427 - 347 av J.C.
Apologie de Socrate
:
Socrate avait soixante dix ans lorsqu'il fut accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas reconnaître les dieux de l'Etat et d'introduire de nouvelles divinités. Ces trois griefs méritaient la peine de mort.
La défense de Socrate n'est pas un plaidoyer. C'est une apologie :
l'édification d'un personnage, et, par-dela la réalité historique, le manifeste de tout philosophe. Platon établit en effet, le statut du sage. Socrate est le martyr de sa propre
quête.
Socrate se défend :
Comparaissant pour la première fois devant la justice, Socrate
s'excuse d'abord d'être étranger au langage des tribunaux. Aussi ne cherchera-t-il ni feinte ni artifice. On dit qu'il cherche à corrompre la jeunesse. Il n'a jamais fait payer de leçons. Il
n'a eu que des entretiens et laissait à chacun la liberté de l'entendre. On dit qu'il cherche à pénétrer les secrets de la nature. Mais il n'entend rien aux sciences. Pourquoi le
ferait-il ? Parce qu'un oracle à Delphes l'a proclamé l'homme le plus sage de la Cité. Il voulait s'assurer que ce fût vrai. Il a interrogé les hommes les plus sages pour
s'apercevoir qu'ils ne l'étaient pas. Sa supériorité est que, n'étant pas sage, il ne croit pas non plus qu'il l'est.
Ceux qui l'ont entendu l'ont suivi et imité. Est-ce bien là de la corruption ? S'il corrompt réellement la jeunesse, c'est involontairement. Il ne mérite qu'une correction, non une condamnation. Pour répondre à l'oracle, il s'est donné la mission d'exciter les Athéniens à la vertu. Son entourage ne s'en plaint pas sans quoi il se lèverait pour l'accuser aussi. Il s'en remet donc à la décision du dieu et des juges.
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Socrate choisit sa peine
:
Il est déclaré coupable. La juridiction veut que l'accusateur et l'accusé choisissent une peine. Les juges doivent trancher. Les adversaires du philosophe demandent la mort. Socrate, n'ayant jamais fait de mal, ne comprend pas. D'ailleurs, ses services rendus méritent une récompense : il propose qu'on le nourrisse au prytanée*.
*"Terme
d'antiquité grecque. Édifice où s'assemblaient les prytanes, et qui servait à différents usages civils et religieux. à Athènes, les prytanes, des ambassadeurs revenus de mission, des
citoyens qui avaient rendu des services, des généraux victorieux étaient nourris dans le prytanée aux frais de l'État. Je me condamne [dit Socrate] à être nourri le reste de
mes jours dans le prytanée aux dépens de la république
."
Socrate est condammé à mort :
S'adressant à ceux qui le jugent, il regrette qu'ils n'aient pas la patience d'attendre sa mort, à lui, un vieillard de soixante-dix ans. Ils se sont chargés d'un crime bien inutile. A ceux qui l'ont absous, il confie la charge de ses enfants et leur demande de les aider à préférer la vertu aux richesses. "Et maintenant, achève-t-il, voici l'heure de nous en aller, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage, nul ne le sait excepté le dieu".
Extraits :
IX.-Ce sont des enquêtes. Athéniens, qui ont soulevé contre moi tant de haines si amères et redoutables. et c'est de ces haines que sont venues tant de calomnies et
cette renommée de sage qu'on m'a faite ; car ceux qui m'entendent s'imaginent toujours que je sais les choses sur lesquelles je démasque l'ignorance des autres. Mais il y a bien des chances,
juges, que le dieu soit réellement sage et que par cet oracle il veuille dire que la sagesse humaine n'est pas grand-chose ou même qu'elle n'est rien. Et s'il a nommé Socrate, il semble bien
qu'il ne s'est servi de mon nom que pour me prendre comme exemple. C'est comme s'il disait : "Le plus sage d'entre vous ,hommes, c'est celui qui a reconnu comme Socrate que sa sagesse n'est
rien." Voilà pourquoi aujourd'hui encore je vais partout, enquêtant et questionnant tous ceux des citoyens et des étrangers qui me paraissent être sages ; et, quand je découvre qu'ils ne le sont
pas. je me fais le champion du dieu, en leur démontrant qu'ils ne sont pas sages. Ainsi occupé, je n'ai jamais eu le loisir de m'intéresser sérieusement aux affaires de la ville ni aux miennes,
et je vis dans une pauvreté extrême, parce que je suis au service du dieu.
X. - En outre, les jeunes gens qui s'attachent à moi spontanément, ayant beaucoup de loisirs, parce que ce sont les fils de familles les plus riches, prennent plaisir à m'entendre examiner les gens et souvent ils m'imitent eux-mêmes et ils essayent d'en examiner
d'autres, et il est certain qu'ils trouvent bon nombre de gens qui croient savoir quelque chose et qui ne savent rien ou peu de chose. Par suite, ceux
qu'ils examinent s'en prennent à moi au lieu de s'en prendre à eux - mêmes, et disent qu'il y a un certain Socrate, un scélérat. qui corrompt la jeunesse (...)
XXXIll. - Vous aussi, juges. vous devez avoir bon espoir en face de la mort et vous mettre dans l'esprit qu'il y a une chose certaine, c'est qu'il n'y a pas de mal possible pour l'homme de bien, ni pendant sa vie, ni après sa mort, et que les dieux ne sont pas indifférents à son sort. Le mien non plus n'est pas le fait du hasard, et je vois clairement qu'il valait mieux pour moi mourir à présent et être délivré de toute peine. De là vient que le signe ne m'a retenu à aucun moment et que je n'en veux pas beaucoup à ceux qui m'ont condamné ni à mes accusateurs. Il est vrai qu'en me condamnant et en m'accusant, ils n'avaient pas la même pensée que moi ; ils croyaient bien me nuire et en cela ils méritent d'être blâmés.
J'ai cependant une chose à leur demander. Quand mes fils auront grandi, Athéniens, punissez-les en les tourmentant comme je vous tourmentais, si vous les voyez
rechercher les richesses ou tout autre chose avant la vertu.
Socrate n'a rien écrit. Son enseignement nous parvient par de nombreuses sources dont les textes de ses disciples : le philosophe Platon et l'historien Xénophon. Toute la pensée du maître est livrée dans les dialogues de Platon. Fils d'une sage-femme, Socrate se dira aussi maïeutique*. Pour lui, la vérité est en l'homme et il faut l'extirper, l'accoucher.
* La maïeutique, par analogie avec le personnage de la mythologie grecque Maïa, qui veillait aux accouchements, est une technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (accoucher) des connaissances qu'elle n'aurait pas concep- tualisées. Son invention remonte au IVe siècle av. J.-C. et est attribuée faussement au Socrate historique, en faisant référence au livre Théétète de Platon. Le Socrate historique employait l'ironie (ironie Socratique) pour faire comprendre aux interlocuteurs que ce qu'ils croyaient savoir n'était en fait que croyance. La maïeutique, contrairement à l'ironie, s'appuie sur une théorie de la réminiscence pour faire ressurgir des vies antérieures les connaissances oubliées.
Ce n'est pas sans douleur. Cette obstétrique mentale se fonde sur l'ironie ; le principe de détachement de soi, de pauvreté. Elle consiste à confronter les opinions (dialectique) puis à dégager par induction une idée générale donnant la définition de l'objet cherché. Ainsi de la vertu. "Qu'est-ce que la vertu ?" demande Socrate à un sage. L'homme lui répond que c'est la droiture, l'honnêteté, etc. Socrate le corrige : "Tu ne réponds pas à ma question : Tu me donnes des exemples de vertus mais tu ne me dis pas ce qu'est la vertu." Tous les dialogues restent sur une insatisfaction. Amoureux de la sagesse, le philosophe ne répond jamais à la question de la vérité. "Je ne sais qu'une chose, affirme Socrate, c'est que je ne sais rien." Aussi pose-t-il les questions essentielles qu'il laisse cheminer en nous pour une meilleure connaissance de soi. "Connais-toi toi même", sa devise, n'est pas de la psychologie mais la volonté de mobiliser en soi toutes les forces qui mènent à la vérité. La vie de Socrate est en parfaite adéquation avec la pensée philosophique. Tandis que les sophistes étaient riches, Socrate ne s'attachait à aucune espèce de contingences matérielles. Il mourut en 399 av. J.,C. dans la sérénité et l'acceptation.
Virgile, poète pastoral
Revenons un peu en arrière. En 65, à Rome, fut découvert un complot visant à
chasser Néron du pouvoir. Cette conspiration, dirigée par un haut personnage romain, Calpamius Pison, avait impliqué de nombreuses personnalités du monde civil et militaire. Accusé lui aussi,
Sénèque répondit d'un ton évasif aux demandes d'explication de Néron, qui lui intima l' ordre de se tuer. Sénèque accepta la sentence du tyran avec calme pour que son geste n'apparût
pas comme un acte de faiblesse et que ce suicide ne fût pas pris comme un aveu de lâcheté. Sénèque prit son temps, voulant regarder la mort en face. Il disposait d'une potion de ciguë, ce
poison qu'utilisaient les Athéniens pour donner la mort aux condamnés. Après avoir réuni ses proches, après avoir écouté la lecture du "Phédon" de Platon, il but le poison. Mais la drogue,
sans doute trop vieille et éventée, avait perdu de ses vertus mortelles et ne fit aucun effet. Sénèque demanda alors qu'on lui ouvrît les veines, et se fit transporter dans un bain d'eau
chaude pour précipiter sa fin.
Médée est en effet une pièce extrêmement violente, ensuite le personnage de Médée est absolu et fait figure à la fois de violence et de Justice, et enfin la notion de
Justice n’est pas absente de l’œuvre de Sénèque et elle peut être apportée par le public de Médée.
















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