Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 17:24

1804  1857



SUE, Marie-Joseph, dit Eugène, romancier français né à Paris le 26 Janvier 1804, appartenait à une famille de grands bourgeois fortunés ; il mena une existence fastueuse et vagabonde, puis adopta les idées socialistes et fut exilé, jusqu'à sa mort, après le coup d'État du 2 décembre 1851. D'abord romancier "frénétique", voire cynique, à la façon des http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/01/Eug%C3%A8ne_Sue.jpg/230px-Eug%C3%A8ne_Sue.jpgromantiques mineurs, il se tourna en 1841 vers le roman-feuilleton social et devint l'un des écrivains les plus populaires du siècle. Il décède en exil à Annecy, le 3 Août 1857.

 Dans "Les Mystères de Paris" (1842-1843), qui connut un extraordinaire succès, le roman d'amour larmoyant, la peinture des bas-fonds, fantastique, plutôt que réaliste, le conservatisme social, volontiers paternaliste, sont associés à une mise en accusation vigoureuse des lois sociales et de l'aveuglement coupable de la bourgeoisie. Dès lors, la production de Sue fut très abondante, la plupart de ses romans lui permettant d'aborder, toujours avec véhémence, un problème social contemporain : le rôle de l'Église (Le Juif errant, 1844-1845), la condition féminine, la situation du fils naturel, etc. Son dernier ouvrage, vaste fresque au titre significatif (Mystères du peuple ou Histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges), fut interdit par la censure.

Des études peu brillantes, une adolescence "difficile" dans un écrin doré -son père est médecin en chef de la garde impériale -… Eugène est envoyé se calmer sur les océans, où il opère comme… chirurgien de la marine. Ces six années de mer, émaillées d’escales parisiennes qui lui permettent de s’initier à la peinture et, pour faire comme tout le monde, à la littérature, s’achèvent à la mort de son père en 1830 (décès qui le libère de toute contrainte). À son retour sur la terre ferme, il dévore Walter Scott, James Fenimore Cooper, Byron.

Il devient dandy-écrivain, côtoie Dumas, Balzac (qui sera son ami jusqu’à ce que les succès littéraires d’Eugène ne lui fassent de l’ombre), se lance dans les romans d’aventure et les romans mondains. Résultat : en quelques années, il dilapide l’héritage paternel et est ruiné.


 
Les Mystères de Paris

La jeune Fleur-de-Marie vit au coeur du Paris du crime, du vice et de la misère, jusqu'à ce qu'elle rencontre le noble Rodolphe, son sauveur.

Le Journal des débats qui publie en 1842 - 1843, sous forme de feuilleton, "Les Mystères de Paris" est un des organes du gouvernement conservateur. Cela justifie l' argument que tient l' auteur face à des lecteurs attirés par l' exotisme d' un milieu si proche et pourtant inconnu. Eugène Sue dit vouloir
"entreprendre une excursion parmi les naturels de cette race infernale qui peuple les prisons, les bagnes et dont le sang rougit les échafauds".

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/6c/SueMysteriesParis.jpg/280px-SueMysteriesParis.jpg
Le justicier et la Goualeuse

Dans les bas-fonds de Paris, Rodolphe, grand-duc allemand déguisé en ouvrier, s'évertue à rétablir la justice pour racheter une faute de jeunesse. Il rencontre une jeune prostituée au coeur pur, Fleur-de-Marie. Après que la Goualeuse - surnommée ainsi pour ses talents de chanteuse - lui a raconté son enfance écrasante de malheurs, il décide de la sauver. C'est alors que de nombreux personnages qui peuplent un Paris misérable vont faire rebondir les situations et vont entraîner les deux héros dans des aventures périlleuses. Tantôt Fleur-de-Marie vivra heureuse et retirée à la campagne, tantôt elle retombera aux mains de ses persécuteurs, le couple cruel et grotesque que forment le Maître d'école et la Chouette. Mais des indices vont dévoiler la véritable identité de Fleur-de-Marie, qui n'est autre que la fille de Rodolphe. La jeune fille renonce à l'amour et entre au couvent pour expier sa vie passée.


Un chef-d'oeuvre du roman populaire


Eugène Sue, dandy parisien, veut plaider la cause des pauvres pour montrer que les coupables sont en fait des  victimes. L'incroyable délire qui a accueilli  "Les Mystères de Paris"  prouve que les descriptions du Paris des truands, certes parfois pittoresques, n'ont pas été tellement en deçà de la réalité. Ainsi l'immense courrier qu'a reçu l'auteur trahit par ses témoignages la proximité entre réalité et fiction. L'écriture, dominée par la force d'un trait tenant parfois de la caricature, façonne des personnages types et permet la création d'un univers cohérent, original et stylisé. Au fil de l'histoire, divers personnages entrent en relation : le Chourineur, assassin repenti ; Ferraud, bourgeois avare ; Morel, ouvrier victime d'une société injuste ; Pipelet, concierge trop curieux (devenu de nos jours un nom commun). C'est une oeuvre à la fois conventionnelle par sa morale - la punition ou le rachat constituent les deux seules fins possibles - et à la fois très nouvelle par ses dénonciations sociales et l'usage de l'argot.

Extraits :

Fleur-de-Marie résiste au chantage du Chourineur

- Bonsoir, Chourineur (1).
Cet homme, repris de justice, avait été ainsi surnommé au bagne.
- C' est toi, la Goualeuse (2), dit l'homme en blouse ; tu vas me payer l'eau d'aff (3), ou je te fais danser sans violons !
- Je n'ai pas d' argent, répondit la femme en tremblant ; car cet homme inspirai une grande terreur dans le quartier.
- Si ta filoche est à jeun (4), l'ogresse du tapis-franc te fera crédit sur ta bonne mine.
- Mon Dieu  ! je lui dois déjà le loyer des vêtements que je porte...
- Ah !  tu raisonnes ? s' écria le Chourineur. Et il donna dans l'ombre et au hasard un si violent coup de poing à cette malheureuse, qu' elle poussa un cri de douleur aigu.
- Ça n' est rien que ça, ma fille ; c' est pour t' avertir...
A peine le brigand avait-il dit ces mots, qu' il s' écria avec un effroyable jurement :
- Je suis piqué à l' aileron ; tu m' as égratigné avec tes ciseaux.
Et, furieux, il se précipita à la poursuite de la Goualeuse dans l'allée noire.
- N' approche pas, ou je te crève les ardents avec mes fauchants (5), dit-elle d'un ton décidé. Je ne t'avais rien fait, pourquoi m' as-tu battue ?

Lexique
(1) Donneur de coups de couteau ; (2) La Chanteuse ; (3) L' eau-de-vie ; (4) Si ta bourse est vide ; (5) Je te crève les yeux avec mes ciseaux.

                              ***

Fleur-de-Marie est poursuivie par la Chouette

Voulant rassurer et avertir ses complices, dont l'un, le Maître d' école, s' était dérobé à la vue  des cavaliers, le fils de Bras-Rouge s' écria :
- Grand-mère !...me voilà... avec une bonne dame qui vient à ton secours !...
- Vite, vite, mon enfant ! ce monsieur à cheval nous a fait perdre quelques minutes, dit la Goualeuse en hâtant le pas, afin d'atteindre le tournant du chemin creux. .
A peine y arriva-t-elle, que la Chouette, qui s'y tenait embusquée, dit à voix basse :
- A moi, fourline !
Puis, sautant sur la Goualeuse, la borgnesse la saisit au cou d' une main, et de l'autre lui comprima les lèvres, pendant que Tortillard, se jetant aux pieds de la jeune fille, se cramponnait à ses jambes pour l' empêcher de faire un pas.

Cette oeuvre annonce d'une façon magistrale "Les Misérables" et fait d' Eugène Sue un porte-parole du mouvement socialite.

Notes :

C'est avec "Les Mystères de Paris" que le roman-feuilleton atteint son apogée : l'oeuvre remporte un succès  inimaginable. L'enthousiasme pour "Les Mystères" gagne les classes cultivées et même la cour ! Par le biais d'un courrier très important, les lecteurs vont participer et presque collaborer à la création du roman :
  "De grâce ne laissez pas posséder encore cette malheureuse enfant (Fleur-de-Marie) par ces misérables ou votre roman sera immoral." Le roman influence aussi la réalité puisqu'un curé qui a fondé un orphelinat s'écrie : "Toute notre ville est sous le charme de votre style enchanteur. Cela détermine les habitants à se montrer plus généreux pour notre oeuvre. Honneur à vous monsieur !"

Pour qualifier ce succès, Théophile Gautier dit : "Les malades ont attendu pour mourir la fin des Mystères." 

"Cette distinction (entre bien et mal) est la forme dernière que l'aristocratie donne à ses préjugés. Rodolphe se considère lui-même comme un homrne de bien et les méchants sont là pour lui permettre de jouir de sa propre excellence".

-Karl Marx, op. cit.

 


Par Cathou
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 18:00


Le personnage du "juif errant" est issu d' une tradition chrétienne millénaire : il s'agit d' un juif destiné à errer éternellement sans aucune chance de pardon. Cette punition divine est justifiée par le fait qu' il refusa de donner à boire au Christ sur le chemin de croix. Dans son récit, Eugène Sue, contrairement à la tradition, accorde à Samuel  la rédemption après un long parcours de pénitence.

Le "juif errant"  est un personnage légendaire dont les origines remontent à l' l'Europe médiévale. Le personnage ne pouvait pas perdre la vie, car il avait perdu la mort : il erre donc dans le monde entier et se fait voir de temps en temps.



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bd/SueWanderingJew.jpg/280px-SueWanderingJew.jpgLes héritiers de la famille Rennepont doivent faire face à la Compagnie de Jésus, qui prétend garder pour elle seule la fortune en jeu. En tuant si nécessaire.


Un héritage très convoité

Le fil conducteur de I' oeuvre est une affaire compliquée d'héritage. Les sept derniers membres de la famille Rennepont, qui sont de conditions sociales extrêmement différentes, doivent se partager la fortune laissée par un de leurs ancêtres huguenots. Tout pourrait être simple si la Compagnie de Jésus ne s'en mêlait pas. Gabriel de Rennepont est membre de cette communauté religieuse et iI a décidé de lui léguer sa part d'héritage. Cependant, la cupidité de ses compagnons est sans limites et ils en arrivent à faire disparaître toute la famille - sauf le naïf Gabriel, qui ne se doute pas de ces crimes. La cassette où se trouve déposée la fortune est conservée par un juif, nommé Samuel, qui mène une lutte farouche contre les Jésuites. Heureusement, Gabriel prend connaissance des méfaits de ceux-ci et iI brûle la cassette dès qu' elle entre en sa possession ; la mort des principaux coupables donne à la fin du récit un agréable goût de justice rendue.

Divertir et politiser

Cette oeuvre d'Eugène Sue consiste en un foisonnement d'histoires paralIèles qui se rencontrent chaque fois qu'elles ont une incidence directe sur la trame principale, c'est-à-dire celIe du legs. Ainsi, le monde ouvrier, celui des Jésuites et les deux juifs errants - Samuel et sa femme - sont autant de parties secondaires du récit qui écIairent I' idéologie de I'auteur. En effet, derrière une apparence de roman-feuilleton divertissant, "Le Juif errant" développe d'une façon précise les convictions religieuses et politiques d'Eugène Sue. Sa haine des http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cb/Juif_errant.jpg/180px-Juif_errant.jpgJésuites est grande ; leur inhumanité s'affiche à travers chacun de leurs actes. Les conceptions politiques, elles, sont plus difficiles à interpréter : en effet, malgré une sympathie évidente pour les ouvriers, il semble cIair que Sue n'incite nullement à la révolte. On se rend compte qu'iI croit fermement à une possibilité de réforme, en douceur, de la société. Pour Sue, il suffirait que les riches connaissent vraiment les conditions de vie des pauvres pour que ces réformes puissent donner à tous le bonheur.

Extraits :

Djalma représente la branche indienne de la famille Rennepont

Que l'on se figure un joli salon rond, tendu d'étoffe de l' lnde, sobrement rehaussé de quelques fils d'or; le plafond, vers son milieu, disparaît sous de pareilles draperies nouées et réunies par un cordon de soie. Le jour n' arrive dans ce salon qu' en traversant une petite serre chaude que l'on voit à travers une glace sans tain, formant porte-fenêtre, et pouvant disparaître dans l'épaisseur de la muraille, en glissant le long d'une rainure pratiquée au plancher. Un store de Chine peut, en s'abaissant, cacher ou remplacer cette glace. Quelques palmiers nains, des musas et autres végétaux de l'lnde, aux feuilles épaisses et d'un vert métallique sont disposés en bosquets dans cette serre chaude. Dans cette pièce un peu obscure, tout imprégnée de suaves senteurs mêlées à l'odeur aromatique du tabac persan, un homme à chevelure brune et pendante est agenouillé sur un magnifique tapis de Turquie, il attise avec soin le fourneau d'or d'un houka ; le flexible et long tuyau de cette pipe aboutit entre les doigts ronds et effilés de Djalma, mollement étendu sur le divan.

                          ***

La Juive errante redevient mortelle

Soudain apparaît une forme humaine. C' est une femme. Elle s'avance lentement vers les ruines, elle les atteint. Cette femme est pâle, son regard est triste, sa longue robe flottante et ses pieds sont poudreuux, sa démarche est pénible, chancelante. Un bloc de pierre est placé au bord de la source, presque au-dessus de la statue de saint Jean le décapité. Sur cette pierre, cette femme tombe épuisée, haletante de fatigue. Et pourtant, depuis bien des jours, bien des ans, bien des siècles, elle marche, marche infatigable. Mais, pour la première fois elle ressent une lassitude invincible. Pour la première fois, ses pieds sont endoloris. Ses pieds saignent, ses membres sont brisés par la fatigue, une soif brûlante la dévore. Elle ressent ces infirmités, elle souffre, et elle ose à peine y croire. Sa joie est trop immense. Mais son gosier, de plus en plus desséché, se contracte ; sa gorge est en feu. Elle aperçoit la source, et se précipite à genoux pour se désaltérer à ce courant cristallin et transparent comme un miroir. Que se passe-t-il donc ? A peine ses lèvres enflammées ont-elles effleuré cette eau fraîche et pure, que, toujours agenouillée au bord du ruisseau, et appuyée sur ses deux mains, cette femme cesse brusquement de boire et se regarde avidement dans la  glace limpide. Tout à coup, oubliant la soif qui la dévore encore, elle pousse un grand cri, un cri de joie profonde, religieuse. Dans ce miroir profond, elle vient de s'apercevoir qu' elle a vieilli. En quelques jours, en quelques heures, en quelques minutes, à l'instant peut-être, elle a atteint la maturité de l'âge.

Notes :

<<Eugène Sue, dans "Le Juif errant", ne suggère pas la révolte. Au contraire, il condamne la violence et essaye de susciter une certaine compréhension entre les classes en exigeant des "riches" la charité et en faisant savoir aux "pauvres" que les riches ont leurs problèmes aussi.

Dans toutes les intrigues du "Juif errant" on trouve sous une forme ou une autre un mécanisme de "fascination ", que le lecteur pourra partager à son gré avec l'auteur. Parfois cette fascination sert les buts didactiques de l'auteur, comme c'est le cas par exemple quand s'opère dans l'intrigue des ouvriers une fascination évidente de la misère, de la criminalité, de la méchanceté de quelques capitalistes, et même du choléra, qui a des conséquences funestes pour les classes pauvres, mal nourries. >>

- Brynja Svane, Europe, novembre  décembre 1982


<<Le Juif errant est un modèle de roman populaire - un roman qui véhicule des idées élémentaires et qui s'exprime dans un langage simple, un roman qui propose une action directe et met en scène des personnages dont la psychologie traduit les pulsions les plus habituelles de l' être humain, un roman qui offre une intrigue vivante,  dynamique, plurielle, où tous les ressorts de la narration sont constamment déployés. >>

- Jean-Baptiste Baronian, Le Juif errant, introduction, Éd.Oswald,19
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Par Cathou
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 00:00


1848  1917

Octave Mirbeau est né le le 16 Février  1848 à Trévières dans le Calvados. Critique violent de la société et de l'Eglise contemporaines. Successivement royaliste, antisémite, anarchiste, il s'engagea chaque fois avec un individualisme exaspéré contre tout ce qui pouvait s'opposer à l'épanouissement de l'homme.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4a/Octave_Mirbeau.jpg/300px-Octave_Mirbeau.jpgIl fut un journaliste influent, critique d'art, défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, il fut aussi un romancier novateur, qui a contribué à l'évolution du genre romanesque et un  dramaturge a la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde. Mais, après sa mort, il a traversé pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il était visiblement trop dérangeant pour l'establishment, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social. Littérairement incorrect, il était inclassable, il faisait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étendait à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles ; également politiquement incorrect, farouchement individualiste et  libertaire, il incarnait une figure d'intellectuel critique, potentiellement subversif et
« irrécupérable », selon l'expression de Sartres dans "Les Mains sales".

Les dernières années de la vie d’Octave Mirbeau sont désolantes : presque constamment malade, à partir de 1908, il est désormais incapable d’écrire : c’est son jeune ami et successeur Léon Werth qui doit achever Dingo, qui paraît en juin 1913. La terrifiante boucherie de la  Première guerre mondiale,  achève de désespérer un homme qui, malgré un pessimisme confinant souvent au nihilisme, n’a pourtant jamais cessé de parier sur la raison de l’homme et de miser sur l’amitié franco-allemande pour garantir la paix en Europe. Il meurt le jour de son 69 ème anniversaire.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/52/Gentilhomme2.jpg/150px-Gentilhomme2.jpg
Un roman  - confession

L'intérêt majeur des trois chapitres rédigés vient du retour du romancier sur ses débuts de professionnel de la plume. Comme lui, son personnage-narrateur, Charles Varnat, entre, comme secrétaire particulier, au service d'un hobereau normand aux vastes ambitions politiques, le marquis d'Amblezy-Sérac.  Octave Mirbeau en profite pour revenir sur les années où il a dû, pour assurer sa pitance, mettre sa plume au service d'employeurs successifs, ce qui lui a laissé des souvenirs durables d'humiliations et de frustrations. De nouveau, comme dans ses articles et contes des années 1880, il assimile ce prolétariat intellectuel à de la prostitution et la condition de secrétaire particulier à celle d'un domestique, mais en plus salissant.

(source Wikipédia)


LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070375366.jpgL' histoire des relations de I'instable Célestine et de ses maîtres : quand débute le récit, Célestine aborde sa douzième place en deux ans et se remémore les précédentes.

Paru en 1900,  c' est le cinquième roman de Mirbeau. Il dédie ce Journal à  son ami Jules Huret : "Ce livre, malgré tous ses défauts, vous l' aimerez
parce que  c' est un livre  sans hypocrisie, parce que c' est de la vie et de la vie comme nous la comprenons vous  et moi".


Servitude et misère de la vie domestique

"A la façon vraiment extraordinaire, vertigineuse dont j'ai roulé, ici et là, successivement partout sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant !"

Cette boutade ouvre "Le Journal" où, par de constants retours au passé, Célestine évoque les aventures survenues dans ses places antérieures ; la narratrice égrène avec une verve salace ses souvenirs de l'un et l'autre de ses patrons, bourgeois apparemment "convenables", tous vicieux et pervers en fait. Du vieillard libidineux, fétichiste des bottines, qui se pâme à ses genoux, à l'arrogante aristocrate qui lui ordonne de coucher avec son fils, de l'écrivain en vogue, nouveau riche grotesque, à la femme sur le déclin qui s'offre clandestinement des gigolos, c'est une galerie de pantins au coeur sec, résolument antipathiques. Jolie et intelligente, Célestine n'a pas l'âme d'une esclave mais se plie avec plus ou moins de souplesse aux volontés de ses maîtres. Dans sa dernière place, Célestine rencontre son destin en la personne d'un jardinier-cocher, le troublant Joseph, qu'elle épouse ; elle part avec lui tenir un café à Cherbourg. Enfin patronne.

Revu et corrigé ?

Dans un avertissement, Mirbeau précise que ce journal a été véritablement écrit par une femme de chambre, Mlle Célestine R. ; celle-ci lui aurait confié le manuscrit en le priant de le revoir. Pensant que ce texte à l'originalité et à la saveur particulières serait dénaturé par son intervention, le romancier refuse. "Je ne pouvais que le banaliser en y mettant du mien. Mais Mlle Célestine R. était fort jolie. Elle insista, Je finis par céder car je suis homme après tout. Je confesse que j'ai eu tort. "

En ajoutant  "quelques accents" à l'ouvrage, Mirbeau craint d'en avoir altéré la force corrosive et d'avoir substitué à l'émotion et à la vie, la simple littérature. On ne peut le croire. Voulait-il par ce subterfuge donner une touche supplémentaire d'authenticité, de vécu, ou se dédouanait-il de dénigrer la société bourgeoise ? Il s'en était pourtant démarqué en affichant sa sympathie pour les théories anarchistes, et sa notoriété lui permettait toutes les audaces.


Extraits :

II n'y a pas de secrets pour une femme de chambre

J' adore servir à table. C' est là qu' on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature  intime. Prudents, d' abord, et se surveillant l' un  l' autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s' étaler tels qu' ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu' il y a autour d' eux quelqu'un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs  bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d' infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s' en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c'est une des grandes et fortes joies du métier, et c' est la revanche la plus précieuse de nos humiliations.

                                 ***

La fascination des puissants

Moi que la richesse opprime, moi qui lui dois mes douleurs, mes vices, mes haines, les plus amères d' entre mes humiliations, et mes rêves impossibles et le tourment à jamais de ma vie, eh bien, dès que je me trouve en présence d' un riche, je ne puis m' empêcher de le regarder comme un être exceptionnel et beau, comme une espèce de divinité merveilleuse, et, malgré moi, par-delà ma volonté et ma raison, je sens monter, du plus profond de moi-même, vers ce riche très souvent imbécile et quelque fois meurtrier, comme un encens d' admiration. Est-ce bête ?..

                                ***

Une rupture en forme de vengeance

A la suite d' une discussion futile où j' avais tous les torts, j' ai quitté Madame. Je l' ai quittée salement, en lui jetant à la figure, à sa pauvre figure étonnée, toutes ses lamentables histoires, tous ses petits malheurs intimes, toutes ses confidences par quoi elle m'avait  livré son âme, sa petite âme plaintive, bébête et charmante, assoiffée de désirs... Oui, tout cela, je le lui ai jeté à la figure, comme des paquets de boue...Et j' ai fait pire... Je l' ai accusée des plus sales débauches... des passions les plus ignobles... Ce fut quelque  chose de hideux...


                                         ***


Les contradictions insurmontables de la condition domestique

Un domestique, ce n'est pas un être normal, un être social. C' est quelqu'un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent  s'ajuster  l'un dans  l'autre, se juxtaposer  l' un à l' autre... C' est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain... Il n' est plus du peuple, d'ou il sort ..il n' est pas, non plus, de la bourgeoisie  où il vit et où il tend... Du peuple qu'il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve... De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire...


Notes :

<
<Je ne me plaindrai pas que, d'un bout à l'autre de l' oeuvre de M. Mirbeau, iI n'y ait pas un honnête homme : je m'en passe très volontiers. Si  M. Mirbeau n'en peint point, c'est apparemment qu 'iI saurait mal les peindre. C'est aussi qu'iI ne s'y  intéresse pas. M. Mirbeau est fait de la curieuse étoffe de ces satiristes qui semblent n'exister qu'en raison de ce qu'ils attaquent. Les monstres leur sont absolument  indispensables. Que feraient-iIs sans eux ? >>

 - André Gide, Prétextes, Gallimard, 1963

<<Ne demandez pas à Octave Mirbeau d'être objectif. (...) <<Octave Mirbeau n' était pas un calme. Anarchiste plus que socialiste, il se réglait sur ses colères plus que sur ses idées. C'est pourquoi ses romans sont d'une forme étrange, ressemblant à des coffres chinois où les tiroirs ouverts dévoilent de nouveaux tiroirs qui, eux-mêmes, etc. Ainsi, le "Journal d' une femme de chambre"  est - avant tout - une succession d' anecdotes révélatrices. >>.

 Hubert Juin, préface du Jardin des sllpplices, éditions Fasquelle, UGE, 1980

<<Ce qui compte, c'est le courage et le va-de-l'avant de Mirbeau comme écrivain, son manque d'hypocrisie littéraire et son désintéressement. >>.

 Paul Léautaud


<<Il est toujours agréable de I'entendre mentir avec violence... Il raconte des histoires qu'iI exagère jusqu'à ce qu'elles portent >>


-Jules  Renard, Journal

Par Cathou
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 14:00


1856  1939


La psychanalyse a eu, au cours du XX ème  siècle, un succès extraordinaire. Aussi est-il encore difficile de décider quelle sera exactement, dans l'histoire de l'humanité, la place de son fondateur, Sigmund Freud,


 Sigmund Freud est né  le 6 mai 1856, mais plus probablement le 6 mars  à Freiberg (actuellement Ptibor), en Moravie, et mort à Londres le 23 septembre 1939. Médecin, il le fut par profession, glissant très tôt de la http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/12/Sigmund_Freud_LIFE.jpg/200px-Sigmund_Freud_LIFE.jpgneurologie à la psychiatrie ; il  mérite le titre de psychologue, dans la mesure où il considérait souvent lui-même la psychanalyse comme une psychologie et où, en dépit des réticences des expérimentalistes, le freudisme a imprégné la psychologie du XX ème  siècle ; mais les idées freudiennes ont si profondément transformé tant d'autres branches du savoir (sciences sociales, critique littéraire, pédagogie, politique même) que ce mouvement de pensée, qui n'est pourtant pas une philosophie au sens strict, peut difficilement être enfermé dans les cadres d'une discipline particulière.

C'est donc dans l'empire austro-hongrois de la deuxième moitié du XlX ème siècle, et plus particulièrement à Vienne - où il vint habiter à l'âge de trois ans - que Freud grandit, étudia et développa son activité scientifique. Ses premiers travaux (1877) sont des articles de neurologie concernant des organismes inférieurs. Mais de son intérêt pour l'hystérie date probablement l'orientation qui le conduira à la création de la psychanalyse.

Ces années sont marquées par une longue collaboration avec son maître et ami, Josef Breuer, et par des séjours en France : à la Salpêtrière, dans le service de Charcot, (ci-dessous) et à Nancy auprès de Bernheim. Les Études sur l'hystérie, publiées avec Breuer en 1895, sont un premier pas dans la constitution de ce qui va être la psychanalyse : la disparition d'un http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/6a/Jean-Martin_Charcot.jpg/180px-Jean-Martin_Charcot.jpgsymptôme hystérique par la remémoration, sous hypnose, du souvenir oublié d'un événement traumatique en est l'idée la plus banale, que Freud ne cessera de rappeler, par la suite, lorsqu'il racontera, à l'usage du grand public, l'histoire de la psychanalyse.

La naissance de la psychanalyse

Mais peu après la mort de son père (23 octobre 1896), Freud commence son auto-analyse : le contenu en est partiellement connu par les lettres échangées pendant plusieurs années entre Sigmund Freud et Wilhelm Fliess, oto-rhino-laryngologiste berlinois avec lequel il entretiendra une amitié passionnée suivie d'une brouille définitive et pour les théories duquel il conservera toujours beaucoup d'estime. C'est de cette auto-analyse que va naître la psychanalyse entendue au sens strict, le premier fruit en étant "L' lnterprétation des rêves" (1900), qui peut être considéré comme l'ouvrage le plus important de Freud. C'est dans "L' lnterprétation des rêves" que Freud donne de la notion d'inconscient (que n'ignoraient certes pas la philosophie et la psychologie du XIX ème siècle et dont il cherchait, depuis plusieurs années, à élaborer le statut scientifique) une première théorie fondée sur la distinction radicale du désir et du besoin et le recours au concept de refoulement. C'est dans le même ouvrage que Freud publie pour la première fois (il en avait déjà fait part à Fliess le 15 octobre 1897) la théorie du désir infantile universel d'inceste et de parricide qu'il appellera plus tard << complexe d'oedipe >> : la vieille légende thébaine renfermerait ainsi une des constantes de l'inconscient humain et l'expression qu'en a donnée Sophocle dans Oedipe roi serait, par le  <<dévoilement progressif>>, analogue au processus psychanalytique. Mais ce sont, bien entendu, les rêves qui constituent à la fois le matériau et le thème central du livre : sans pouvoir être l'objet d'une science au sens strict, ils apparaisssent  comme pouvant être  soumis à l'interprétation cohérente, infiniment plus sérieuse qu'une quelconque <<clé des songes>> et <<voie royale>> donnant accès à l'inconscient.
Avec "L'interprétation des rêves", Freud sort des cadres proprement médicaux, et la suite de son oeuvre  va accentuer cette orientation.

L'interprétation des Rêves

Freud propose une méthode scientifique et médicale pour expliquer le rêve. Il cherche, au plus intime de l'inconscient, la source des névroses qui engendrent des déséquilibres, des troubles.

Pendant le sommeil, l' affaiblissement de la censure, qui ne garde que l' agréable et rejette le reste dans un état de refoulement,  permet aux produits refoulés de pénétrer la conscience. lls sont déguisés pour perdre leur caractère repoussant. Au révei!, la conscience reprend ses droits et efface de la mémoire le maximum du contenu latent.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/4/1/5/9782021012514.gifUne véritable méthode pour interpréter les rêves

La méthode d'analyse de Freud consiste à substituer au contenu manifeste du rêve (ce que la mémoire peut restituer) le contenu latent du rêve (l'ensemble des associations d'idées inhérentes à l'esprit du patient). Il existe entre les idées éveillées par le rêve des liens qui ne sont pas discernables par le rêve lui-même. Ces liens sont à définir. A l'inverse de l'élaboration du rêve, l'analyse décompose le manifeste pour restituer le latent. Cette méthode s'attache aux rêves raisonnables dont le sens, bien que parfaitement clair, ne laisse pas de nous étonner parce que rien en nous ne justifie de telles préoccupations. Elle s'occupe aussi des rêves qui manquent parfois de sens et de clarté, qui sont incohérents et obscurs. Freud classe le travail du rêve en six fonctions  :

1. Un travail de condensation : le rêve comporte des détails qui ne dérivent pas d'une idée isolée mais de plusieurs idées disparates et parfois étrangères les unes aux autres.
2. Un travail de dramatisation : le rêve met en scène de façon évidente des idées parfois abstraites.
3. Le déplacement dans le rêve, appelé aussi "renversement des valeurs" : ce travail transpose l'intensité psychique des idées et des représentations sur celles qui semblent anodines.
4. La transformation : presque toutes les situations de rêve ne sont que des copies étoffées de souvenirs impressionnants. Une absurdité dans le contenu manifeste du rêve correspond, dans son contenu latent, à un sentiment de contradiction, de haine ou de mépris.
5. L'ordonnance : le travail du rêve n'est jamais créateur, il n'imagine rien qui lui soit propre, il ne juge ni ne conclut. Son action ordonne les matériaux latents pour donner une représentation sensorielle.
6. Le déguisement : le rêve peut être obscur, la réalité est travestie. A l'analyse, on s'aperçoit que les associations révèlent des pensées qui sembleraient étrangères et qui sont pénibles à accepter. On est alors dans l'état de refoulement. La substitution des idées refoulées aux symptômes psychosomatiques, et leur prise en charge, permet la guérison du malade.

Le rêve est la décharge psychique d' un désir en état de refoulement. Tous les rêves déguisés de l' adulte reviennent aux idées érotiques, car la sexualité est le premier tabou de notre civilisation, donc l' objet des refoulements les plus fréquents.

Extraits :

Une jeune fille rêve que le second enfant de sa soeur vient de mourir et qu' elle se trouve devant le cercueil exactement comme elle s' est trouvée, quelques années auparavant, devant celui du premier-né de la même famille. Ce spectacle ne lui inspire pas le moindre chagrin.
La jeune fille se refuse naturellement à voir interpréter son rêve dans le sens d' un désir secret. Telle n' est pas non plus notre interprétation. Mais il y a ceci, qu' auprès du cercueil du premier enfant elle s' est rencontrée avec l' homme qu' elle aime ;  elle lui a parlé ;  depuis ce moment, elle ne l'a plus jamais revu. Nul doute que, si le second enfant mourait, elle ne rencontrât de nouveau cet homme dans la maison de sa soeur. Elle se révolte contre cette hypothèse, mais elle en souhaite ardemment la conséquence, la rencontre de l' homme aimé. Et le jour qui a précédé le rêve, elle avait pris une carte d' entrée pour une conférence où elle espérait le voir. Le rêve est donc un simple rêve d' impatience, comme il s' en produit avant un voyage, avant une soirée au théâtre, dans l'attente de n' importe quel plaisir. Mais il faut dissimuler à  la jeune ftlle son propre désir ;  alors, à l' un des aspects de la situation, il s' en substitue un autre, aussi impropre que possible à inspirer la joie. Et néanmoins, chez la dormeuse, c' est la joie qui persiste. Remarquons encore que l' élément affectif du rêve ne s' adapte qu'à son contenu latent, à celui qui a été refoulé ; et cette idée latente étant celle d' une rencontre ardemment souhaitée, elle ne peut pas s' associer à un sentiment de tristesse.

                               ***

Voici le rêve d' une de mes malades ;  c' est un rêve bien ordonné et, à première vue, parfaitement inoffensif.
Cette dame va au marché en compagnie de sa cuisinière, qui porte le panier. Elle fait sa commande au boucher, celui-ci répond : "Cela ne se trouve plus", et veut lui donner un autre morceau, qui, dit-il, est de même qualité ; mais elle refuse et se tourne vers la marchande de légumes. Cette femme lui offre un légume d' aspect singulier, noirâtre et lié par bottes. "Je ne veux pas voir cela, dit-elle, je n'en prendrai pas."
La phrase : "Cela ne se trouve plus" a son origine dans ma consultation. J' avais dit moi-même à la malade, quelques jours auparavant, que les souvenirs de la toute première enfance ne se retrouvent plus comme tels, mais qu'on les rencontre encore transposés dans les rêves. C' est donc moi que le boucher représente ici. La seconde phrase : "Je ne veux pas voir cela" appartient à une autre association d' idées. Cette dame avait grondé la veille sa cuisinière, la même qui joue un rôle dans le rêve, et lui avait dit  : "Conduisez-vous convenablement ; je ne veux pas voir cela...", c' est-à-dire : je n' autorise pas, je ne veux pas voir une pareille conduite.


Notes :

"La psychanalyse est née le jour où j'ai quitté l'hypnose", a décIaré Freud. C'est en effet en réaction aux expérimentations dangereuses et incertaines qu'il s'est penché sur une observation minutieuse, attentive et scrupuleuse de l'inconscient.  Mais Freud n'est pas qu'un génial précurseur. Il est aussi un pédagogue. "Le Rêve et son interprétation", publié en 1900, est destiné à montrer le mécanisme onirique et à libérer le lecteur de certaines névroses qui le déséquilibrent. Freud y est concis, cIair. Il illustre son propos de cas qu'i! explicite, comme un narrateur de roman policier. Sa méthode d'investigation, pour originale et souvent surprenante, est développée avec un souci d'être compris de tous. Certes, on peut contester la psychanalyse en tant qu'elle se pose comme une cIef de lecture universelle de l'homme, mais Freud a révolutionné toute la culture occidentale et a permis un écIairage nouveau et séduisant de notre histoire, de nos motivations, du devenir.

"Ma théorie dénonce la sexualité comme origine de tous les  troubles psychopathiques."
 - Sigmund Freud "

<<La doctrine de Freud est capable de transformer le monde. Avec elle, y a été semé un esprit de sereine défiance, une suspicion qui s'exerce sur les cachotteries et les machinations de l'âme et les démasque. Une fois éveillées, elles ne sauraient disparaître. Elles s'infiltrent dans toutes les fibres de la vie, sapent sa grossière naïveté, la dépouillent de ce pathos, qui est le propre de l'ignorance>>.
 - Thomas Mann

Par Cathou
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 14:50

 

1843 - 1920

 

 

Pérez Galdòs reste l'un des plus grands romanciers espagnols, grâce notamment aux quarante-six volumes des "Episodes nationaux", qui ont fait dire de lui qu'il fut le "Balzac de l'Espagne".

 

Les débuts

 

Dixième enfant d'une famille bourgeoise, Bénito Pérz Galdòs naquit à Las Palmas (Canaries) le 10 mai 1843. Il grandit dans un monde familial clos, où régnait une ambiance essentiellement féminine : mère, soeurs, institutrices privées. Les troubles politiques qui agitaient alors l'Espagne n'avaient qu'un faible écho sur les îles, mais la famille du jeune Bénito devait en subir les conséquences, puisque le père, Sébastian Pérez Macias, militaire de carrière, fut destitué de son poste de commandement de la citadelle l'année même de la naissance du futur écrivain.

 

http://www.anglaisfacile.com/cgi2/myexam/images/6151.jpgAprès sept ans passés au collège de sa ville natale, Pérez Galdòs fut envoyé à Madrid et inscrit à la faculté de droit (1862). Il y étudia consciencieusement, mais sans enthousiasme. La ville est alors en pleine effervescence, sous l'effet de réformes économiques et de luttes politiques ; la dynastie régnante, celle des Bourbons, vacille. Pérez Galdòs est partisan des idées libérales. Il fréquente les cafés, les spectacles, en particulier les "Zarzuelas", genre typiquement espagnol d'opéra comique entrecoupé de dialogues, dont les personnages populaires se retrouveront plus tard dans son oeuvre.

 

De cette époque datent ses premiers essais d'écriture, non aboutis. A partir de 1864, il se lance dans le journalisme et publie des critiques de spectacles et des chroniques. Deux voyages en France (1867 - 1868) sont l'occasion de lire les grands auteurs contemporains français, notamment Balzac ; découverte importante, car on peut penser que "La Comédie humaine" fera germer dans son esprit l'idées des "Episodes nationaux". Son premier ouvrage, "La Fontaine d'or" (1870), roman historique teinté de romantisme, leur servira d'introduction.

 

"Les Episodes nationaux"

 

Pérez Galdòs accorde une importance primordiale à l'Histoire, reflet de la vie d'une société. Il conçoit un vaste projet : retracer, dans une suite romanesque, l'histoire politique et sociale de l'Espagne contemporaine. "Les Episodes nationaux" sont une fresque de 46 volumes divisée en cinq séries, dont la publication s'echellonne de 1873 à 1912, et qui couvre   la période allant de la bataille de Trafalgar* (1805) à la Restauration de 1874 (retour des Bourbons chassés du trône par la Révolution de 1868).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Trafalgar

 

Pérez Galdòs y utilise la technique du retour des personnages, quoique d'une manière moins systématique que Balzac. Narrateur avant tout, il attache moins d'importance à la psychologie que l'auteur de "La Comédie humaine". Le destin des personnages, réels ou fictifs, sert de trame narrative pour illustrer l'histoire du peuple espagnol au cours d'une période marquée par les affrontements idéologiques. Un ton épique et un accent patriotique assurèrent d'emblée un grand succès à ces "Episodes", remarquables aussi par la peinture lucide des classes moyennes de la société madrilène.

 

L'écrivain engagé

 

Parallèlement, Pérez Galdòs fait paraître une trentaine de romans réalistes où il restitue l'atmosphère des milieux bourgeois et populaires de l'époque : "Doña Perfecta" (1876), roman à thèse traitant de l'intolérance et du fanatisme religieux,  "Marianela" (1878) , roman d'amour, "La Déshéritée" (1881), peinture de l'ambition et de la cupidité.  Son ouvrage le plus célèbre est "Fortuna et Jacinta (1887), roman fleuve dont le héros est partagé entre sa femme, issue de la bourgeoisie, et une fille du peuple, à la fois drame de la jalousie et description contrastée de milieux sociaux inconciliables. D'autres livres marquants suivront : "Miau" (1887), portrait d'un fonctionnaire réduit au chômage et acculé au suicide, "Angel Guerra" (1891-1892), roman du renoncement, etc...

Cette activité littéraire débordante n'empêche pas Pérez Galdòs d'entreprendre de nombreux voyages à travers l'Europe (1889-1895). Ecrivain célèbre, connu pour ses opinions libérales, il est élu aux Cortes (Parlement) en 1886, un peu malgrè lui, semblet-il. Il accomplira scrupuleusement sa tâche de député, mais ne briguera pas la réelection à la fin de son mandat (1891). A cette époque, il obtient de grands succès en adaptant à la scène certains de ses romans.

 

A la fin de sa carrière, l'écrivain, désabusé, se détourne du libéralisme. Dans ses dernières oeuvres, l'intérêt pour les problèmes politiques et sociaux fait place à des préoccupations d'ordre spirituel "Nazarin" 1895. Il entre à nouveau au Parlement, cette fois dans les rangs du parti républicain (1907-1910). Mais ce choix politique lui alliène la sympathie des classes bourgeoises et est à l'origine de son échec au prix Nobel (1912). Devenu aveugle, il passe ses dernières années dans l'oubli et la pauvreté, et meurt à Madrid le 4 janvier 1920.

 


Par Cathou
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