1804 1857
SUE, Marie-Joseph, dit Eugène, romancier français né à Paris le 26 Janvier 1804, appartenait à une famille de grands bourgeois fortunés ; il mena une existence fastueuse et
vagabonde, puis adopta les idées socialistes et fut exilé, jusqu'à sa mort, après le coup d'État du 2 décembre 1851. D'abord romancier "frénétique", voire cynique, à la façon des
romantiques mineurs, il se tourna en 1841 vers le
roman-feuilleton social et devint l'un des écrivains les plus populaires du siècle. Il décède en exil à Annecy, le 3 Août 1857.
Dans "Les Mystères de Paris" (1842-1843), qui connut un extraordinaire succès, le roman d'amour larmoyant, la peinture des bas-fonds, fantastique, plutôt que réaliste, le
conservatisme social, volontiers paternaliste, sont associés à une mise en accusation vigoureuse des lois sociales et de l'aveuglement coupable de la bourgeoisie. Dès lors, la production de
Sue fut très abondante, la plupart de ses romans lui permettant d'aborder, toujours avec véhémence, un problème social contemporain : le rôle de l'Église (Le Juif errant,
1844-1845), la condition féminine, la situation du fils naturel, etc. Son dernier ouvrage, vaste fresque au titre significatif (Mystères du peuple ou Histoire d'une famille de
prolétaires à travers les âges), fut interdit par la censure.
Des études peu brillantes, une adolescence "difficile" dans un écrin doré -son père est médecin en chef de la garde impériale -… Eugène est envoyé se calmer sur les océans, où il opère comme… chirurgien de la marine. Ces six années de mer, émaillées d’escales parisiennes qui lui permettent de s’initier à la peinture et, pour faire comme tout le monde, à la littérature, s’achèvent à la mort de son père en 1830 (décès qui le libère de toute contrainte). À son retour sur la terre ferme, il dévore Walter Scott, James Fenimore Cooper, Byron.
Il devient dandy-écrivain, côtoie Dumas, Balzac (qui sera son ami jusqu’à ce que les succès littéraires d’Eugène ne lui fassent de l’ombre), se lance dans les romans d’aventure et les romans mondains. Résultat : en quelques années, il dilapide l’héritage paternel et est ruiné.
Les
Mystères de Paris
La jeune Fleur-de-Marie vit au coeur du Paris du crime, du vice et de la misère, jusqu'à ce qu'elle rencontre le noble Rodolphe, son sauveur.
Le Journal des débats qui publie en 1842 - 1843, sous forme de feuilleton, "Les Mystères de Paris" est un des organes du gouvernement conservateur. Cela justifie l' argument que
tient l' auteur face à des lecteurs attirés par l' exotisme d' un milieu si proche et pourtant inconnu. Eugène Sue dit vouloir "entreprendre une excursion parmi les naturels de cette race infernale qui peuple les prisons, les bagnes et dont
le sang rougit les échafauds".
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Le justicier et la Goualeuse
Dans les bas-fonds de Paris, Rodolphe, grand-duc allemand déguisé en ouvrier, s'évertue à rétablir la justice pour racheter une faute de jeunesse. Il rencontre une jeune prostituée au coeur pur,
Fleur-de-Marie. Après que la Goualeuse - surnommée ainsi pour ses talents de chanteuse - lui a raconté son enfance écrasante de malheurs, il décide de la sauver. C'est alors que de nombreux
personnages qui peuplent un Paris misérable vont faire rebondir les situations et vont entraîner les deux héros dans des aventures périlleuses. Tantôt Fleur-de-Marie vivra heureuse et retirée à
la campagne, tantôt elle retombera aux mains de ses persécuteurs, le couple cruel et grotesque que forment le Maître d'école et la Chouette. Mais des indices vont dévoiler la véritable identité
de Fleur-de-Marie, qui n'est autre que la fille de Rodolphe. La jeune fille renonce à l'amour et entre au couvent pour expier sa vie passée.
Un chef-d'oeuvre du roman populaire
Eugène Sue, dandy parisien, veut plaider la cause des pauvres pour montrer que les coupables sont en fait des victimes. L'incroyable délire qui a accueilli
"Les Mystères de Paris" prouve que les descriptions du Paris des truands, certes parfois pittoresques, n'ont pas été tellement en deçà de la réalité. Ainsi l'immense
courrier qu'a reçu l'auteur trahit par ses témoignages la proximité entre réalité et fiction. L'écriture, dominée par la force d'un trait tenant parfois de la caricature, façonne des personnages
types et permet la création d'un univers cohérent, original et stylisé. Au fil de l'histoire, divers personnages entrent en relation : le Chourineur, assassin repenti ; Ferraud, bourgeois avare ;
Morel, ouvrier victime d'une société injuste ; Pipelet, concierge trop curieux (devenu de nos jours un nom commun). C'est une oeuvre à la fois conventionnelle par sa morale - la punition ou le
rachat constituent les deux seules fins possibles - et à la fois très nouvelle par ses dénonciations sociales et l'usage de l'argot.
Extraits :
Fleur-de-Marie résiste au chantage du Chourineur
- Bonsoir, Chourineur (1).
Cet homme, repris de justice, avait été ainsi surnommé au bagne.
- C' est toi, la Goualeuse (2), dit l'homme en blouse ; tu vas me payer l'eau d'aff (3), ou je te fais danser sans violons !
- Je n'ai pas d' argent, répondit la femme en tremblant ; car cet homme inspirai une grande terreur dans le quartier.
- Si ta filoche est à jeun (4), l'ogresse du tapis-franc te fera crédit sur ta bonne mine.
- Mon Dieu ! je lui dois déjà le loyer des vêtements que je porte...
- Ah ! tu raisonnes ? s' écria le Chourineur. Et il donna dans l'ombre et au hasard un si violent coup de poing à cette malheureuse, qu' elle poussa un cri de douleur aigu.
- Ça n' est rien que ça, ma fille ; c' est pour t' avertir...
A peine le brigand avait-il dit ces mots, qu' il s' écria avec un effroyable jurement :
- Je suis piqué à l' aileron ; tu m' as égratigné avec tes ciseaux.
Et, furieux, il se précipita à la poursuite de la Goualeuse dans l'allée noire.
- N' approche pas, ou je te crève les ardents avec mes fauchants (5), dit-elle d'un ton décidé. Je ne t'avais rien fait, pourquoi m' as-tu battue ?
Lexique
(1) Donneur de coups de couteau ; (2) La Chanteuse ; (3) L' eau-de-vie ; (4) Si ta bourse est vide ; (5) Je te crève les yeux avec mes ciseaux.
***
Fleur-de-Marie est poursuivie par la Chouette
Voulant rassurer et avertir ses complices, dont l'un, le Maître d' école, s' était dérobé à la vue des cavaliers, le fils de Bras-Rouge s' écria :
- Grand-mère !...me voilà... avec une bonne dame qui vient à ton secours !...
- Vite, vite, mon enfant ! ce monsieur à cheval nous a fait perdre quelques minutes, dit la Goualeuse en hâtant le pas, afin d'atteindre le tournant du chemin creux. .
A peine y arriva-t-elle, que la Chouette, qui s'y tenait embusquée, dit à voix basse :
- A moi, fourline !
Puis, sautant sur la Goualeuse, la borgnesse la saisit au cou d' une main, et de l'autre lui comprima les lèvres, pendant que Tortillard, se jetant aux pieds de la jeune fille, se cramponnait
à ses jambes pour l' empêcher de faire un pas.
Cette oeuvre annonce d'une façon magistrale "Les Misérables" et fait d' Eugène Sue
un porte-parole du mouvement socialite.
Notes :
C'est avec "Les Mystères de Paris" que le roman-feuilleton atteint son apogée : l'oeuvre remporte un succès inimaginable. L'enthousiasme pour "Les
Mystères" gagne les classes cultivées et même la cour ! Par le biais d'un courrier très important, les lecteurs vont participer et presque collaborer à la création du roman
: "De grâce ne laissez pas posséder encore cette malheureuse enfant (Fleur-de-Marie) par ces misérables ou votre roman sera
immoral." Le roman influence aussi la réalité puisqu'un curé qui a fondé un orphelinat
s'écrie : "Toute notre ville est sous le charme de votre style enchanteur. Cela détermine
les habitants à se montrer plus généreux pour notre oeuvre. Honneur à vous monsieur !"
Pour qualifier ce succès, Théophile Gautier dit : "Les malades ont attendu pour mourir la fin des Mystères."
"Cette distinction (entre bien et mal) est la forme dernière que l'aristocratie donne à ses préjugés. Rodolphe se considère lui-même comme un homrne de bien et les méchants sont là pour lui
permettre de jouir de sa propre excellence".
-Karl Marx, op. cit.
L'
histoire des relations de I'instable Célestine et de ses maîtres : quand débute le récit, Célestine aborde sa douzième place en deux ans et se remémore les
précédentes.
Une véritable méthode pour interpréter les rêves
Après sept ans passés au collège de sa ville natale, Pérez Galdòs fut envoyé à Madrid et inscrit à la faculté
de droit (1862). Il y étudia consciencieusement, mais sans enthousiasme. La ville est alors en pleine effervescence, sous l'effet de réformes économiques et de luttes politiques ; la dynastie
régnante, celle des Bourbons, vacille. Pérez Galdòs est partisan des idées libérales. Il fréquente les cafés, les spectacles, en particulier les "Zarzuelas", genre typiquement espagnol
d'opéra comique entrecoupé de dialogues, dont les personnages populaires se retrouveront plus tard dans son oeuvre.
















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