Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 15:29


1859  1930

Sportif émérite, polygraphe infatigable, patriote mettant ses talents au service de la nation, mais aussi prophète, quelque peu fourvoyé, du spiritisme, Conan Doyle aura voulu être beaucoup plus que le père de "Sherlock Holmes". C'est pourtant à ce titre qu'il est passé à la postérité.

Une anecdote amusante révèle que la vie de Conan Doyle n'avait pas été exempte des coïncidences qui font le sel du cycle <<Sherlock Holmes. >> Venu à Lyon visiter le musée du crime, installé par le docteur Locard (connu sous le sobriquet de <<Sherlock Holmes >> français) dans le grenier du Palais de Justice, Conan Doyle
reconnaît son ancien chauffeur sur l'un des portraits. L 'individu n' est autre que Jules Bonnot, meneur de la bande du même nom, et qui avait effectivement été mécanicien en Angleterre, avant de devoir sa notoriété à des activités moins avouables.

Une force de la nature

Un mètre quatre-vingt-dix, quatre-vingt-dix kilos : ainsi se présentait Conan Doyle, bien différent de sa Conan-Doyle0001.jpgcréature, le longiligne et quelque peu décadent "Sherlock Holmes"  trompant un ennui existentiel dans les joies subtiles de la logique. Non, Conan Doyle n' avait rien d'un désoeuvré : véritable force de la nature, prompt à la bagarre, il est apprécié dans les club de cricket. Il sera à Davos l'un des pionniers du ski. Agé déjà, il connaîtra les plaisirs et les risques de la vitesse automobile. La vie associative, la vie politique, les voyages - souvent mouvementés - permettent, en outre, de canaliser une énergie hors du commun qui s'exerce tous azimuts, sauf dans ce qui devait assurer son pain quotidien : la médecine. Très tôt, en effet, le jeune docteur en médecine a découvert les joies de la littérature. Des nouvelles (aventures, épouvante et fantastique), un roman de moeurs raté et une première apparition de "Sherlock Holmes" (Une étude en rouge, 1887) passent inaperçus. Le succès viendra avec un roman historique : "Micah Clarke" (
1888).

L'ombre de Sherlock Holmes

Pourtant, malgré les ambitions plus élevées de I'auteur, c'est avec les douze nouvelles, alimentaires, qui forment  "Les Aventures de Sherlock Holmes" (1891-1892), que vient la célébrité proprement dite. Conan Doyle a trouvé son ton : celui du  <<pastiche affectueux et spirituel >>.
Le couple Watson - Holmes est bien rodé et le cadre de la nouvelle est préféré au roman pour ce genre
nouveau que l' auteur vient de crée presque malgré lui : I'enquête menée par un détective-gentleman, piquant la curiosité et aiguisant I'attention du lecteur, relevée d'une bonne dose d'humour et d'une touche de romanesque.
 Presque par hasard : ainsi est né Sherlock Holmes. Mais, dopé par son succès, celui-ci ne se laissera pas oublier. Naissent alors, entre le créateur et sa créature, des rapports conflictuels, chargés d'ambivalence. Flatté de I'aisance matérielle que lui assure son détective, Conan Doyle prend néanmoins ombrage de l'exclusivité dont celui-ci jouit auprès du public, au détriment du reste de son oeuvre, morale et historique. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/73/Paget_holmes.pngDès la fin des "Aventures", Conan Doyle avait ressenti des velléités de meurtre. Finalement, sa créature jouit d'un sursis, mais en 1893, à l'issu du cycle des  "Mémoires", l'écrivain précipite sa trop encombrante invention dans un gouffre suisse. Consternation à Londres : Sherlock Holmes est mort. Malgré les supplications, Conan Doyle résiste. Il condescend à exhumer un récit  "posthume"  (Le Chien des Baskerville, 1902), mais son héros reste dans sa crevasse. Il  faudra toute la persuasion de Mme Doyle mère et des éditeurs pour que l'irascible auteur ressuscite son infatigable détective. Conan Doyle a cependant bien soin, à l'issue du nouveau cycle -  "Le Retour de Sherlock Holmes", 1903 -1904 -, d'envoyer sa turbulente créature en retraite dans le Sussex, loin des tentations de Baker Street. Mais le logicien de génie en a vu d'autres et la Première Guerre mondiale va le faire sortir de sa réserve pour  "Son dernier coup d'archet  (1917). Bref, lorsque Conan Doyle décède en 1930, Sherlock Holmes, lui, est toujours bien vivant.
Sherlock Holmes (gauche) et Dr Watson, par Sidney Paget

L'esprit et la matière, la science et la religion


Si le succès du cycle Sherlock Holmes peut trouver diverses explications, l'une des plus convaincantes est que Conan Doyle sut y répondre de manière particulièrement juste au double désir des lecteurs d'explication scientifique et de merveilleux. C' est là, au confluent de l' esprit positiviste de son époque et de la recherche d'autre chose qui dépassât la matière que se situe le meilleur de l'oeuvre de Conan Doyle et l'essentiel de la quête que constitua sa vie. Une existence vouée au meilleur... et au moins bon. Car, si cette préoccupation morale amena l' écrivain à combattre l' erreur judiciaire ou, lui l' Irlandais d'origine, Écossais par sa naissance et Anglais d'adoption, à embrasser la cause de l'impérialisme britannique au nom du progrès de http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:x3346d5b1B000M:http://www.jesuiscultive.com/IMG/jpg/Sherlock_Holmes.jpgI'humanité, elle le fourvoya également dans d' obscures recherches en matière de spiritisme et, au soir de sa vie, dans un prosélytisme qu'il avait toujours condamné chez les croyants. Cinquante - six nouvelles et quatre romans du cycle " Sherlock Holmes ", plusieurs éléments de son cycle napoléonien - La Grande Ombre, Le Cycle du Brigadier Gérard -, un récit de science-fiction - Le Monde perdu -, quelques nouvelles fantastiques, c'est en définitive ce qu' on retiendra de l' oeuvre de Conan Doyle
: une petite partie au regard de l'ensemble, néanmoins un titre suffisant à la postérité.

Notes :

La rencontre de la science et du merveilleux

Conan Doyle réalise dans le roman policier ce que Jules Verne avait déjà réussi dans le roman d'aventures : la rencontre de l' esprit scientifique et du merveilleux. <<Cet apport positiviste pris en charge, exprimé par la pensée rationaliste, vient chez Conan Doyle se perdre insidieusement dans la nappe souterraine du merveilleux porté par la pensée mythique.>>

- Frédéric Lacassin, Mythologie du roman policier, Union GénéraIe d'Édition, 1974

 <<Si, comme il le prétend, le premier devoir d'un homme est de tirer le meilleur parti de tout ce qu'il porte en lui, il n'y a pas. failli. >>

- James Mac Cearney, Arthur Conan Doyle, La Table Ronde,1988

<<Si je ne tue pas Holmes, c' est lui qui me tuera. >> Conan Doyle, cité par James MacCearney,

<<[Conan Doyle] excelle dans le genre léger, qu'il croit secondaire, mais il se sait médiocre dans les genres nobles, qu'il tient pour primordiaux. (...) S'il veut réaIiser tout son talent d'écrivain, il faut qu'il se consacre à Holmes. S'il veut rester fidèle à sa vocation, il faut que Holmes disparaisse. >>

- James Mac Cearney,

Par Cathou
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 15:30

 

 

La demi mondaine Marguerite fait preuve de  dévouement en  abandonnant l'homme qu'elle aime, Armand, afin de sauver la réputation de celui-ci.

 

Alexandre Dumas fils s'est inspiré d'une liaison qu'il a eu avec une courtisane célèbre de son époque. Pourtant, http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://s1.e-monsite.com/2009/07/16/05/37536468marie-duplessis-jpg.jpg&sa=X&ei=D9GSTaa9Bs3o4AaL2uWxAg&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNHVgWZmMt7pwBlBhcK3t3FzfkKiwQsa propre histoire ressemble peu à celle qu'il raconte ; seule la maladie incurable dont est morte sa maîtresse rapproche celle-ci de Marguerite.

 

L'amour par le sacrifice

 

Armand Duval déclare à Marguerite Gautier, demi-mondaine, son amour qui dure en secret depuis deux ans déjà. Marguerite vit de rentes confortables qui lui viennent de ses amants ; Armand, lui, n'a que peu de fortune propre. Elle s'éprend du jeune homme et ils vivent leur amour passionnément. Sur les instances d'Armand, l'héroïne se décide à abandonner ses amants. Lors d'un séjour à la campagne, M. Duval père apparaît pour sommer Marguerite de cesser sa relation avec Armand ; il craint, en effet, que la demi-mondaine entache la réputation de la famille. Elle accepte de se sacrifier, tout en convainquant son interlocuteur de son amour et de son désintéressement financier à l'égard d'Armand. Elle l'abandonne donc en lui faisant croire qu'elle aime un autre homme, et elle réussit presque à se faire haïr jusqu'au jour où il réapparaît pour se battre en duel avec l'amant de Marguerite. Peu de temps après, Armand se présente chez Marguerite, mourante, après avoir appris de son père toute la vérité. Il assiste ainsi aux derniers moments de sa maîtresse.

 

Marguerite ou la noblesse d'âme

 

C'est pour de nombreuses raisons que la  sympathie du lecteur se porte sur le personnage de Marguerite Gautier.  En effet, cette femme, atteinte d'une maladie incurable, sacrifie son dernier bonheur, l'amour de son amant, sur l'autel de la respectabilité sociale. Elle qui, avant de rencontrer Armand Duval, jouissait d'une situation financière confortable, vend jusqu'à ses dernières possessions pour pouvoir vivre sans contraintes une histoire d'amour condamnée à l'échec.

Elle accepte même de paraître odieuse aux yeux de son amant pour qu'il ait moins de souffrance à la voir s'en aller. Ses derniers instants de félicité, alors qu'elle se meurt, ne peuvent pas faire oublier qu'elle n'a récolté, en récompense de son abnégation, que la solitude, le dénuement et la tristesse.

A la lecture de "La Dame aux camélias", on ne saurait s'empêcher de ressentir un certain trouble face à la mentalité de la bourgeoisie bien pensante dans la France du XIX ème siècle. Romantique et presque caricaturale, la courtisane incarne la femme <<chargée de tous les péchés>>, comme l'a souligné Gaëtan Picon.

 

Marie Duplessis Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, comtesse de Perrégaux, ayant inspiré à Alexandre Dumas fils le personnage de Marguerite Gautier.


 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a1/MarieDuplessis.jpg/220px-MarieDuplessis.jpg

 

Extraits

 

Rencontre de Marguerite et d'Armand

 

ARMAND :  - Depuis deux ans, depuis un jour, où je vous ai vu passer devant moi, belle, fière, souriante. Depuis ce jour, j'ai suivi de loin et silencieusement votre existence.

MARGUERITE  : - Comment se fait-il que vous me disiez cela qu'aujourd'hui ?

ARMAND : - Je ne vous connaissais pas, Marguerite.

MARGUERITE : - Il fallait faire connaissance. Pourquoi, lorsque j'ai été malade et que êtes si assidûment venu savoir de mes nouvelles, pourquoi n'avez vous pas monté ici ?

ARMAND : - De quel droit aurais-je monté chez vous ?

MARGUERITE : - Est-ce qu'on se gêne avec une femme comme moi ?

ARMAND : - On se gêne avec une femme... Et puis...

MARGUERITE : - Et puis ... ?

ARMAND : - J'avais peur de l'influence que vous pouviez prendre sur ma vie.

MARGUERITE : - Ainsi vous êtes amoureux de moi !

ARMAND,  la regardant et la voyant rire : - Si je dois vous le dire ce n'est pas aujourd'hui.

 

                            ****

 

Le sacrifice de Marguerite

 

MARGUERITE : - Vous voulez que je quitte Armand tout à fait ?

M. DUVAL : - Il le faut !

MARGUERITE : - Jamais ! ... Vous ne savez donc pas que je n'ai ni amis, ni parents, ni famille ; qu'en me pardonnant il m'a juré d'être tout cela pour moi, et que j'ai enfermé ma vie dans la sienne ? Vous ne savez donc pas enfin, que je suis atteinte d'une maladie mortelle, que je n'ai que quelques années à vivre ? Quitter Armand, monsieur; autant me tuer tout de suite.

M. DUVAL : - Voyons, voyons, du calme et n' exagérons rien ... Vous êtes jeune, vous êtes belle, et vous prenez pour une maladie la fatigue d'une vie un peu agitée ; vous ne mourrez certainement pas avant l'âge où l'on est heureux de mourir. Je vous demande un sacrifice énorme, je le sais, mais que vous êtes fatalement forcée de me faire. Écoutez-moi ; vous connaissez Armand depuis trois mois, et vous l'aimez !  mais un amour si jeune a-t-il le droit de briser tout un avenir ? et c'est tout l'avenir de mon fils que vous brisez en restant avec lui ! Etes-vous sûre de l'éternité de cet amour ? Et si tout à coup, - trop tard, - vous alliez vous apercevoir que vous n'aimez pas mon fils, si vous alliez en aimer un autre  ? Pardon Marguerite, mais, le passé donne droit à ces suppositions.

Par Cathou
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 16:00


1868  1951


Alain est surtout connu pour ses "Propos",  des articles incisifs et très actuels dans lesquels il dénonce toute forme de tyrannie et tout asservissement de l' esprit à un système de pensée.

Cités par André Maurois dans son ouvrage "Destins exemplaires" (éditions Plon, 1952), voici des sujets de dissertation donnés par Alain à ses élèves :

Une jeune femme est sur le point de franchir, pour se noyer, le parapet du pont des Arts. Un philosophe qui passait la retient par la jupe. Dialogue.

Ou encore : Dialogue entre un sacristain et un capitaine de pompiers, sur l' existence de Dieu.

Et une autre fois : Le Collège au pays d'Utopie.


Un père et un maître


alain0001.jpgNé à Mortagne-au-Perche, dans I'Orne, le 3 mars 1868, Émile Chartier (il ne prit le pseudonyme d' Alain que pour signer ses Propos) était le fils d'un vétérinaire. II accompagna assez souvent son père dans ses visites et il en garda, dit-on, un amour de la nature et des animaux qui se retrouve dans ses écrits. II entra au collège de Mortagne à six ans et au Iycée d' Alençon à treize ans où il se montra un élève brillant. Toutefois, après un échec en sciences, il décida de s'orienter vers les beIles-lettres et la philosophie, au lycée de Vanves ; c'est là qu'il eut pour professeur de philosophie Jules Lagneau, qui eut sur lui une grande influence. II dit plus tard de ce philosophe spiritualiste qu'il fut  "Ie seul grand homme qu'il ait rencontré, le seul dieu qu'il eût reconnu". Ce fut ensuite I'École normale supérieure (1889).

L'enseignement et la philosophie

Après avoir participé à I'expérience des Universités populaires, Alain s'engagea dans la vie politique aux côtés des dreyfusards ; iI se lança également dans le journalisme, parallèlement à ses études puis à son enseignement, signant les nombreux "Propos" qui le firent connaître du public. Il obtint I'agrégation de philosophie en 1892. Deux ans plus tard, à quelques mois d'intervalle, Alain eut la douleur de perdre les deux personnes qui avaient sans doute le plus compté durant son enfance et son adolescence : son père et Jules Lagneau. Il avait alors vingt-quatre ans et il entrait de plain-pied dans la vie d'enseignant et de philosophe. Il enseigna dans divers lycées, à Pontivy, Lorient et Rouen, puis à Paris, aux Iycées Condorcet, Michelet et Henri IV.

La guerre

En 1914, alors que des conflits éclataient un peu partout en Europe à la suite de I'attentat de Sarajevo - assassinat de l' archiduc d' Autriche François-Ferdinand et de sa femme -, Alain espérait encore. II luttait désespérément pour la paix ; plus précisément, il s'élevait contre cette idée selon laquelle la guerre est inévitable et qu'elle est une fatalité. Mais au mois d'août, la France entrait dans le conflit mondial. Révolté, scandalisé par le gâchis et les sacrifices humains qu'  occasionnent les guerres, Alain n'hésita pourtant pas à affirmer sa solidarité avec les simples soldats, livrés tout autant à l'ennemi qu'à leurs propres supérieurs. A quarante-six ans, volontaire, il s'engagea dans l'artillerie et resta mobilisé pendant trois ans. Malgré la richesse des expériences humaines vécues aux côtés de ses compagnons soldats (Souvenirs de guerre), il quitta l'armée encore plus hostile à la guerre et à toute forme de domination de l' homme par l' homme.

Le maître

En 1917, Alain retrouva son poste au lycée Henri-IV, à Paris ; autant par son enseignement que par ses ouvrages, il était désormais une personnalité connue, et sa classe était une sorte de "sanctuaire" où l'on venait écouter le maître de façon quasi religieuse. Fidèle à ses engagements, il fut le co-fondateur, en 1930, d'un comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Alain prit sa retraite en 1933 ; il partagea alors son temps entre sa maison du Vésinet et la Bretagne, travaillant sans relâche à son oeuvre, aidé en cela par sa femme. En 1951, il reçut le seul honneur qu'il accepta jamais : le Grand Prix national de littérature, en présence d' André Maurois. Mais, quelques jours plus tard, le 2 Juin 1951, il mourut après une courte maladie ; il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Des plaques ont été apposées sur ses maisons du Vésinet et du Pouldu, en Bretagne.

L'oeuvre

http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/propos_sur_le_bonheur/propos_sur_le_bonheur_L13.jpgPhilosophe, journaliste et écrivain, Alain fut aussi un remarquable pédagogue. II forma plusieurs générations de professeurs et eut parmi ses élèves des noms qui allaient devenir célèbres, comme Alain Maurois et Simone Weil. De son oeuvre, on distinguera les "Propos", recueils d'articles journalistiques, plus faciles d'accès que I'oeuvre philosophique proprement dite, dont les ouvrages essentiels sont : "Histoire de mes pensées" (1936), "Mars ou la Guerre jugée" (1921), "Système des Beaux-Arts" (1920) et "Les ldées et les Ages" (1927). Il a laissé également une introduction à la  philosophie, "ldées" (1939), capable, selon les propres paroles de I'auteur, "de donner à un étudiant le goût de la  philosophie".

Hostile à tout système de pensée, Alain conseillait d'envisager le monde avec un regard neuf et un esprit critique, libéré des préjugés et des idées toutes faites ; il faut remettre en question les vérités établies et ne pas craindre de les confronter sans cesse au réel. Esprit libre et anarchisant, Alain se voulait un homme lucide, capable de diriger son esprit, comme I'avaient enseigné les stoïciens.


Notes :

<<Alain a montré qu'iI est possible, par une belIe gymnastique des muscles et des pensées, d'appuyer le supérieur sur I'inférieur. Toujours iI a refusé de tenir les hommes pour fous. Au lieu de leur reprocher leurs désirs, il leur a dit que, sur ces désirs, ils peuvent greffer des sentiments, des sociétés, des oeuvres d'art ; au lieu de rire de leurs antiques croyances, il a fait voir qu'elles contenaient déjà quelque sagesse mal dégrossie. >>
 -A. Maurois, Alain, éditions Domat, 1950

<<On peut aisément se convaincre que, depuis I'origine des temps, les enfants ont été martyrisés dans les écoles. (...) Chez M. Chartier, le cIimat était autre. Les enfants que nous étions encore, les petits hommes que nous étions déjà, croyaient renaître... Chacun, quels qu'eussent été son origine et ses antécédents, se sentait regardé sous son meilleur jour, celui de sa liberté et de I'avenir de cette liberté. )>

- A. Bridoux, préface aux Arts et les Dieux, éditions Gallimard,La Pléiade, 1958

<<"L'homme !" Ainsi, pendant bien des années, ses élèves le désignèrent-ils entre eux. Ce surnom, accepté par chaque promotion de la précédente, et qui comportait, sans  doute, sous entendue, la majuscule, se voulait une somme de ce qu' avec une simplicité plus imposante que toute majesté, Alain offrait tout de suite à contempler de sincérité, de lucidité, de résolution, d'admirable création, et aussi de puissance physique. >)
 - H.Mondor, Alain, éditions Gallimard,1953



<<On connaît le mot de Paul Valéry : la richesse d'Alain, ce sont ses pensées. Pensées bienfaisantes qu'  il a  généreusement répandues dans son enseignement, dans ses oeuvres, dans ses "Propos". N' est-ce point la richesse authentique ; la seule que l' homme puisse emporter de l' autre coté de la vie ? >>
-
A. Bridoux, Alain, sa vie, son oeuvre, PUF,1964

Par Cathou
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 10:00


1869  1951


Homme d'influence - sur la jeunesse, par ses incitations à l' émancipation, et sur la vie littéraire de son époque -, Gide fut avant tout une conscience qui se cherche et s'expose en toute sincérité.

La composition "en abîme"  est un procédé littéraire que Gide affectionnait et dont il empruntait le terme à l'art du blason. Il gide0001.jpgs'agit d'insérer dans le coeur de l' oeuvre une image réduite de l' oeuvre elle même. Par extension, elle désigna la technique dite du "roman dans le roman", l'un des personnage du récit étant lui-même romancier à l' oeuvre, technique judicieusement adaptée à l'esprit critique et toujours distancié de Gide. Le meilleur exemple en est "Les Faux-Monnayeurs".

Le faux confort de la bourgeoisie protestante

  <<A cet âge innocent où I'on voudrait que toute I'âme ne  soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu'ombre, laideur, sournoiserie.>> (Si le grain ne meurt). Telle fut la part d'ombre du jeune enfant unique et choyé, protégé des difficultés de l'existence par la fortune familiale, mais supportant d'autant plus difficilement le rigorisme maternel (Gide perdit son père à I'âge de dix ans) qu'une sensualité précoce et honteuse le tenaillait. Lumières de ce tableau sombre, cependant : les joies des vacances au pays d'Uzès et I'amour idéaliste qui l'attacha à sa cousine, Madeleine Rondeaux, jeune fille blessée et à l'âme profonde. Déjà les sens et I'esprit, déjà une conscience partagée...

Si le jeune dandy de vingt ans, ami de Pierre Louÿs, fréquentant Barrès et Mallarmé, a fermement conscience de sa vocation d'écrivain, I'impulsion décisive lui manque encore, qui décidera de sa voie propre. "Les Cahiers d'André Walter" (1891) sont une oeuvre de jeunesse, ampoulée et romantique," Le Traité du Narcisse" (1891) exhale des relents de symbolisme. En cette fin de siècle, le petit monde parisien des cénacles littéraires sent le renfermé : il est temps d'ouvrir les fenêtres.

L'Immoraliste

Et c'est la grande rencontre, celle de l' Afrique du Nord, où un premier voyage conduit Gide d'octobre 1893 au printemps 1894. lvresse des sens retrouvés, joies du corps et ingénuité d'une sexualité vécue sans entraves et sans honte, avec de jeunes garçons de rencontre. De cette jubilation, deux oeuvres majeures http://pagesperso-orange.fr/mondalire/Images/photos/nourritures.jpgconserveront la marque : ce sont "Les Nourritures terrestres"  (1897), vibrant appel à l' émanci pation, rédigé dans une prose Iyrique et sensuelle, et   "L' lmmoraliste" (1902), dont le style, d'un classicisme épuré, sera désormais la  "patte" de I'auteur. Suivant une pente qui lui est naturelle, Gide pose ici son nouveau principe de vie tout en marquant déjà les limites : Narcisse est trop conscient de lui même pour jamais s'abîmer dans son image.

La Porte étroite

Passé la première effervescence de I'aventure africaine, l' " immoraliste"  retrouve ses préoccupations d'ordre spirituel, voire religieux. Son mariage - blanc- avec Madeleine, les deux  récits (romans courts à I'intrigue épurée) que sont  "La Porte étroite" (1909) et " La Symphonie pastorale" (1919) portent la marque de ces aspirations. Aspirations et non adhésions, car Gide se sait désormais, et se veut, irrémédiablement divers. Sa seule ligne de conduite sera la sincérité, celle que chacun doit à soi-même (jusqu'à sa propre fuite en 1918 avec Marc Allégret) et celle que I'auteur doit à ses lecteurs sans toutefois se cacher la voie étroite que constitue une telle démarche. Sans passé et sans avenir, l' " acte gratuit" de Lafcadio dans  "Les Caves du Vatican" est finalement absurde : iI marque les limites d'une morale de la sincérité. Quant au refus du mensonge, il  ne doit pas leurrer l' écrivain . Comme la fausse monnaie des "Faux-Monnayeurs" (1925-1926) - roman sophistiqué mais quelque peu désincarné - le mensonge est chose pernicieuse : iI circule et corrompt chacun.

Engagements et désengagement

Homme d'influence, André Gide s'est senti quelque peu embarrassé par le magistère moral qu'on lui attribua, notamment sur la jeunesse. Un voyage au Congo, dans I'entre-deux-guerres, fut le point de départ d'un nouveau type d'engagement, contre I'injustice sociale. Pourfendeur du colonialisme, bientôt compagnon de route du Parti communiste, Gide n' était cependant pas de nature à se laisser embrigader. "Retour de l' URSS"  (1936) et" Retouches", qui suivra, seront I'occasion d'une mise au point. Plus profondément, dans la dernière partie de son existence, Gide se dit désengagé ; il n'a plus la même soif d'écrire. Entre ses nombreux voyages (car il restera jusqu'au bout avide de " nourritures terrestres", iI publie  le "Journal" qu'il n'a cessé de tenir au cours de son existence.   II s'éteint à Paris, en 1951, à l' age de 81 ans.

Postérité de Gide

Force est de constater que l' oeuvre d' André Gide ne jouit plus, beaucoup s'en faut, de la  <<vogue >> qui fut la sienne des années 20 à la mort de l'auteur, et même un peu au-delà. Le parfum de scandale s'est quelque peu éventé ; quant aux  oeuvres <<religieuses>>, elles sonnent aujourd'hui étrangement faux. <<Révolutionnaire >> dans sa morale, sans être allé jusqu' au bout de son engagement, conservateur par son style, Gide donne parfois l'impression irritante de n'avoir jamais été tout entier là où il était. Reste I'exaltation Iyrique des "Nourritures terrestres",  reste une prose d'un classicisme épuré, reste enfin et surtout I'honnêteté d'une démarche, celle d'une conscience exigeante, toujours en quête, éternellement en devenir.


Notes :

<<Gide, et c'est en quoi sa pensée demeure étonnamment et passionnément moderne, actuelle, quoique
intempestive toujours, Gide, c'est un devenir, un itinéraire, une conscience en mouvement, en genèse illimitée : une conscience qui existe. (...)
Si doivent jamais advenir quelques amoindrissements de la liberté, on ne pourra pas ne pas se souvenir - ingratement ou non, mais Gide s'en fût-il vraiment soucié ? - de cet exemple, maintenir, pour choisir et s'engager, c'est-à-dire, pour un temps, le renier...>>

-Claude Martin, Gide, coll. Écrivains de toujours, Éditions du Seuil,1963

<<Et telle est la seconde infortune, aujourd 'hui, de Gide : ces combats, il les a tous gagnés - non certes définitivement  mais l'époque les a faits siens et semble n'avoir plus besoin de lui. Il n'est plus ni scandaleux ni aussi nécessaire d'exalter la nudité sur la plage, de dénoncer le carcan des religions réduites à un moralisme puritain et à un dolorisme hypocrite, de revendiquer une place pour Corydon, de condamner le système colonial, de proclamer la lutte nécessaire contre l'exploitation capitaliste de l'homme par I'homme - mais aussi de protester contre tous les stalinismes -, de faire le procès des genres littéraires traditionnels, en particulier du roman, de mettre en question la psychologie ignorante de I'inconscient, etc. >>

-Claude Martin, dans Dictionnaire des littératures de langue française, Bordas, 1987



LES CAVES DU VATICAN

Amédée Fleurissoire, parti délivrer le pape qu'iI croit retenu prisonnier au Vatican, est tué sans aucune raison par le jeune Lafcadio, fils du comte de Baraglioul.

Gide ne voulait pas être considéré comme un romancier. lI qualifie "Les Caves du Vatican" de  <<sotie>>, c' est-à dire de satire, de divertissement, et ses autres livres seront des "traités". des "récits".
André Gide
tira lui-même de ce roman une pièce de théâtre fort curieuse qui fut jouée pour la première fois en 1951.

Le crime de Lafcadio

Le comte Juste-Agénor de Baraglioul, au seui! de sa mort, charge son fils Julius d'enquêter sur un certain Lafcadio, jeune Roumain de dix-neuf ans. Celui-ci apprend de la bouche du comte qu'il est son fils et hérite d'une partie de sa fortune.
Pendant ce temps, Protos et sa bande de brigands font courir le bruit que le pape est retenu prisonnier dans les caves du Vatican et qu'un sosie le remplace. Amédée Fleurissoire, beau-frère de Julius, part délivrer le pape, mais Lafcadio le tue en le précipitant du train qui relie Rome à Naples. Protos, qui a tout vu, tente en vain de l'enrôler dans sa bande. La mort d' Amédée ramène Julius à une foi plus rigoureuse, et Anthime, un autre beau-frère de Julius, renie au contraire sa récente conversion. Protos, livré à la police par son amie Carola qui le croit coupable du meurtre, finit en prison. Pour Lafcadio commence une période de doutes : doit-i! se dénoncer et innocenter Protos ? Doit-i!, comme le lui suggère Julius, se réfugier dans la foi ?


Un conte philosophique


Cet ouvrage, curieux de prime abord, entremêle les genres : satire, conte phi!osophique, intrigue policière digne d' Arsène Lupin, roman... L'ensemble est empreint d'ironie, de cocasserie, voire d'invraisemblances, mais développe un des thèmes  majeurs de l'oeuvre de Gide : l'acte gratuit, proche d'un certain nihilisme, sans raison ni profit. Cette attirance pour le crime est analysée par l'auteur en des termes qui rappellent les études psychiatriques modernes. A chacun des cinq personnages principaux est consacrée une partie du livre : l'unité de l'ensemble nous est révélée, lors de la mort de Fleurissoire, par Lafcadio qui s'écrie : "Ce vieillard est ún carrefour." Il est en effet le point central où se croisent tous les destins : parmi ceux-ci, Gide oppose les âmes faibles, soumises aux traditions et aux dogmes religieux, à Lafcadio, être pur et libre, qui n'est pas "embaraglioulé". L'auteur attaque ainsi de nombreux idées sommaires et préjugés  caractéristiques de la "fin de siècle"

La rupture entre Claudel et Gide fut consommée après la publication des "Caves du Vatican" (1914). Claudel reprocha à l' auteur certains passages sur l' homosexualité mais surtout l' exaltation du crime gratuit, qui s' oppose aux principes catholiques de l' auteur du "Soulier de satin".

Extraits :

Lafcadio apprend qu'il est le fils du comte de Baraglioul

<<Lafcadio Wluiki, reprit Juste-Agénor quand il fut redressé, mes instants sont comptés .. je ne lutterai pas de finesse avec vous.. cela me fatiguerait. Je consens que vous ne soyez pas bête .. il me plaît que vous ne soyez pas laid. Ce que vous venez de risquer annonce un peu de braverie, qui ne vous messied pas ..j' ai d'abord cru à de l' impudence, mais votre voix, votre maintien me rassurent. Pour le reste, j' avais demandé à mon fils Julius de m'en instruire .. mais je m' aperçois que cela ne m'intéresse pas beaucoup, et m'importe moins que de vous avoir vu. Maintenant, Lafcadio, écoutez-moi : Aucun acte civil, aucun papier ne témoigne de votre identité. J' ai pris soin de ne vous laisser les possibilités d' aucun recours. Non, ne protestez pas de vos sentiments, c' est inutile ; ne m' interrompez pas. Votre silence jusqu' aujourd' hui m'est garant que votre mère avait su garder sa promesse de ne point vous parler de moi (..) >>

                               ***

Le hasard décide de la mort de Fleurissoire

<< Un crime immotivé, continuait Lafcadio : quel embarras pour la police ! Au demeurant, sur ce sacré talus, n' importe qui peut, d' un compartiment voisin, remarquer qu'une portière s' ouvre, et voir l' ombre du chinois cabrioler. Du moins les rideaux du couloir sont tirés... Ce n' est pas tant des événements que j' ai curiosité, que de soi-même. Tel se croit capable de tout, qui, devant que d'agir, recule... Qu'il  y a loin, entre l' imagination et le fait !...Et  pas plus le droit de reprendre son coup qu'aux échecs. Bah.! qui prévoirait  tous les risques, le jeu perdrait tout intérêt  !... Entre l'imagination d'un fait et...
Tiens !  le talus cesse. Nous sommes sur un pont, je crois ..une rivière... >>.(...)

<<Là, sous ma main, cette double fermeture - tandis qu'il est distrait et regarde au loin devant lui - joue, ma foi ! plus aisément encore qu' on eût cru. Si je puis compter jusqu' à douze, sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu, le tapir est sauvé. Je commence : Une .. deux .. trois .. quatre .. (lentement ! lentement ! ) cinq.. six.. sept .. huit ..neuf.. Dix, un feu!...>>

Après le geste impulsif viennent les doutes

<< Et moi qui commençais de vous aimer !... >>
C' était dit sans méchante intention. Lafcadio ne s'y pouvait méprendre. Mais, pour inconsciente, cette phrase n'en était pas moins cruelle, et l' atteignit au coeur. II releva la tête, raidi contre l'angoisse qui brusquement l' étreignit. II regarda Julius : - Est-ce là vraiment celui dont hier je me sentais presque le frère ? se disait-il. II promena ses regards dans cette pièce où, l' avant-veille, malgré son crime, il avait pu causer si joyeusement ;  le flacon de parfum était encore sur la table, presque vide..

Notes :

Le personnage de Lafcadio deviendra une référence pour beaucoup de jeunes gens de I'entre-deux- guerres : <<Être soi, "s'exiger tel qu'on est", libre de la société, libre de son passé, infiniment disponible, ces thèmes, qui figuraient déjà dans "Les Nourritures", sont repris en 1914 dans "Les Caves du Vatican", roman (...) qui devra surtout son immense influence au personnage de Lafcadio, vivante et fascinante illustration de la théorie de I'  "acte gratuit", c'est-à-dire de I'acte qui n'a pas de cause, ne sert à rien, n'est fait que par plaisir pur, et où I'on peut voir comme l'apogée de la disponibilité gidienne. >>
- Jacques Patry, Dictionnaire des auteurs, Laffont, 1957

L'opposition entre le personnage de Lafcadio et le ton général de la pièce est frappante : <<Le sujet est de grosse farce, inspiré d'un fait divers réel et rocambolesque, mais I'anecdote importe peu, et ses vertus anticléricales (...) sont secondaires : i! ne s'agit que de faire rire, et que ce rire, comme celui que déclenchaient les soties médiévales, soit libérateur. La scène n'est habitée que par des fantoches, à l'exception de celui qui apparut le héros gidien par excellence : Lafcadio. >>
- Claude Martin, Gide, Seui 1974

Gide lui-même tentera de définir l'acte de Lafcadio : <<L'homme agit soit en vue de, et pour obtenir... quelque chose ; soit simplement par motivation intérieure... >>
- Gide, Lettre sur les faits divers

Par Cathou
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 11:00


1873   1914

Poète, dramaturge, penseur, Péguy est le combattant catholique des plus grandes causes.

Tous les essais publiés par Péguy dans les "Cahiers de la Quinzaine" débuteront par ces mots : "De la situation faite.." à l' imitation des titres latins. Outre des attaques contre la Sorbonne, Péguy y développe des méthodes de pensée modernes et ses thèmes privilégiés : la mémoire. la haine du formalisme intellectuel,  la tradition nationale, l' union du spirituel et du temporel. A la fois démonstratifs et lyriques, ces thèmes illustrent bien les pensées et les méditations de l' écrivain.

Un jeune socialiste

Charles-Pierre Péguy est né le 7 Janvier 1873 à Orléans. Son père, menuisier, mourut la même année des suites de la guerre de 1870 et laissa à sa mère, rempailleuse de chaises, le soin d'élever ce fils unique. Élève brillant, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8a/Charles_peguy.jpg/220px-Charles_peguy.jpgPéguy, grâce à une bourse, put entrer au Iycée d'Orléans. En hypokhâgne par la suite au Iycée Louis-Ie-Grand. il se lie d'amitié avec Joseph Lotte, les frères Tharaud et Marcel Baudouin dont il épousera la soeur plus tard. C'est avec ce dernier qu'il rêve de la "cité harmonieuse" d'inspiration anarchiste et proudhonienne. Dès cette époque, où il entre à l'École normale supérieure, il est officiellement socialiste, fonde le Groupe d'études sociales d'Orléans et écrit sa première oeuvre, drame en trois pièces, Jeanne d'Arc (1897). A travers l'histoire de la sainte,  Péguy exprime ses propres angoisses et développe une critique acerbe des classes possédantes. En 1898, il ouvre, à I'aide de fonds collectés depuis plusieurs mois, la Librairie socialiste, bientôt gérée par la Société nouvelle d'éditions avec Jean Jaurès, Lucien Herr et Léon Blum. Mais très vite il dénonce leur dogmatisme marxiste, leur intolérance anticléricale et leur appétit de pouvoir.

Les "Cahiers de la Quinzaine"

Excommunié par les socialistes, suspect aux catholiques, Péguy fonde en 1900 les "Cahiers de la Quinzaine". Fruit d'un travail acharné, dans des conditions financières précaires, ils http://cot.priceminister.com/photo/849485751_L.jpgparaîtront jusqu'à la mort de l'écrivain. Après avoir publié,  outre les oeuvres majeures de leur fondateurs, des textes de R. Rolland,  A. Suarès, H. Bergson, J. Jaurès les "Cahiers de la Quinzaine", fondés pour être "un journal vrai", respectueux des libertés individuelles, imprégné de spiritualité, traitaient aussi de sujets divers : des problèmes sociaux (travail des  enfants, grève des mineurs, universités populaires) et d'actualité politique (répression coloniale, oppression des minorités).

La découverte de la foi

En 1905, Notre patrie marque une distance prise vis-à-vis de l'idéologie socialiste et une redécouverte des valeurs nationales. Mais c'est surtout l'époque d'une lente maturati
on vers la foi que Péguy a toujours refusé d'appeler "conversion". Ce moment est donc impossible à dater. C'est l'époque où cet ancien anarchiste parcourt les rues de Paris en récitant des "Je vous salue Marie", et rentre chez lui se nourrir des écrits de Blaise Pascal. Il écrit alors le "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1911), où le mystère est à prendre au sens du Moyen Age, c'est-à-dire d'une représentation sous forme de fresque biographique des hauts faits d'un saint. C'est sa période la plus féconde : après "Clio," iI publie "Victor-Marie, comte Hugo", qui est autant une oeuvre de critique littéraire que l'occasion pour Péguy de célébrer l'amitié et de faire l'apologie de son passé dreyfusard...Il pense trouver dans l'Évangile les fondements d'une cité future faite de justice et de vérité. Son art s'épanouit dans le mysticisme du verset à travers les mystères, Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911) et Le Mystère des saints Innocents (1912), et les Tapisseries, La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, écrites à la suite de son premier pèlerinage à Chartres. Il rédige "L'Argent" et "Eve" *, mais le 2 août 1914, c' est la  mobilisation générale. Péguy, lieutenant, participe à la campagne de Lorraine et, le 5 septembre, il  est tué à ViIleroy en Brie.

* Extrait.... EVE
                            Jésus parle..

Ce qui depuis ce jour est devenu la mort
N’était qu’un naturel et tranquille départ.
Le bonheur écrasait l’homme de toute part.
Le jour de s’en aller était comme un beau port.

Les bonheurs qui tombaient faisaient un déversoir,
Le silence de l’âme était comme un étang,
Le soleil qui montait faisait un ostensoir
Et se répercutait dans un ciel éclatant.

Les vapeurs qui montaient faisaient un encensoir.
Et les cèdres faisaient de hautes barricades.
Et les jours de bonheur étaient des colonnades.
Et tout se reposait dans le calme du soir.

Et la terre n’était qu’un vaste reposoir.
Et les fruits toujours prêts sur les rameaux de l’arbre,
Et les jours toujours prêts sur les tombeaux de marbre
Ne faisaient qu’un immense et temporel dressoir.



 La communion des saints

Péguy resta toujours hors de l' église institutionnelle, iI refusa, malgré les instances de Jacques Maritain*, de recevoir les sacrements. Sa vie religieuse est nourrie de prières  personnelles et de pèlerinages (deux pèlerinages à Chartres en 1912 et 1913). Il s'est toujours montré hostile au cIergé catholique qui, du reste, le considère avec méfiance. C'est dans la communion des saints que s'enracine toute sa foi. C'est elle qui guide ses pas vers Chartres pour guérir son fils malade : iI faut savoir se remettre entre les mains de la Vierge. L'opposition entre le charnel et le spirituel est, d'après lui, à I'origine de toutes les erreurs : elle conduit soit au matérialisme, soit à un intellectualisme éthéré. Alors que leur union, "I'éternel constamment couché sur le lit de camp du temporel", mystère central de son oeuvre, signe de I'incarnation du Christ, porte à aimer les autres, et particulièrement Marie, en qui Dieu s'est révélé, ainsi que les figures d
e l'histoire chères à la dévo
tion populaire : Jeanne d' Arc, Geneviève, qui sauva Paris des Huns, saint Louis, mort de la lèpre en croisade. Mère, épouse ou veuve, la femme est au coeur du drame humain dont elIe porte tout le poids. Aussi est-ce à Eve, "Ia mère des vivants", que s'adresse le long poème de mille neuf cent onze quatrains de la fin de la vie de Péguy, dit par Jésus lui-même. Pour elIe, iI écrit de longs poèmes qu'iI veut construits "comme une cathédrale". Il a compris que la beauté et la justesse de la langue apparaissent lorsque le vers se conforme au mouvement de I'âme. C'est ainsi que "Le Porche du mystère  de la deuxième vertu"  met en place un combat entre la lumière et la nuit qui se cIôt par un "abandonnement", néologisme de Péguy qui se remet entre les mains de Dieu, entre les mains de la nuit, source d'apaisement au moment du vendredi saint.

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain

 
Ce qui caractérise le style de Péguy, c' est l' entrelacement des thèmes qui donne un mouvement au texte.
C' est là l' art de la tapisserie, qui change de couleur de temps à autre pour revenir à la même couleur. Les thèmes s' enchaînent à la manière d' associations d'idées, avec un perpétuel recommencement. L' espérance
est la vertu qui va permettre de saisir le changement de nature du recommencement. Aussi Péguy aime-t-il prendre comme image de l' espérance un enfant qui fait vingt fois le même trajet sans jamais se lasser.


Notes

Chaque oeuvre de Péguy correspond à une constellation autour du thème central du temps. Chacune veut ainsi
montrer comment saisir les applications quotidiennes du mystère de I'incarnation. II s'agit pour Péguy de parler
aux sens comme à I'âme ; c'est ainsi que sa pensée s'incarne, elle aussi, dans les images poétiques ; c'est ce
qu'il appelle la "racination" du spirituel dans le temporel. Dans la plupart de ses oeuvres, c'est Dieu  qui parle humainement. Ses vers, versets, hymnes, quatrains, sont les chants de Dieu. C'est pourquoi I'on peut parler d'un dialogue mystique entre le créateur et sa création.

"Le langage de cette prose compacte qui devient vers à une certaine page du drame, parce que le souffle n'en
peut plus de s'enfermer dans ces rectangles de pavés bien joints où la pensée halète en gagnant sa lumière phrase à phrase, voilà qui me ravit."
- Stanislas Fumet

Les versets de Péguy progressent lentement par un déploiement d'accumulations, des digressions indéfinies.
Sa poésie est une litanie aux répétitions incantatoires dont le rythme semble obéir à celui de la marche et de la prière.

Péguy se nourrit souvent des mêmes auteurs, Corneille, Hugo, Descartes, Pascal. Il les relit, les critique, les
commente, apprend par coeur leurs plus grands textes. C'est par cette "innutrition" qu'iI approfondit sa pensée.

Par Cathou
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