1741 - 1803
Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos, né à Amiens, le 18 octobre 1741, et mort à
Tarente le 5 septembre 1803 , est un écrivain et officier militaire français, il fut même l' inventeur du boulet creux, ou obus. Homme de guerre, rompu dans l' art de
Vauban, il semble avoir transmis son sens de la stratégie à ses héros, qui mènent leurs intrigues amoureuses comme un jeu d' échecs. Derrière le romancier perce le mathématicien. Ce cas
unique dans la littérature française, a été longtemps considéré comme un écrivain aussi scandaleux que le Marquis de Sade ou Restif de la Bretonne.
Les Liaisons dangereuses (1782) sont un roman présenté sous
forme épistolaire (il est entièrement composée de cent soixante-quinze lettres). Il partage cette particularité avec "La Nouvelle Héloïse" (1761) de Jean-Jacques
Rousseau, autre chef d' oeuvre du roman français au XVIII ème siècle.
Le libertinage du vicomte de Valmont
Libertin, expert en séduction, le vicomte de Valmont tente de vaincre la résistance amoureuse de la résidente de Tourvel, dont il se sent amoureux.
Seule la conquête peut le guérir d'un sentiment aussi humiliant. Mais la marquise de Merteuil, sa complice dont il fut autrefois l'amant, lui demande d'accomplir pour elle une
vengeance. Opération facile puisqu'il s'agit, pour la venger d'un de ses amants, de corrompre la jeune fiancée de celui-ci, tout juste sortie du couvent. L'affaire est rendue plus aisée encore
par le fait que Danceny, le confident de Valmont, est l'objet de l'amour de la jeune fille, Cécile de Volanges. Grâce aux manoeuvres de la marquise de Merteuil, Valmont se
retrouve dans le château de sa tante avec la présidente et la jeune Volanges. Valmont a tôt fait de rendre celle-ci libertine à son insu, sans toutefois la détourner de Danceny. Bientôt elle doit
avorter. Elle se réfugie dans un couvent et prend le voile.
Un ouvrage
corrosif
Il s'agit alors pour Valmont de mener à bien la conquête de la présidente qu'il aime. Affaire délicate dans laquelle le vicomte doit jouer avec doigté ; il
doit retourner la vertu de la présidente contre elle-même : pour le sauver elle doit céder. Ce qu'elle finit par faire. Mais la marquise de Merteuil, piquée dans son orgueil par les sentiments
que la présidente éveille chez Valmont, lui demande de rompre, s'il veut bénéficier à nouveau de ses faveurs. La présidente ne survivra pas à cette rupture. Déçu dans son attente, Valmont rompt
avec la marquise. Le sort change alors de camp : la marquise dévoile le stratagème à Danceny, qui tue Valmont en duel ; quant à la Merteuil, ruinée, défigurée par la vérole, elle doit quitter le
pays.
Roman corrosif qui n'a rien perdu de sa force, "Les Liaisons dangereuses" sont un ouvrage remarquable qui reflète l'esprit du XVIII ème siècle (de Sade plutôt que celui de
Rousseau). La fin, cependant, apparaît négligée, et son moralisme semble concédé par l'auteur à la société bien-pensante de l'époque. Un livre efficace, mais qui doit être lu avec précautiøn.
Illustration de la lettre X des
Laisons Dangereuses 1796
Extrais :
LETTRE XLII a
LE VICOMTE DE VALMONT À LA MARQUlSE DE MERTEUlL
(...) Cette complaisance de ma part est le prix de celle qu' elle vient d'avoir, de me servir de pupitre pour écrire à ma belle Dévote, à qui j' ai trouvé plaisant d' envoyer une Lettre
écrite du lit et presque d' entre les bras d' une fille, interrompue même pour une infidélité complète, et dans laquelle je lui rends un compte exact de ma situation et de ma conduite. Émilie,
qui a lu l' Épître, en a ri, comme une folle, et j' espère que vous en rirez aussi, comme il faut que ma Lettre soit timbrée de Paris, je vous l' envoie.
De P..., ce 30 août 17**.
***
LETTRE XLVIII
LE VlCOMTE DE VALMONT À LA PRÉSlDENTE DE TOURVEL
(Timbrée de Paris)
C' est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n' ai pas fermé l'oeil ; c' est après avoir été sans cesse ou dans l'agitation d' une ardeur dévorante, ou dans l' entier anéantissement
de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j' ai besoin, et dont pourtant je n' espère pas jouir encore. En effet, la situation où je suis en
vous écrivant me fait connaître, plus que jamais, la puissance irrésistible de l' amour ; j' ai peine à conserver assez d' empire sur moi pour mettre queque ordre dans mes idées ; et déjà
je prévois que je ne finirai pas cette Lettre, sans être obligé de l'interrompre. (...)
Tout semble augmenter mes transports : l'air que je respire est brûlant de volupté ; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour
moi l'autel sacré de l'amour, combien elle va s' embellir à mes yeux ! J' aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours ! Pardonnez, je vous en supplie, au désordre de mes sens. Je
devrais peut-être m' abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas : il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s' augmente à chaque instant, et qui devient
plus forte que moi. Je reviens à vous, Madame, et sans doute j'y reviens toujours avec le même empressement. Cependant le sentiment du bonheur a fui loin de moi ; il a fait place à celui des
privations cruelles. A quoi me sert-il de vous parler de mes sentiments, si je cherche en vain les moyens de vous convaincre ? (...) après tant d' efforts réitérés, la confiance et la force
m'abandonnent à la fois.
Écrite de P..., datée de Paris, ce 30 août
17**.
Notes :
Publiées en 1782, Les Liaisons dangereuses firent rapidement scandale : Choderlos de Laclos fut mis à l'index, les salons de la capitale lui furent fermés et il
fut menacé dans sa carrière de soldat. Au XIX ème siècle, l'ouvrage fut même interdit par les tribunaux.
Les Liaisons dangereuses sont avant tout "un roman d'analyse dans la tradition française, une sombre planche d'anatomie morale"
Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine
Giraudoux voit en Laclos un "petit Racine aidé par Vauban."
"Ce livre, s'il brûle, ne peut brûler qu'à la manière de la glace. (...)
Ici comme dans la vie, la palme de la perversité reste à la femme. (...)
"(...) Livre de sociabilité, terrible,
mais sous le badin et le convenable." .
Baudelaire
Néammoins, nous lisons dans Les Liaisons dangereuses, de la plume de la marquise de Merteuil s'adressant à Valmont : "N'avez-vous pas encore remarqué que le plaisir, qui est bien
en effet l'unique mobile de la réunion de deux sexes, ne suffit pourtant pas pour former une liaison entre eux ? et que s'il est précédé du désir qui rapproche, il n'en est pas moins suivi
du dégoût, qui repousse ? C'est une loi de la nature, que l'amour seul peut changer..."
Pierre Choderlos de Lados, Les Liaisons dangereuses
(CXXXI)
Né à Genève le 28 juin 1712, d'une famille protestante d'origine française, Jean-Jacques Rousseau perdit sa mère en naissant. Son père, Isaac
Rousseau était d'humeur fantasque. L'enfant, livré à lui-même, puisait sans discernement dans sa bibliothèque : "l'Astrée" (roman pastoral d'Honoré d'Urfé, publié de 1607 à
1627) éveilla de bonne heure son esprit romanesque, Plutarque sa passion de la vertu. Le père dut s'exiler à la suite d'une rixe et JEAN-JACQUES, mis en pension à Bossey, chez le pasteur
LAMBERCIER, y vécut deux années heureuses en pleine campagne, abandonné à sa paresse et à ses rêves (1722-1724). De retour à Genève, il fut mis en apprentissage en 1727 chez le graveur DUCOMMUN
qui le traitait brutalement :
L'autodidacte heureux (1732-1740)
Et c'est à Venise, République aristocratique et défectueuse,
qu'il conçoit la première idée de ses "Institutions politiques". Ayant vu que tout tenait à la politique, et que, de quelque façon qu'on s'y prît, aucun peuple ne serait
jamais que ce que la nature de son gouvernement le ferait être, il se consacrera désormais à la recherche du "meilleur gouvernement possible", à savoir celui dont la nature est
propre à former le peuple le plus vertueux, le plus éclairé, le plus sage, le meilleur enfin ; jamais plus il ne séparera la morale de la politique.
"devient un autre homme". C'est "l'illumination de Vincennes", qui
décidera de son æuvre et de son destin. Dégoûté des courbettes inutiles, Rousseau cesse de s'étouffer dans ses tentatives d'adaptation sociale, et choisit d'être quelqu'un
plutôt que quelque chose. Il renie ses propres reniements et se retrouve d'accord avec lui-même, en même temps que son expérience s'ordonne en une vision du monde cohérente et qui ne changera
plus. Il écrit dans la fièvre le "Discours sur les Sciences et les Arts", où il soutient que la culture et la civilisation, aux mains des riches, ne sont que guirlandes de
fleurs dissimulant les chaînes dont les pauvres sont chargés, et que le progrès des sciences et des arts n'a servi qu'à accroître le luxe des uns et la dépendance des autres. En exemple des
vertus désormais perdues, il cite les
ce mouvement toujours
descendant. La seconde partie est nettement plus noire. Rousseau mène alors une vie retranchée, qui coïncide paradoxalement avec célébrité et gloire : celles-ci en effet ont achevé de
"souiller" Jean- Jacques, en l'éloignant de sa nature originelle. Aigri, Rousseau déforme les faits. Son récit devient plaidoyer puis sombre dans la paranoïa.
De la servitude à la souveraineté populaire
La douceur de
converser avec son âme
"Il y a des langues
favorables à la liberté", écrit Rousseau dans cet essai. Ces langues, celles dont le peuple, et non les seuls détenteurs du pouvoir, peuvent avoir la maîtrise,
sont en parfaite harmonie avec la nature. Retrouver une langue pure, passionnelle, cela ne signifie pas seulement pour Rousseau un changement linguistique.
Pierre-Augustin Caron est né le 24 janvier 1732, à Paris. Son père, Charles Caron "horloger du Roi", est un homme curieux de tout, cultivé, qui aime les arts. Seul garçon parmi
cinq filles, Pierre-Augustin grandit dans un climat de gaieté et de chansons, sans autre ambition qu'horlogère. C'est ainsi qu'à dix neuf ans, "Caron le fìls" met au point
un nouvel échappement (c'est le dispositif qui transmet l'effet du ressort), mais l'invention lui est disputée par le célèbre horloger Lepaute. Première victoire : pour se défendre, le jeune
homme soumet un (Mémoire) à l'Académie des sciences, qui tranche en sa faveur.
"Faire à la
fois le bien public et particulier" : cette morale du comte Almaviva dans "Le Barbier de Séville" était déjà celle de Duverney, et Beaumarchais en fait sa
règle d'or. On le voit ainsi, et toujours avec le même entrain, monter une société commerciale pour équiper les insurgents américains dès 1776 ; éditer les oeuvres complètes de Voltaire en
assurant à l'entreprise une publicité habile (1778) ; fonder une compagnie pour améliorer la distribution des eaux à Paris... Depuis 1778, il tient prêt "Le Mariage de
Figaro". Une adroite campagne de lectures, une première interdiction royale, une représenttion "privée" triomphale devant le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, tout contribue à faire de
la Première (le 27 avril 1784) un évènement politique et théâtrale considérable.
Mais à l'instant qu'il croit être vengé , on apprend que Marceline est la mère
inconnue de Figaro, ce qui détruit tous les projets du comte. Pendant ce temps, la comtesse est convenue avec Suzanne que celle-ci feindra d'accorder un rendez-vous au comte dans le jardin
et que l'épouse s'y trouverait en place de la maîtresse. Mais un incident imprévu vient d'instruire Figaro du rendez-vous donné par sa fiancée. Il va se cacher au lieu indiqué pour surprendre le
comte et Suzanne. Au milieu de ses fureurs, il est agréablement surpris lui-même, en apprenant que tout cela n'est qu'un jeu entre la comtesse et sa camériste pour abuser le comte. Almaviva,
convaincu d'infidélité par sa femme, se jette à genoux, lui demande un pardon qu'elle accorde en riant, et Figaro épouse Suzanne."
















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