1844 1924
Anatole France, considéré en son temps comme l'un des plus grands écrivains vivants, est aujourd'hui peu lu, voire oublié.
La relative indifférence de la postérité pour les oeuvres d' Anatole France a eu notamment pour origine la haine que lui vouèrent les surréalistes. A la mort de l' écrivain,
ceux-ci publièrent "Un Cadavre", pamphlet excessif dans lequel ils vitupèrent A. France, l' accusant de médiocrité el de << servilité >>.
Manière quelque peu injuste de régler son compte à l' écrivain << officiel >> de la III ème République.
Une carrière littéraire
Anatole France, de son vrai nom Anatole François Thibault, naît à Paris le 16 Avril 1844. De son père libraire, il hérite la passion des livres, le goût de l'érudition et de la
fréquentation des hommes d'esprit. Malgré des études médiocres, qui lui laisseront
le dégoût d'un système éducatif trop rigide, France commence une carrière
littéraire qui le mènera au pinacle de la gloire et en fera l'un des écrivains les plus en vue de son temps, voire un véritable <<maître à penser >>. Membre du comité du Parnasse
contemporain, puis bibliothécaire du Sénat, il épouse en 1877 Marie-Valérie Guérin de Sauville, dont il aura une fille et dont il divorcera en 1893. En 1881, il publie "Le Crime de
Sylvestre Bonnard", histoire d'un honnête érudit qui, décidé à vendre tous ses manuscrits pour doter sa pupille, en "subtilise" quelques-uns, trop chers à son coeur. C'est la
première étape d'un succès qui durera jusqu' à la fin de sa vie, grâce aux qualités du penseur et du romancier, mais aussi grâce au charme de l'homme du monde.
La gloire de l'écrivain installé
En 1885, l'écrivain se lance dans une féconde activité de critique littéraire, pour des joumaux tels que Le Temps ou Le Globe ; Marcel Proust, qui l'admire à ses
débuts, s'inspire en partie de lui pour le personnage de Bergotte, dans "A la recherche du temps perdu". Sensible à l'admiration du jeune Proust, France
préfacera son premier livre "Les Plaisirs et les jours". Il devient un pilier de la société parisien
ne, un personnage officiel de la III ème République, il rencontre Mme Arman de Caillavet, dont il anime le salon et avec qui il aura une longue liaison.
Écrivain reconnu et installé, il est élu à l' Académie française en 1896. Après la mort de Mme de Caillavet, il se remarie avec Emma Laprévotte. Sa brillante trajectoire littéraire culmine avec
l'attribution du Prix Nobel en 1921, qui consacre la renommée intemationale de l'écrivain. En 1924, à l'occasion de son quatre vingtième anniversaire, de nombreux pays rendent
hommage à Anatole France. Celui-ci meurt six mois plus tard.
Le romancier humaniste
Après une première tentative infructueuse dans le domaine de la poésie - en tant que critique, il refusera notamment Verlaine et Mallarmé au Parnasse contemporain, refus qu'il
regrettera par la suite- France,se réclamant d'un " naturalisme romantique", aborde le roman avec bonheur : les souvenirs d'enfance (Le Livre de mon ami, 1885), les aventures
sentimentales (Le Lys rouge, 1894), la satire des moeuo provinciales (L'Histoire contemporaine, 1897-1901), le roman "social" (Crainquebille,
1902), le conte philosophique (L'lle des Pingouins, 1908), le roman historique, enfin, (Les Dieux ont soif, 1912), récit de la vie quotidienne sous la Terreur,
considéré comme son chef-d'oeuvre. Ses ouvrages connaissent un très grand succès auprès du public. Héritier d'un scepticisme à la Montaigne, de l'esprit critique et de l'ironie du Siècle des
Lumières, France s'efforce de porter un regard lucide - sur lui-même d'abord, puis sur le monde - et s'attache à dénoncer, avec le regard mi-désabusé mi-débonnaire du sage
humaniste, la folie et la sottise de ses contemporains.
L'esthète et l'intellectuel
Toutefois, chez lui, la réflexion critique n'efface pas une
certaine nonchalance sensuelle. Son ton est volontiers celui de la causerie, de la flânerie ; ses romans laissent percer son amour de la vie et sa profonde pitié pour les hommes. Penseur,
Anatole France met le doigt sur toutes les formes d'injustice, d'intolérance et de dogmatisme, sans toutefois remettre en cause radicalement l'ordre social qui le nourrit. Tout
en affirmant certains engagements idéologiques - son anticléricalisme, son positivisme teinté de romantisme, son pacifisme - il ne se départit pas d'une certaine douceur de ton, tempérée par son
exigence du beau style et son amour des classiques.
L'engagement à gauche
Néanmoins, dans la deuxième moitié de sa vie, il s'engage de plus en plus nettement à gauche. C'est ainsi que, aux côtés de Zola, il défend Dreyfus, et qu'il manifeste
ouvertement son opposition à la guerre (<<on croit mourir pour la Patrie on meurt pour des industriels >>,dira-t-il), ainsi que sa sympathie à l'égard de la
révolution russe et des idées socialistes. Ces prises de position ne sont pas le fruit d'une croyance dogmatique, mais d'un amour de l'harmonie, d'une volonté raisonnable de lutter pour la
justice sociale. Critiqué à droite pour ses préoccupations sociales, à gauche pour son dilettantisme, Anatole France aura.surtout été un <<intellectuel >> esthète,
épris d'indépendance, de sagesse et de beauté.
Notes :
Parmi les critiques susceptibles d'expliquer l'oubli dans lequel Anatole France est tombé, on peut retenir celle de Gide, qui reprochait à ses écrits de ne pas
posséder, malgré leur belle langue, ce <<tremblement>> qui fait les grandes oeuvres littéraires.
<<Ecrivain classique, socialiste en dentelles, esprit voltairien, Anatole France a été non seulement, comme il l'écrit d'un de ses personnages, "la coqueluche
des femmes", mais également d'un large public de son temps. Depuis lors, la gloire du Prix Nobel s'est quelque peu fanée. Son engagement apparaît de surface, son style trop artiste.
>>
-C. de Trooz, <<Anatole France >>
<<Son pessimisme général à l'égard de l'espèce humaine ne l'empêche pas de marquer plus précisément les responsabilités. Il ne le conduit pas non plus à une indifférence
égoïste ou à un repliement douillet dans le domaine de l'art.
Cette tentation - celle même du néant existe certes, mais contrebalancée par le désir d' apprendre aux hommes la lucidité, de dénoncer les erreurs, et même de s'engager dans l'action
militante. Le pessimisme, chez lui, peut hausser les épaules et sourire, s'indigner ou se décourager, il ne se résigne pas. France ne manque pas (...) d'être combatif, de lutter
pour une société moins absurde.>>
-Émilien Carassus, préface de La Vie enfleur, Gallimard, 1983
Une femme du monde,
Thérèse Martin, lassée de son amant Robert, part pour l'Italie ; elle y noue une nouvelle intrigue ; très vite, la passion naît...
culose, il séjourne avec sa mère sur la Côte d' Azur
et dans l'île de Wight, ce qui renforce sa passion des voyages. Écolier irrégulier, il cherche toujours l'évasion et la trouve dans les romans de Scott et de
Dumas.Très tôt, il entre en conflit avec son milieu en s'élevant contre la rigueur du presbytérianisme ambiant.
















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