je te vois mort, je ne puis ni ne dois plus vivre. Maudite tempête qui me fit si longtemps demeurer sur la mer. Si j'étais venue à temps, je t'aurais rendu la vie, je t'aurais parlé doucement de l'amour qui fut entre nous. J'eusse plaint notre aventure, nos joies, nos plaisirs, et nos peines. Je t'aurais embrassé et enlacé. Puisque je n'ai pu te sauver, puissions nous donc mourir ensemble. Puisque je t'ai trouvé mort, nous partagerons encore ce boire. ¨Pour moi tu as perdu la vie, je serais ami véritable, pour toi je veux mourir aussi."

Elle l'embrasse, près de lui s'étend, lui baise la bouche et la face, étroitement à lui s'enlace, corps à corps, bouche à bouche.

A ce moment rend son esprit.

Tristan mourut pour son désir, Iseut d'être trop tard venue ; Tristan mourut pour son amour et la belle Iseut de douleur.

Quand le roi Marc apprit la mort des amants, il vint en Bretagne. Il fit préparer deux cercueils, un de calcédoine et l'autre de béryl : Tristan fut mis en calcédoine et Iseut fut mise en béryl. Puis Marc les emporta sur sa nef. Il les fit ensevelir en deux tombeaux, de chaque côté d'une chapelle, afin que même après leur mort ils fussent séparés, mais on raconte que pendant la nuit un rosier germa du cœur d'Iseut et qu'une vigne jaillit du cœur de Tristan. Ce rosier et cette vigne crûrent si haut qu'au-dessus de la chapelle, ils entrelaçaient leurs branches, mêlant feuilles, fleurs et fruits. Par trois fois ils furent coupés, et trois fois ils repoussèrent.

Le conteur fini ici ce conte.

A tous amants,
Il dit salut : aux pensifs et aux heureux, aux envieux, aux désireux, aux réjouis, aux éperdus, à tous ceux qui m'ont écouté. J'ai dit le mieux que j'ai su ; j'ai dit toute la vérité.
Puissent les amants y trouver réconfort encontre change, encontre tort, encontre peine, encontre pleur, encontre tous les maux d'amours.

 

 

 

 

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Notes :

 


 

 

La reconstitution du fil dramatique de la légende a été rendue possible grâce à la compilation de plusieurs de ses versions, souvent fragmentaires. Vers 1140, la légende celtique pénètre en France grâce à Breri, jongleur gallois introduit à la cour du comte de Poitiers. Après les premiers romans en vers de Béroul et de Thomas, Marie de France, qui a sans doute connu Thomas  à la cour d' Aliénor d' Aquitaine, compose le "Lai du chèvrefeuille" .  Les deux "Folie Tristan"  de Berne et d'Oxford, ainsi que les versions d'Eilhart d'Oberg et de Gottfried de Strasbourg ont apporté de nombreuses  précisions.


En 1230, un roman unique en prose rassemble les divers épisodes de la légende.


La pérennité du mythe est telle que le thème de Tristan et lseut est à la source d'oeuvres aussi différentes que l'opéra de Wagner de 1865 ou le scénario, en 1943, de Jean Cocteau pour le film

L' Éternel Retour, dans lequel l'histoire est réactualisée. L'ambiguïté de cette passion amoureuse, son inadéquation aux réalités présentes, son caractère illégal et amoral par rapport aux normes de l'Église posent le problème fondamental de la nature de l'amour. A ce propos, un troubadour s'écrie : "Ce n'est pas amour qui tourne à la réalité."


"Tristan et Iseut ne s'aiment pas, ils l'ont dit et tout le confirme.  Ce qu'ils aiment, c'est l'amour, c'est le fait même d'aimer."


Denis de Rougemont






Par Cathou
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /2009 13:02

43 av J.C. - 17 av  J.C.





L'ART D'AIMER :


Quels sont les lieux priviligiés de rencontres ? Comment plaire ? Comment garder sa conquête ? Telles sont les principales questions auxquelles Ovide répond.

Ovide
composa trois poèmes didactiques : "L'Art d'aimer", son antidote, "Les Remèdes à l'amour " et un poème sur l'art du maquillage "Fards", dont il ne subsiste plus que quelques fragments.


Né le 20 mars 43 av. J.C. 
Décédé vers 17 av. J.C.



Le manuel du parfait don juan et de la parfaite séductrice :


"L'Art d'aimer" est un poème didactique en trois livres sur les moyens de plaire. La traduction traditionnelle du titre n'est pas excellente, car ce n'est pas tant l'art d'aimer que l'art de séduire
qu' Ovide a voulut enseigner.

Au livre I, le poète traite du problème des lieux de rencontre et des façons de plaire. Ainsi  indique-t-il au lecteur que c'est dans les lieux publics, les dîners en ville et au spectacle qu'il a le plus de chances de faire des rencontres intéressantes. Le professeur de galanterie donne ensuite toutes sortes de prescriptions sur l'usage des billets doux, des complicités utiles, sur la façon de s'habiller, les propos à tenir (compliments et promesses).

Le livre II énumère les moyens qui permettront aux hommes de s'attacher leurs conquêtes. Ovide recommande les cadeaux ainsi que des moyens plus psychologiques comme être en admiration perpétuelle, donner des preuves de dévouement, louer même les défauts de la femme aimée, s'arranger pour que les infidélités demeurent ignorées, mais, dans certains cas, éveiller la jalousie.

Le livre III,
à la différence des deux premiers, s'adresse aux femmes, qui séduiront les hommes par les parures du corps et de l'esprit.

Un ouvrage scandaleux :


"L'Art d'aimer", où Ovide place les deux sexes sur un pied d'égalité avec le même droit au plaisir, à la culture et à la liberté, fit du bruit en son temps et demeure aujourd'hui un livre plein de charme et d'humour. Il existe une différence de forme importante entre les poèmes didactiques d'Ovide et les oeuvres sérieuses du même genre littéraire : alors que ces dernieres étaient écrites dans le mètre  (
le vers grec est formé par la répétition de brèves séquences syllabiques, chaque séquence représentant un mètre ou un pied.) de la grande poésie (l'épopée), l'héxamètre dactylique* , Ovide a opté, pour souligner le caractère parodique de ses traités, de les écrire en distiques élégiaques **. Ce rythme était destiné à l'expression du sentiment amoureux : la poésie érotique à Rome est essentiellement élégiaque.

*
  L'hexamètre dactylique, est un un vers qui a six "mesures" (ou six pieds, qui sont entre deux barres obliques dans les exemples suivants), c'est à dire, un groupe de syllabes constituant la mesure élémentaire du vers. Les "mesures" (ou pieds) de l'hexamètre sont constitués d'une alternance de syllabes brèves et de syllabes longues (on ne considère que les voyelles).

** Le distique élégiaque est un ensemble de deux vers (un distique) composé pour le premier d'un hexamètre dactylique et pour le second d'un pentamètre dactylique. C'est par excellence le vers de l'élégie grecque et latine de l'Antiquité.

Dans "L'art d'aimer", le didactisme s'efface au plan formel, tout en s'affirmant au niveau discursif ; ce décalage de la forme et du fond était un véritable coup de maître.


Extraits :

Complicité de la servante :

Mais d'abord lie connaissance avec la servante de la femme que tu veux séduire : tu dois t'y employer. C' est elle qui te facilitera les premiers pas. Assure-toi de la part qu' elle a dans la confidence de sa maÎtresse et de sa .complicité assurée et discrète pour tes amours. Afin de la gagner, emploie les promesses, emploie les prières  ; ce que tu lui demandes, il lui sera facile de te le procurer, si elle le veut. Elle choisira le moment favorable (les médecins aussi tiennent compte du moment) où l' âme de sa maîtresse est bien disposée et se prête à la séduction.
                                      
                     

La pâleur du teint  :



Un teint blanc choque chez un marin : l' eau de la mer et les rayons du soleil ont dû le hâler. Il choque également chez un laboureur, qui, toujours en plein air, retourne la terre avec la charrue au soc recourbé ou avec la lourde herse. Toi aussi qui, dans les jeux, brigues la couronne de Pallas, si ta peau est blanche, on en sera choqué. [Mais] tout amant doit être pâle .. c' est le teint qui convient à l'amant ..voilà ce qui lui sied. Bien des gens pourraient croire que cela n'a jamais servi à rien. [Et pourtant] pâle était Orion, quand, amoureux de Sidé, il errait dans les bois ..pâle Daphnis, amoureux d' une naïade indifférente.La maigreur doit trahir, elle aussi, les tourments de ton âme, et n' aie pas honte de couvrir d' une petite écharpe [de malade] ta chevelure brillante. Le corps maigrit par les veilles, les soucis et la douleur qu' engendre un violent amour. Pour voir tes voeux couronnés, inspire la pitié, afin qu' en l' apercevant on dise aussitôt : <<Il est amoureux. >>

                                      

Se défier des amies :


J' ai regretté,je m' en souviens, qu' il fallût se méfier de ses amis : ce regret ne s' adresse pas seulement aux hommes. Si tu es trop confiante, d' autres femmes goûteront à ta place les plaisirs d' amour, et le lièvre que tu auras levé sera pris par d' autres. Même cette amie qui, dévouée, prête son lit et sa chambre, tu peux m'en croire, elle s'est donnée à moi plus d'une fois. N'emploie pas non plus une servante trop jolie : souvent elle a pris auprès de moi la place de sa maîtresse.

C'est un charme qu'une voix mélodieuse : que les jeunes filles apprennent à chanter (à défaut de beauté, beaucoup de femmes ont eu leur voix comme moyen de séduction) et qu'elles répètent tantôt les airs entendus dans nos théâtres de marbre, tantôt les chants du Nil avec leur rythme. Les femmes qui suivront mes conseils ne doivent pas ignorer l'art de tenir le plectre de la main droite et la cithare de la main gauche. Apprends également à parcourir légèrement de tes deux mains le nable, cet instrument joyeux : il convient aux doux ébats.

                                                                                     Traduit par Henri Bornecque, Gallimard 1924 et 1930




******************




Notes :




<<La facilité et la mobilité poétiques  d'Ovide ont fait dire qu'il était déjà plus Italien que Romain
(G. Boissier). La notation est fort juste, moyennant quelques précautions. Ovide travaille vite, mais il n' est pas un improvisateur : il a cherché constamment à éprouver son talent par des æuvres de plus en plus malaisées. Si, d'autre part, on sent en lui des signes avant-coureurs de décadence, abus d'esprit et frivolité, détachement du sujet, inégalité dans le développement, il est encore classique par son aisance limpide, et surtout par sa santé intellectuelle : sa vision est franche, sa sensibilité sans détours, sa raison intacte. Il se fie aux sens et à la psychologie... >>

 Jean Bayet, Littérature
latine, Colin, Paris, 1965


<<Ovide,d'autre part, fut très sensible à la poésie particulière, un peu mièvre, de la vie mondaine. Et il a su  délicatement mettre en valeur, dans les épisodes rebattus des Amours, tantôt les ingéniosités,
tantôt les joies esthétiques ou le mouvement lyrique, dont un observateur se rend mieux compte qu'un cæur passionné. Sa perspicacité aussi mobile et moqueuse lui faisait saisir sur le vif des scènes de comédie mondaine, qu'il a rendues, surtout dans L' Art d' aimer, avec une délicatesse et une légèreté de touche qui accentuent certaines tendances de Térence et semblent annoncer Marivaux. >>




Par Cathou
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /2009 16:36

Situation du roman au XII ème siècle

On sait que le XII ème  siècle marque le premier grand essor de la littérature française. Dès le début du siècle, l'identité linguistique de la France commence à s'illustrer plus indépendamment de la culture latine, et surtout ecclésiastique, des siècles précédents. Hétérogène,  voire régionale, par ses dialectes, dont le picard, le normand, le francien,  le champenois. etc., dans le Nord et l'occitan dans le Sud, la littérature vernaculaire se répartit d'emblée en plusieurs catégories homogènes tant par leur matière que par leur forme. Le récit hagiographique, la chanson de geste, et la poésie lyrique des troubadours témoignent tous et bien avant 1150  d'une volonté pleinement consciente d'adapter l'expression littéraire à des fins non moins esthétiques que religieuses, politiques, ou sentimentales. Mais si l'on veut bien comprendre la naissance d'une harmonie déjà classique entre langue littéraire, technique poétique, et conscience sociale, il faut tenir compte du surgissement, vers 1130, d'un genre qui jouira d'une vogue extraordinaire pendant presque deux siècles, celui du roman.

Primitivement,  le mot roman désigne la traduction du latin en langue vulgaire,  mais ce sens général fait place à la notion d'une oeuvre narrative en octosyllabes à rimes plates,  telle fragment du Roman d' Alexandre (1130) d'Albert de Pisançon. Viennent ensuite une série de trois oeuvres d'inspiration gréco-latine (1150-1165) : le Roman de Thèbes, Enéas (tous les deux anonymes), et le Roman de Troie de Benoît de Sainte-More.
Dans ces romans d'antiquité,  les sujets épiques empruntés aux Anciens s'enrichissent d'un exotisme voulu,
et aux exploits guerriers typiques d'un Enéas ou d'un Hector s'ajoute une nouvelle préoccupation,  celle du
couple amoureux - Enéas et Lavine, Jason et Médée - aux prises avec la passion naissante.

De la même époque proviennent les romans d'inspiration celtique, répandue en France par les jongleurs bretons et gallois,  la matière de Bretagne fournit à Béroul et à Thomas la vaste histoire de Tristan, amant
de la reine Iseut,  et à Marie de France les sujets de ses lais, qui sont de courtes nouvelles sentimentales, parfois légèrement teintées d'enchantement  magique et féerique. Avec l'appui d'une longue tradition érudite, le Roman de Brut (1155) de Wace,  traduit de "l'Historia regum Britanniae (1137), pseudo-chronique de Geoffroi de Monmouth, met le monde arthurien à la portée du public courtois pour la première fois. C'est cette même légende du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde qui deviendra le sujet par excellence des romans courtois et qui fera le renom du plus grand romancier du XII ème  siècle,  Chretien de Troyes.




Un écrivain courtois

Chrétien de Troyes, né à Troyes vers 1135 et mort vers 1183, fut un trouvère et poète français, considéré comme un des premiers auteurs de romans de chevalerie.

Comme son nom l'indique, Chretien était probablement originaire de Troyes,  où il aurait fréquenté la cour champenoise de Marie, fille du roi de France Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine. Vers 1159,  Marie épouse le comte Henri Ier de Champagne et devient par la suite l'animatrice d'un centre littéraire et intellectuel des plus brillants. C'est en effet à Marie, "Ma dame de Champagne", que Chretien attribue la matière et le sens d'un de ses romans, "Le Chevalier à la charrette". Plus tard, sous le mécénat de Philippe d' Alsace. comte de Flandre (mort en 1191),  il entreprend son dernier roman, " Le Conte du Graal",  qu'il n'achève pas avant sa mort. D'où les dates limites de 1159 et 1191 entre lesquelles se situe la majeure partie de son oeuvre.

Contemporain et des romanciers courtois émules de l' Antiquité et de ceux qui puisent dans les sources
celtiques, Chretien se trouve au carrefour des deux traditions. D'après les titres qu'il énumère dans le prologue de Cligès,  son oeuvre de jeunesse comporte des imitations d'Ovide,  dont deux contes adaptés des Métamorphoses, et des traductions de "l'Ars amandi" et des "Remedia amoris", aussi bien qu'un conte du Roi Marc et d' Iseut la Blonde. emprunté à la matière de Bretagne. A part un "Philomela" inspiré des "Métamorphoses",  aucun de ces écrits ne nous est parvenu. En revanche,  on lui attribue le conte non-arthurien de "Guillaume d'
Angleterre", apparenté à la légende de saint-Eustache, et deux chansons d'amour dans le genre des trouvères lyriques. Quoique marginal, ce bilan révèle chez Chretien une connaissance assez étendue des courants littéraires de son époque.

Perceval ou le conte du Graal

Perceval, jeune homme naif, vit avec sa mère au fond des bois. A cause de la mort de son mari et des deux  ainés de Perceval, elle veut à tout prix lui épargner leur sort. Mais Perceval rencontre par hasard des  chevaliers de la Table Ronde et trouve sa vocation. Malgré les protestations de sa mère, il gagne la cour d'Arthur et se fait chevalier par une série d'épreuves prodigieuses.  Pendant ses errances, il passe une nuit au chateau d'un roi infirme et assiste à un cortège mystérieux. Par peur de sembler encore naif, il n'interroge pas son hôte sur la lance qui saigne et le "Graal" - une sorte de vase - qu'il voit défiler devant lui. Le lendemain il se trouve seul au château. Au départ, il apprend que sa mère est morte de chagrin lorsqu'il l'a quittée. Chez Arthur, une laide demoiselle lui  reproche son silence au chateau du Graal. Par conséquent, le roi restera infirme, son royaume sera dévasté, et ses sujets subiront les pires malheurs. Avant d'expier ses fautes, Perceval passe cinq années en quête du Graal. Un vendredi Saint, un ermite - son oncle
maternel - lui explique que le péché envers sa mère lui "trancha la langue"  au château du Graal.  En fait, le roi infirme est le cousin de Perceval, et le père de celui-là   -lui aussi oncle maternel de Perceval - se nourrit d'une seule hostie portée dans le Graal. Maintenant pénitent, Perceval écoute la lecon de piété et de charité et communie le jour de Pâques. S 'ensuivent les aventures de Gauvain, mais le roman, inachevé, ne reprendra pas celles de Perceval.

Extrait
:

Un valet d'une chambre vint
Qui une blanche lance tint,
Empoignée par le milieu,
Et défila devant le feu
Près de ceux qui là s'asseyaient.
Toute l'assistance voyait
La lance au fer étincelant
D'une goutte de sang coulant
Du fer de la lance au sommet,
Et jusqu'à la main du valet
Coulait cette goutte vermeille.
Perceval vit cette merveille,
Lui qui au château reposa.
Mais de ce mystère il n'osa
Demander d'où il provenait :
Un conseil il se rappelait
De l'homme qui armer le fit
Qui lui enseigna et apprit
De se garder de trop parler.
Il craint, s'il ose en discuter
Qu'on ne lui tienne à vilenie :
Donc il ne le demanda mie.
Alors deux autres valets vinrent
Qui chandeliers en leurs mains tinrent
De fin or ouvragé en nielle.
La contenance était très belle
De ceux qui  chandeliers portaient.
Sur chaque chandelier brillaient
Dix chandelles à tout le moins.

Un graal entre ses deux mains
Une demoiselle tenait
Qui avec les valets venait,
Belle et douce et bien habillée.
Dans la salle elle fit son entrée,
Et du graal qu'elle tenait
Si vive clarté émanait
Que le chandelier fut obscur
Comme perd l'astre sa lueur
Quand se lève soleil ou lune.
Après elle s'ensuivait une
Qui tenait un plateau d'argent.
Le graal, qui allait devant
De fin or épuré était ;
Pierres précieuses avait
Ce graal, de toutes manières,
Des plus riches et des plus chères
Qu'il y aient en mer ou sur terre.
Valaient plus que toute autre pierre
Celles du graal, sans doutance.
Tout ainsi que passa la lance
Devant le feu elles passèrent
Et d'une chambre à l'autre allèrent.
Le jeune homme les vit passer,
Mais il n'osa point demander
A qui du graal on servait,
Car toujours au coeur il avait
Le conseil du prudhomme sage...

Trad. D. MADDOX

Par Cathou
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /2009 16:49


1265 - 1321

Séparé à tout jamais de ses deux passions, Florence, sa ville natale, et Béatrice Portinari, Dante
s'absorba dans "La Divine Comédie", un long poème mystique et une somme de toutes les connaissances médiévales.

                         
  DANTE  ALIGHIERI
1265 - 1321


Rencontre avec Béatrice :


Pour les biographes, Dante eut une enfance sans histoire ; pour les poètes, la première partie de sa vie fut dominée par un évènement mémorable, le seul de sa jeunesse qu'il évoqua dans ses oeuvres. Il avait neuf ans, et il rencontra Béatrice, une petit fille vêtue de rouge, âgée de neuf ans elle aussi, et qui "ne paraissait pas fille d'homme mortel mais de dieu".  Cette rencontre avec elle qu'il nomma "la glorieuse dame de sa pensée" donna naissance à un amour qui accompagnera l'enfant puis le jeune homme jusqu'à ses vingt-cinq ans, âge auquel il composa "Vita Nuova".

Avant cela, il avait passé son enfance dans une famille de la vieille noblesse florentine (il était né en 1265), de conditions modestes, les Alighieri. Ceci explique que ses études furent limitées à la grammaire, c'est à dire à l'apprentissage du latin médiéval. Sans soutien ni fortune, il dut prendre sur lui de pousser plus loin ses études, travaillant notamment avec Bruno Latini, poète et maître rhétorique.

L'amour et les amours :

Vers l'âge de dix-huit ans, toujours étudiant, Dante rencontra pour la deuxième fois Béatrice. Cette fois, la jeune fille lui adressa la parole et, "comme ce fut la première fois que ses paroles s'envolèrent vers mon oreille, j'en reçus tant de douceur que comme enivré, je quittai la foule et me réfugiant solitaire chez moi dans une chambre, je me mis à penser à cette dame très courtoise".  Dante écrivait alors, en langue vulgaire (langue populaire),  des poèmes lyriques qui le firent connaître des cercles littéraires.

Ses oeuvres étaient fortement marquées de son amour pour Béatrice, qui toucha au sublime lorsque celle-ci mourut (1290), en pleine beauté et en pleine jeunesse. Profondément marqué par cette disparition, le poète tenta d'oublier en s'absorbant dans le travail, dans les méditations et dans la création littéraire. Il écrivit notamment Vita Nuova (Vie nouvelle, 1292  1293), histoire de sa vie intime et de son amour pour Béatrice Portinari, la femme tant aimée et tant regrettée.  C'est à cette époque que Dante découvrit véritablement la philosophie, et qu'il prit part aux querelles qui opposaient alors les partisans de Saint Augustin
à ceux de Saint Thomas d'Aquin et d'Aristote.

Cependant, cette vie studieuse ne le tint pas à l'écart des mondanités ; trahissant le souvenir de Béatrice, infidèle à la femme que sa famille lui avait choisie, Dante ne résista pas aux séductions et au libertinage que le monde florentin lui offrait. Homme de plaisirs, il se consolait des amours perdues par d'autres amours, comme le montre d'ailleurs la fin de "Vita Nuova", où une "gentille dame" l'observe de sa fenêtre et le console de sa douleur.


Une période troublée :

Tout en poursuivant son perfectionnement littéraire, Dante s'intéressa alors à la vie publique. Il faut savoir que l'époque était pa
rticulièrement troublée : les partisans du pape (guelfes) s'opposaient à ceux de l'empereur (gibelins), les villes italiennes étaient en conflit entre elles, les factions rivales d'une même ville se disputaient le pouvoir et étaient elles-mêmes souvent déchirés par des dissensions internes. Ainsi, dans  le partie des guelfes auquel appartenait la famille Alighieri, Dante soutenait les Blancs contre les Noirs dans le but de défendre l'indépendance de Florence contre les visées de la Papauté. Cette période fut également marquée par des changements spirituels et culturels, alors que, dans les arts, Giotto, libéré de la tradition byzantine, réformait la peinture, et que les poètes découvraient de nouvelles formes d'expression.

L'homme public :

Vers la fin des années 1290, pour les Blancs, Dante fut envoyé en ambassade par Florence afin de défendre la ligue guelfe de San Geminiano. Puis en 1300, il fut nommé prieur,  la charge la plus élevée de la commune. Mais en 1302,  Charles de Valois entra à Florence au nom du Pape et Dante fut condamné à un exil de deux ans par ses adversaires et à une forte amande. N'étant pas présent lors de la condamnation, il fut  condamné à être brûlé vif, ce qui signifiait l'exil perpétuel de sa terre natale. Il séjourna en divers lieux, s'arrêtant là où  un seigneur lui offrait l'hospitalité. Cet exil, ajouté à l'injustice de la peine, provoqua  en lui une grave crise de conscience et une remise en question spirituelle, qui allaient donner naissance à "La Divine Comédie". Il  tenta d'aider ses compagnons bannis à rentrer à Florence, mais sans succès, les Blancs subissant de lourdes pertes à cette occasion.
Il participa à deux batailles au moins, à Castel Publicciano en 1303 et à Lastra en 1304, puis il se retrouva seul, tenta par tous les moyens de regagner les faveurs de Florence. Malgré cette vie d'errance, il ne cessa d'écrire, commençant en 1304 "l'Enfer", la première partie de ce qui allait être "La Divine Comédie". Cette oeuvre fut donc entièrement créée en exil, entre 1304 et 1321. Dante finit par trouver refuge à Vérone, puis à Ravenne : il écrivit jusqu'à sa mort, qui survint en 1321, à la suite d'une malaria.


**************************


L'OEUVRE /  LA DIVINE COMEDIE :


La Divine Comédie est composée de cent chants, trente-quatre pour l'Enfer, trente- trois pour le Purgatoire, et trente-trois pour le Paradis.

Le poète représente l'Enfer comme un immense entonnoir divisé en neuf cercles, lesquels sont subdivisés en plusieurs cavités, où les supplices des damnés sont variés comme leurs crimes et augmentent d'intensité à proportion que le diamètre du cercle se rétrécit ; descendus au dernier cercle, Dante et Virgile rencontrent Satan qui est enfoncé là, au cœur même de la terre, comme la base de l'édifice infernal ; ils se laissent glisser le long de ses reins pour sortir de l'abîme, et quand ils ont passé le centre de gravité, au lieu de continuer à descendre, ils montent vers un autre hémisphère et voient bientôt paraître d'autres cieux. Ils arrivent au pied d'une montagne qu'ils commencent à gravir ; puis ils parviennent à l'entrée du Purgatoire , divisé en degrés ascendants comme l'Enfer en degrés descendants ; chaque degré est le lieu de purification d'un péché mortel, et comme il y a sept péchés mortels, il y a dans le Purgatoire sept cercles qui leur correspondent : au-delà du septième, sur le sommet de la montagne, est le Paradis terrestre. Virgile y abandonne son compagnon, et le laisse s'élever au ciel sous la garde de Béatrix qui est le symbole de la théologie. Béatrix parcourt avec Dante les cieux des sept planètes, et après avoir dans chaque ciel répondu à ses ques
tions et éclairci ses doutes, elle le conduit devant le divin Triangle, et la vision du poète est terminée.-

Quelques extraits : 

MANFREID

Je me tournai et le regardai fixement:
Il était blond et beau et de noble apparence,
Mais un de ses sourcils d'un coup était fendu.
Après que j' eus nié, en toute humilité,
de ne l'avoir jamais vu, "Regarde", me dit-il,
en montrant une plaie au haut de sa poitrine. [...]
[Il reprit]   Après que mon corps fut transpercé
par deux pointes mortelles, en pleurs je me rendis
a Celui qui octroie volontiers son pardon.
Horribles ont été les péchés de ma vie,
mais l'infinie bonté a de si larges bras
quelle accueille tout ce qui se tourne vers elle.

Et si l'évêque de Cosence, mis en chasse
contre moi, en ce temps, par le pape Clément,
avait bien discerné cette face de Dieu,
les restes de mon corps se trouveraient toujours
à la tête du pont, proche de Bénévent,
encore défendus par un tertre de pierres.
Mais la pluie les détrempe et. le vent les secoue
hors du royaume, près des bords du fleuve Verde,
où illes transporta, toute lumière éteinte.))

Purgatoire, 111, 106-111; 118-132.
Trad. P. RENUCCI



ADIEU DE VIRGILE A DANTE

"Tu as vu, fils, le feu à terme et l'éternel ;
et te voilà  rendu en un lieu où moi-même
je n'ai plus faculté de rien apercevoir.
Je t'ai mené ici par l'esprit et par l'art;
prends désormais pour guide ton seul gré :
tu es hors des chemins abrupts, des voies étroites.
Voila le soleil qui brille en face, devant toi,
vois l'herbette et les fleurs, et vois les arbrisseaux
que la terre en ce lieu d'elle-même fait naître.

Tu peux demeurer là ou marcher au travers,
le temps qu'arrivent, pleins de bonheur, les beaux yeux
qui naguère en pleurant m'ont envoyé vers toi.
N'attends plus ni un mot ni un signe de moi :
libre, droit et sans tache est ton propre vouloir,
il y aurait faute à ne pas suivre sa sagesse.
Je te couronne et t'investis.par-dessus tob

Purgatoire, XXVII, 127-142.
Trad. P. RENUCCI


***************


Parmi les artistes contemporains de Dante, citons le peintre Giotto (1266-1337), le sculpteur et architecte Pisano (1290-1349), les écrivains Boccace (1313-1375) et Pétrarque (1304-1374).

Le masque mortuaire de Dante se trouve au Palazzio Vecchio de Florence. De nombreux peintres ont représenté le poète : Giotto (fresque de la  chapelle du Podestat à Florence), Raphaël (fresque du Triomphe de l'Eucharistie au Vatican).

***************

NOTES :


Outre la Divine Comédie et  les oeuvres citées plus haut, Dante a laissé des traités : la "Monarchie universelle"  (1310-1312) a pour sujet le pouvoir temporel et spirituel, et préconise l'établissement d'une monarchie universelle de droit divin pour assurer la paix du monde ; le "De Vulgari eloquentia" (vers 1304, inachevé) est une défense, en latin, de la langue vulgaire comme langue littéraire ; "Le Banquet" (1304-1307) est un traité philosophique et moral.

<<En définitive, c'est au nom de la traditionnelle morale chrétienne et d'un immuable désir d'ordre et d'harmonie que Dante a réprouvé l'expansion économique de Florence, qu'il a déploré la montée de la bourgeoisie... C'est en vertu des mêmes valeurs qu'il a condamné la confusion des pouvoirs. Son système politique se révèle étroitement dépendant d'un idéal chrétien : pour Dante, à aucun instant on ne doit oublier que la vie d'ici-bas n'a aucune  valeur en soi, si ce n'est celle de déterminer la vie que l'on aura dans l'au-delà. >>
M. Bonan-Garrigues, Dante, Éditions universitaires, 1970

Dante fut un des chefs de file du dolce stil nuovo (
nouveau style doux  en français ; courant littéraire italien majeur qui a pris naissance au XIII ème et s'est poursuivi jusqu'au XVème) notamment dans Vita nuova  oeuvre en vers et en prose ; cette nouvelle forme d'expression était fondée sur une conception platonique de l'amour, visant à spiritualiser l'amour courtois.

Par Cathou
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DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari



Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie


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SOPHOCLE





Sophocle

                                                                                                            


     
       

                      

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Aristote par Raphaël




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