Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /2009 22:29


427 - 347 av J.C.


Apologie de Socrate : 

 

 

Socrate  avait soixante dix ans lorsqu'il fut accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas reconnaître les dieux de l'Etat  et d'introduire de nouvelles divinités. Ces trois griefs méritaient la peine de mort.

 

La défense de Socrate n'est pas un plaidoyer. C'est une apologie : l'édification d'un personnage, et, par-dela la réalité historique, le manifeste de tout philosophe.  Platon établit en effet, le statut du sage. Socrate est le martyr de sa propre quête.

 


Socrate se défend :


Comparaissant pour la première fois devant la justice, Socrate s'excuse d'abord d'être étranger au langage des tribunaux. Aussi ne cherchera-t-il ni feinte ni artifice. On dit qu'il cherche à corrompre la jeunesse. Il n'a jamais fait payer de leçons. Il n'a eu  que des entretiens et laissait à chacun la liberté de l'entendre. On dit qu'il cherche à pénétrer les secrets  de la nature. Mais il n'entend rien aux sciences. Pourquoi le ferait-il ? Parce qu'un oracle  à Delphes l'a proclamé  l'homme le plus sage de la Cité. Il voulait  s'assurer que ce fût vrai. Il a interrogé les hommes les plus sages pour s'apercevoir qu'ils ne l'étaient pas. Sa supériorité est que, n'étant pas sage, il ne croit pas non plus qu'il l'est.


Ceux qui l'ont entendu l'ont suivi et imité. Est-ce bien là de la corruption ? S'il corrompt réellement la jeunesse, c'est involontairement. Il ne mérite qu'une correction, non une condamnation. Pour répondre à l'oracle, il s'est donné la mission d'exciter les Athéniens à la vertu. Son entourage ne s'en plaint pas sans quoi il se lèverait pour l'accuser aussi. Il s'en remet donc à la décision du dieu et des juges.

 

 


**********************




Socrate choisit sa peine :



Il est déclaré coupable. La juridiction veut que l'accusateur et l'accusé choisissent une peine. Les juges doivent trancher. Les adversaires du philosophe demandent la mort. Socrate, n'ayant jamais fait de mal, ne comprend pas. D'ailleurs, ses services rendus méritent une récompense : il propose qu'on le nourrisse au prytanée*.


  *"Terme d'antiquité grecque. Édifice où s'assemblaient les prytanes, et qui servait à différents usages civils et religieux. à Athènes, les prytanes, des ambassadeurs revenus de mission, des citoyens qui avaient rendu des services, des généraux victorieux étaient nourris dans le prytanée aux frais de l'État. Je me condamne [dit Socrate] à être nourri le reste de mes jours dans le prytanée aux dépens de la république."




Socrate est condammé à mort :



S'adressant à ceux qui le jugent, il regrette qu'ils n'aient pas la patience d'attendre sa mort, à lui, un vieillard de soixante-dix ans. Ils se sont chargés d'un crime bien inutile. A ceux qui l'ont absous, il confie la charge de ses enfants et leur demande de les aider à préférer la vertu aux richesses.  "Et maintenant, achève-t-il, voici l'heure de nous en aller, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage, nul ne le sait excepté le dieu".


 

 

Extraits :

 

 

 

IX.-Ce sont des enquêtes. Athéniens, qui ont soulevé contre moi tant de haines si amères et redoutables. et c'est de ces haines que sont venues tant de calomnies et cette renommée de sage qu'on m'a faite ; car ceux qui m'entendent s'imaginent toujours que je sais les choses sur lesquelles je démasque l'ignorance des autres. Mais il y a bien des chances, juges, que le dieu soit réellement sage et que par cet oracle il veuille dire que la sagesse humaine n'est pas grand-chose ou même qu'elle n'est rien. Et s'il a nommé Socrate, il semble bien qu'il ne s'est servi de mon nom que pour me prendre comme exemple. C'est comme s'il disait : "Le plus sage d'entre vous ,hommes, c'est celui qui a reconnu comme Socrate que sa sagesse n'est rien." Voilà pourquoi aujourd'hui encore je vais partout, enquêtant et questionnant tous ceux des citoyens et des étrangers qui me paraissent être sages ; et, quand je découvre qu'ils ne le sont pas. je me fais le champion du dieu, en leur démontrant qu'ils ne sont pas sages. Ainsi occupé, je n'ai jamais eu le loisir de m'intéresser sérieusement aux affaires de la ville ni aux miennes, et je vis dans une pauvreté extrême, parce que je suis au service du dieu.


X. - En outre, les jeunes gens qui s'attachent à moi spontanément, ayant beaucoup de loisirs, parce que ce sont les fils de familles les plus riches, prennent plaisir à m'entendre examiner les gens et  souvent ils m'imitent eux-mêmes et ils essayent d'en examiner d'autres, et il est certain qu'ils trouvent bon  nombre de gens qui croient savoir quelque chose et qui ne  savent rien ou peu de chose. Par suite, ceux qu'ils examinent s'en prennent à moi  au lieu de s'en prendre à eux - mêmes, et  disent qu'il y a un certain Socrate, un scélérat. qui corrompt la jeunesse (...)



XXXIll. - Vous aussi, juges. vous devez avoir bon espoir en face de la mort et vous mettre dans l'esprit qu'il y a une chose certaine, c'est qu'il n'y a pas de mal possible pour l'homme de bien, ni pendant  sa vie, ni après sa mort, et que les dieux ne sont pas indifférents à son sort. Le mien non plus n'est pas le fait du hasard, et je vois clairement qu'il valait mieux pour moi mourir à présent et être délivré de toute peine. De là vient que le signe ne m'a retenu à aucun moment et  que je n'en veux pas beaucoup à ceux qui m'ont condamné ni à mes accusateurs. Il est vrai qu'en me condamnant et en m'accusant, ils n'avaient pas la même pensée que moi ; ils croyaient bien me nuire et en cela ils méritent d'être blâmés.

 

J'ai cependant une chose à leur demander. Quand mes fils auront  grandi, Athéniens, punissez-les en les tourmentant comme je vous tourmentais, si vous les voyez rechercher les richesses ou tout autre chose avant la vertu.

 



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Notes :



Socrate n'a rien écrit. Son enseignement nous parvient par de nombreuses sources dont les textes de ses disciples : le philosophe Platon et l'historien Xénophon. Toute la pensée du maître est livrée dans les dialogues de Platon. Fils d'une sage-femme, Socrate se dira aussi maïeutique*. Pour lui, la vérité est en l'homme et il faut l'extirper, l'accoucher.

*
La maïeutique, par analogie avec le personnage de la mythologie grecque Maïa, qui veillait aux accouchements, est une technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (accoucher) des connaissances qu'elle n'aurait pas concep- tualisées. Son invention remonte au IVe siècle av. J.-C. et est attribuée faussement au Socrate  historique, en faisant référence au livre Théétète de Platon. Le Socrate historique employait l'ironie (ironie Socratique) pour faire comprendre aux interlocuteurs que ce qu'ils croyaient savoir n'était en fait que croyance. La maïeutique, contrairement à l'ironie, s'appuie sur une théorie de la réminiscence pour faire ressurgir des vies antérieures les connaissances oubliées.

Ce n'est pas sans douleur. Cette obstétrique mentale se fonde sur l'ironie ; le principe de détachement de soi, de pauvreté. Elle consiste à confronter les opinions (dialectique) puis à dégager par induction une idée générale donnant la définition de l'objet cherché. Ainsi de la vertu. "Qu'est-ce que la vertu ?" demande Socrate à un sage. L'homme lui répond que c'est la droiture, l'honnêteté, etc. Socrate le corrige : "Tu ne réponds pas à ma question : Tu me donnes des exemples de vertus mais tu ne me dis pas ce qu'est la vertu." Tous les dialogues restent sur une  insatisfaction. Amoureux de la sagesse, le philosophe ne répond jamais à la question de la vérité. "Je ne sais qu'une chose, affirme Socrate, c'est que je ne sais rien." Aussi pose-t-il les questions essentielles qu'il laisse cheminer en nous pour une meilleure connaissance de soi. "Connais-toi toi même", sa devise, n'est pas de la psychologie mais la volonté de mobiliser en soi toutes les forces qui mènent à la vérité. La vie de Socrate est en parfaite adéquation avec la  pensée philosophique. Tandis que les sophistes étaient riches, Socrate ne s'attachait à aucune espèce de  contingences matérielles.  Il mourut en 399 av. J.,C. dans la sérénité et l'acceptation.

Par Cathou
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 12:31


384 - 322 av J.C.


Aristote fut le premier philosophe à tenter d'organiser la totalité du savoir humain et représenta pendant longtemps les limites de la science humaine : il fallut en effet attendre la Renaissance et Descartes pour voir sa philosophie remise en question.

Né en 384 à Stagire, colonie des Chalcidiens, située à l'extrémité nord-est de la Chalcidique, Aristote fréquenta à Athènes l'Académie dès l'époque où Platon s'absentait pour la deuxième fois en Sicile. Il y fut le  disciple d'Héraclide du Pont, mais se lia bientôt d'amitié avec Platon lui-même à qui il demeura toujours attaché. L'affirmation qu'il lui "doit presque tout" (A. Rivaud) n'a rien d'exagérer, et le Stagirite  (de Stagire en Macédoine), n'aurait jamais laissé entendre le contraire. Toute allusion à une opposition quelconque entre maître et élève au sein de l'Académie serait, par consé quent, fondée sur des rivalités ultérieures entre disciples lointains des deux philosophes.

A l'âge de trente-sept ans, Aristote assuma en quelque sorte des fonctions de liaison entre la cour macédonienne et celle d'Assos, en Asie Mineure, où il s'était rendu avec son condisciple Xénocrate et son élève, le jeune Théo phraste, auprès d'Hermias, tyran éclairé de cette ville. Trois ans plus tard, les trois compagnons quittèrent la région pour rentrer à Athènes, non sans avoir effectué un séjour d'études à Mytilène. C'est dans sa retraite macédonienne que, vraisemblablement gagné à l'idée de l'hégémonie de Philippe II sur la Grèce entière, il conçut le projet de rassembler des études sur les constitutions des villes grecques, projet qu'il réalisa après 330, longtemps après son retour à Athènes et la fondation de son école. Cette dernière ne fonctionna qu'en 335, alors qu'Aristote atteignait presque la cinquantaine. Située dans le quartier du Lycée, qui devait son nom au voisinage du gymnase d'Apollon Lycien, cette école en reçut tout naturellement le nom. Platon, qui fut le maître d'Aristote, avait quarante-quatre ans de plus que lui, fréquenta à Athènes
l' Académie dès l'époque où Platon s'absentait pour la deuxième fois en Sicile. Il y fut
à l'époque
  vivaient  le célèbre sculpteur  d'Aristote, Praxitèle et l'homme politique et orateur Démosthène, qui se forçait, dit-on, à déclamer avec des cailloux dans la bouche.
 

Amicus Plato, sed....

Avec Platon, son maître, Aristote fut incontestablement le plus grand philosophe grec et même le plus remarquable de tous les temps. C'est lui qui a fondé la logique, l'histoire de la philosophie, l'anatomie et la physiologie comparées,  s'intéressant en outre à la politique, à la physique, à la métaphysique, à l'art drama tique, aux sports olympiques, bref à toutes les sciences et à tous les arts qu'un homme pouvait dominer dans l'antiquité.
A l'âge de dix-sept ans, Aristote se rendit à Athènes pour y poursuivre ses études. Il y écouta les discours d'Isocrate, l'auteur du célèbre "Panégyrique" *
puis il suivit l'école de Platon, à l'Académie,  lorsque celui-ci fut revenu de Sicile, en 347.  Même s'il ne fut pas toujours d'accord avec son maître, il ne cessa de lui témoigner admiration et respect ; mais comme le dit le fameux adage, "amicus Plato, sed m:agis amica veritas"  c'est à dire qu'il était ami de Platon mais un plus grand ami de la vérité.
Pendant ces vingt années passées à Athènes, Aristote,sans jamais abandonner l'Académie, travailla aussi pour son propre compte et ouvrit une école de rhétorique
. Il était un travailleur infatigable , qui ne souhai tait pas perdre trop de temps à dormir : pour réduire son temps de sommeil, dit-on, il prenait dans sa main une boule de bronze avant de s'endormir et la tenait au-dessus d'un récipient dans laquelle elle ne man quait pas de tomber avec fracas.

*
L’éloge panégyrique ou simplement le panégyrique, du latin emprunté au grec panêguris, "assemblée de tout le peuple", est au sens strict un discours public à la louange d'un personnage illustre, d'une nation, ou d'une chose et, dans l'occident chrétien, un sermon faisant l'éloge d'un saint. Le terme a pris aujourd'hui le sens plus général de louange ou d’apologie, et s’utilise parfois dans le sens péjoratif d’éloge emphatique ou exagéré.

P
récepteur d'un roi :


En 347, à la mort de Platon et déçu de ne pas avoir été nommé à sa succession, Aristote quitta Athènes. Il fut d'abord ambassadeur à la cour du roi de Macédoine, Philippe, dont il était proche. Puis, il se rendit en Asie Mineure, auprès d'Hermias, tyran d'Atarné, qu'il avait connu à Athènes. Sa mort, conséquence de la rivalité qui opposait les deux puissances d'alors - la Macédoine et la Perse - affecta grandement Aristote qui consacra un hymne à la vertu destiné à celui qui avait été son élève : "C'est par amour pour ta beauté qu'un citoyen d'Atarné, illustre par ses grandes actions, a perdu la vie. Les Muses, filles de Mnémosyne, immortaliseront son nom, elles qui exaltent l'amitié".

Après avoir épousé une jeune femme qui était la nièce ou la fille d'Hermias, il se rendit tout d'abord à Mytilène (sur l'île de Lesbos), puis rentra en Macédoine (342), Philippe lui ayant demandé de s'occuper de l'éducation de son fils Alexandre, le futur Alexandre le Grand. Le jeune prince était alors âgé de treize ans, et Aristote essaya de développer chez lui les qualités qui conviennent à un futur souverain : la modéra tion et la raison. Y parvint-il ? Pas tout à fait si l'on s'en tient à ce constat d'Aristote lui-même : "Une étrange hérédité semble avoir jeté, dans l'âme de ce prince, un orgueil démesuré, un désir manifeste de se faire ranger au nombre des Dieux".

Malgré cela, un lien amical rapprocha les deux hommes : Alexandre favorisa les travaux scientifiques de son maître et,  profitant de ses expéditions en Asie, il lui fit envoyer toutes sortes de plantes et d'animaux, qui permirent notamment à Aristote d'écrire son traité sur "La Nature des animaux". Cette liaison ne con nut aucune ombre jusqu'à la mort du neveu d'Aristote, Callisthène. Celui-ci avait remplacé le grand philo sophe à la cour d'Alexandre, mais ne put dissimuler son attachement  à la politique panhellénique (
qui ras semble, réunit  tous les Grecs . .. La guerre de Broie fut le résultat d'union panhellénique) alors qu'Alexan dre avait opté pour l'Asie. Il fut condamné à mort et livré aux bêtes.

Une grande école :

Aristote rentra à Athènes (335) pour y fonder l'école du Lycée, ainsi nommée parce qu'elle se trouvait près du temple d'Apollon Lycien.Cette école était aussi appelée "péripatéticienne" (du  grec peripatein, se promener), car Aristote avait pour habitude de dispenser son enseignement à ses élèves en se promenant. Le matin, les leçons étaient réservées à un public d'initiés ; l'enseignement, purement théorique, était dit acroamatique**
ou ésotérique (l'ésotérisme désigne un ensemble de mouvements et de doctrines relevant d'un enseignement caché, souvent accessible par l'intermédiaire d'une « initiation ») . Le soir, le public était plus large , car l'enseignement, dit exotérique *** était alors plus accessible. Une place de choix était accordée à la rhétorique, degré supérieur de l'enseignement, une sorte d'exercice d'éloquence sur des sujets divers, par exemple politiques, juridiques ou philosophies. Il ne s'agissait pas simplement de faire de beaux discours, mais bien de perfectionner un véritable art, celui de convaincre un auditoire, qui reposait sur cinq parties : l'invention (recherche  des idées),  la disposition (structure), l'élocution (style),  la mémoire et l'action (intonations et attitudes).

**
Terme d'antiquité. Qui est reçu par l'oreille. L'enseignement acroamatique est l'enseignement oral, par opposition à l'enseignement par les livres. De là il a pris aussi le sens de profond, le maître communiquant de vive voix à des élèves choisis un enseignement qu'il ne mettait pas dans les livres et pour l'usage du vulgaire

*** Le terme exotérisme, utilisé surtout en son adjectif "exotérique", s'est pour la première fois appliqué aux dialogues (Eudème, Protreptique...) d'Aristote pour indiquer ce qui est public par opposition à ce qui est initiatique. Il désigne également les cérémonies publiques (religieuses, rituelles) dans leurs manifestations et non dans leurs significations (ésotériques celles-là).

L'exotérisme fait, par ce lien avec l'ésotérisme, partie des sciences traditionnelles.

 

A la mort d'Alexandre, Aristote quitta Athènes, Démosthène ayant déclenché une violente campagne anti macédonienne. Comme il ne voulait pas subir le même sort que Socrate, et soucieux, selon ses propres paroles, "d'épargner aux Athéniens un second attentat contre la philosophie", - il fut effectivement condamné à mort par contumace - il se retira à Chalcis, dans l'île d'Eubée, où il mourut en 322.

Son oeuvre considérable nous est parvenue en partie sous la forme de notes prises par ses élèves et par son disciple Théophraste.  


Métaphysique : par Aristote

"La recherche d'un système philosophique complet qui apporte la réponse à toutes les questions."

Le mot "métaphysique" vient de l'expression grecque "meta  ta physika" c'est à dire "après le traité de physique". C'est en effet le titre que met Aristote en tête de ses réflexions sur l'Être, réflexions qui prennent place dans son oeuvre après ses études sur la physique.

Parmi les nombreux livres écrits par Aristote, plus de mille selon la tradition et dont fort peu sont parvenus jusqu'à nous, quatorze forment ce que l'on appelle "la Métaphysique". Ces textes furent réunis seulement au Ier siècle av J.C., mais il ne semble pas qu'Aristote ait pensé à les réunir, encore moins à leur donner ce titre : ce ne sont que des notes de cours, de style généralement lapidaire et dans lesquelles il recherche la définition d'une "philosophie première" qui aille plus loin que la physique à laquelle il a consacré des traites.


Ontologie et théologie :

Ayant étudié dans ses autres ouvrages le monde qui l'entoure, Aristote tente, dans les considérations de la "Métaphysique",de définir la science qui s'occupe de l'Être et de ses caractéristiques, d'une manière qui dépasse le particulier. Il envisage d'ailleurs deux directions entre lesquelles  il ne prend pas parti. Tout dépend de la façon  dont on envisage l'Être : ou l'on s'intéresse à l'Être dans son universalité, à la substance, à partir de laquelle tous les cas particuliers deviennent alors explicables, et l'on pratique alors ce que le philosophe appelle l'ontologie (étude  de l'Être en tant qu'Être,
c'est-à-dire l'étude des propriétés générales de tout ce qui est), où l'on s'intéresse à l'Être transcendant, au meilleur, à l'Être divin et l'on pratique la théologie : l'Être est alors vu sous la forme d'un acte pur, Substance première, "Pensée-qui-se-pense", le monde s'organisant et se mouvant en harmonie grâce à l'attrait que cet Être divin exerce éternellement sur toute chose.

Ces deux termes, "ontologie et théologie", inventés par Aristote,constituent depuis l'antiquité deux domaines essentiels d'étude pour les philosophes, notamment pour les penseurs chrétiens (Saint Thomas d'Aquin) qui ont tenté de réaliser une synthèse unissant pensées antique et chrétienne dans un même système.



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Notes :


Les grandes oeuvres  d' Aristote furent retrouvées par hasard, cachées dans une cave. Elles furent éditées par  Andronicus de Rhodes au Ier siècIe avant J.-C. déjà. Ensuite, c'est grâce aux Arabes, en particulier à Avicenne et à Averroès, que l'héritage d' Aristote fut transmis au Moyen Age. Saint Thomas d'Aquin fit de
l' aristotélisme****
la doctrine officielle de l'Église.

****
L'aristotélisme est le nom donné à la doctrine dérivée des œuvres d'' Aristote

Les principales oeuvres d' Aristote sont avant tout les quatre traités de morale : "Éthique à Nicomaque," "Éthique à Eudème", "Grande Morale", "Traité des vertus et des vices". Mais il faut citer aussi "La Constitution d'Athènes,"  "L'Organon",  "La Physique" , "Le Ciel",  "La Mécanique",  "La Poétique",  "La Politique",  "La Météorologie"  et  "La Métaphysique."

<<Aristote est un  prodigieux génie, mais abstrait, subtil et épineux. Il se plaît aux discussions elliptiques, aux allusions obscures, à ces  raisonnements dont on ne sait s'ils ne sont pas décidément sophistiques et fallacieux. Il aime les formules  tellement  tassées qu'elles deviennent énigmatiques. Avec cela, comme son érudition est énorme, il discute, parfois en nommant leurs auteurs, mais souvent sans les nommer, les doctrines les plus diverses en les supposant connues. Tout cela contribue à faire de la lecture de ses oeuvres un travail de telle nature que, malgré les commentateurs anciens et  modernes, on ignore souvent si l'on s'est rendu maître de sa pensée et de son argumentation. >>

A.Cresson, Aristote, sa Vie, son æuvre, PUF, 1963





Par Cathou
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 12:40

106 - 43 av J.C.


A 63 ans, Cicéron fait à un vieil ami, sur un ton de confidence, l'éloge de la vieillesse. Il lui explique pourquoi elle n'est pas un fardeau et comment affron ter calmement l'approche de la mort.




"La faiblesse convient à l'enfance ; la fierté à la jeunesse ; la gravité à l'âge mûr ;  la maturité à la vieillesse : ce sont autant de fruits naturels qu'il faut cueillir avec le temps. Une jeunesse intempérante et débauchée ne transmet à la vieillesse qu'un corps épuisé".

A travers l'apologie qu'il fait de la vieillesse, c'est sa conception de toute la vie humaine que le célèbre orateur latin nous livre dans cet ouvrage.


Un grand bel âge :


"Ce fardeau qui nous est commun à tous les deux, cette vieillesse qui déjà nous presse ou au moins nous menace,je veux l'alléger pour vous et pour moi... >>: l' orateur et écrivain latin Cicéron a 63 ans quand il dédie à son ami Atticus, 66 ans, un dialogue imaginaire entre un célèbre notable romain, Caton le censeur (83 ans) et deux jeunes gens, Laelius et Scipion.

Ceux-ci s'étonnent en effet de voir ce vieillard supporter allègrement un âge qui pour d'autres est "plus pesant que l'Etna >>. L'ouvrage évoque les quatre principaux handicaps qui sont liés à la vieillesse :
 l' éloignement de la vie professionnelle, les infirmités, la privation des plaisirs et, surtout, la peur de mourir. Tous ces handicaps peuvent être aisément surmontés selon Cicéron. S'appuyant sur d'illustres exemples - Solon, Sophocle ou Platon -, l'écrivain met en évidence le rôle de guide et de conseiller des sages vieillards auprès des jeunes, rôles qui devraient les consoler de leur inactivité sur le plan professionnel ; il insiste sur  l'importance que peuvent avoir les travaux de l'esprit, car " si trop d'exercice alourdit le corps, l'âme n'en devient que plus légère >>, ainsi que sur les joies réservées à l'homme désormais affranchi des passions - délices de la conversation ou de la vie des champs par exemple.

Quant à la mort, " si elle anéantit notre âme, pourquoi s'en inquiéter ? Si au contraire elle doit la conduire dans un lieu où elle sera éternelle, ne faut- il pas la souhaiter ? "  Que l'on déplore la mort d'un jeune homme, " flamme ardente qu'on étouffe à force d'eau", c'est tout naturel, mais pourquoi pleurer sur un " feu qui s'éteint faute d'aliment " ? D'autant qu'en s'exprimant par la bouche de Caton, Cicéron se dit convaincu de l'immortalité de l'âme.

Un ton de confidence :

Comme toujours, l'orateur, habitué des prétoires, cherche à convaincre par des images suggestives autant que par le raisonnement. Mais ici la rhétorique cède le pas à la confidence chaleureuse. Cicéron met toute sa sincérité et son amour de la vie dans ce texte où passe une réelle émotion - nostalgie passagère à propos de la perte de l'éloquence ou de la mort d'un fils, ou émerveillement face à la nature.


Extraits :

Quand l'orateur devient professeur :


Quant à l'orateur, je crains qu'il ne faiblisse en vieillissant, car l' éloquence ne demande pas seulement du génie, il lui faut encore des poumons et des forces. Quelquefois cependant,je ne sais par quel privilège, la voix conserve tout son éclat jusque dans la vieillesse : moi-même je ne l'ai pas encore perdue, et vous savez mon âge. Il y a d' ailleurs quelque chose d'imposant dans la voix calme et grave d'un vieillard, et s'il sait manier la parole, sa diction douce et polie le fait facilement écouter. Et quand même il ne pourrait obtenir ce succès, il peut au moins instruire Scipion et Laelius. Quoi de plus aimable qu'un vieillard entou ré de jeunes gens empressés et studieux !

***

Plaisirs des vieillards :
La conversation et la table


 Pour moi j' aime ces repas que prolonge le charme de la conversation ; je les aime non seulement avec les hommes de mon âge, dont il ne reste plus qu'un bien petit nombre, mais avec ceux du vôtre et avec vous :
j' ai même une grande obligation à la vieillesse qui m' a donné plus de goût pour la conversation et m'en a ôté pour le boire et le manger. Si cependant on trouve quelque charme aux plaisirs de la table...je ne comprends pas  pourquoi la vieillesse serait privée de cette sorte  de jouissances... J'aime, je l'avoue... ce discours que le roi du festin  prononce à la manière de nos pères, le verre en main ; j' aime... ces petites coupes qu'on vide goutte à goutte ; le frais en été, en hiver le soleil ou le coin du feu.





Cicéron est Lyrique quand il parle de la vigne :


C' est un plaisir dont je ne peux me rassasier... La vigne, faible de sa nature, et qui ramperait sur le sol, si elle n'était soutenue, se sert, pour s'élever, de ses vrilles, comme d'autant de mains, et embrasse tout ce qu'elle rencontre ; comme elle s'échappe de tous côtés en jets vagabonds et multipliés. Aussi, au retour du printemps, voit-on sur les ceps épargnés poindre ce qu'on appelle le bourgeon, où bientôt la grappe va se montrer  :  celle-ci,fécondée par les sucs de la terre et la chaleur du soleil, est d'abord âpre au goût, puis elle s'adoucit en mûrissant et, à l'abri du pampre qui la couve, elle conserve une douce chaleur, sans avoir à craindre les feux brûlants du soleil.


Mieux vaut croire en l'immortalité :


Si je me trompe en croyant que les âmes des hommes sont immortelles, j'ai du plaisir à me tromper et veux pas qu'on m'arrache une erreur qui fait le bonheur de ma vie. Si, comme le pensent quelques petits philosophes, je ne dois rien sentir après ma mort, je n'ai pas à craindre que ces philosophes, morts comme moi, se moquent de ma crédulité....



   Traduction de V. Paret et A. Legouëz   1893




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Notes :



Bien que l'on ne soit pas absolument certain de la date, les historiens estiment que ce dialogue sur la vieillesse a été composé en 44 av. J-C., César venait de mourir et ses vétérans accusaient le célèbre orateur et écrivain de s'être réjoui de la mort de leur général. Cicéron craignait pour sa vie et changeait souvent de domicile, habitant tour à tour l'une de ses nombreuses maisons de campagne.

Dans leur préface à une traduction qui date de 1893, les latinistes V. P aret et A. Legouëz voyaient dans ce texte sur  la vieillesse (en latin De Senectute) l'un des ouvrages les plus parfaits de Cicéron, << bien supérieur >> même à leurs yeux au Dialogue sur l'amitié :

<<La division en est claire, la marche facile, les développements ingénieux, et quelquefois touchants. >> Ils constatent toutefois que son apologie est incomplète, Cicéron ne songeant le plus souvent qu'à la vieillesse de l'homme d'État... Il n'a pas même nommé les femmes, que d'ailleurs il a également oubliées dans le traité "Des Devoirs"  et dans le "Dialogue sur l'amitié".

Par Cathou
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 13:00

Vers 70 - 19 av J.C.


Une enfance à la campagne

Publius Virgilius Maro, considéré comme le plus grand des poètes latins, est né près de Mantoue, en 70 av. J-C.  Loin des désordres politiques incessants qui secouent la République, le jeune Virgile grandit dans un cadre rural. S'il ne choisit pas la carrière politique, c'est sans doute que les troubles qui agitent Rome le révulsent ; la guerre civile engagée entre César et Pompée (49), bientôt suivie du meurtre de César (43) et  de la  bataille pour sa succession, ont tôt fait de le convaincre de la vanité d'un engagement au service de la Cité. Étudiant à Rome, il se lie au cercle des poètes : il devient le familier de Varus, de Gallus, d'Horace. Le retour à sa terre natale n'est qu'un bonheur fugitif : car, en pleine guerre civile, on lui arrache son domaine. C'est alors que Virgile compose et publie à Rome, en 37, "les Bucoliques".

http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_ANT_008#Som1

Dans les Bucoliques, Virgile dit que l'art poétique est comme l' art du vannier : il noue entre eux les mots et les vers, inventant des symétries, des correspondances, qui témoignent d'une recherche esthétique très soignée.

Virgile, poète pastoral
 
Recueil d'églogues (
poème de style classique consacré à un sujet pastoral. Les poèmes de ce genre littéraire sont parfois qualifiés de « bucoliques ».), les "Bucoliques" sont empreintes de nostalgie. Le paysage naturel de son enfance, lieu d' origine du poète et constitutif de son identité, devient objet poétique. Or, derrière le caractère formel et champêtre du poème qui emporte le lecteur parmi les bergers apparaît aussi une peinture subtile des sentiments, où l'amour n'est point égarement de l'âme mais admiration et déchirement face à l'être aimé.
Toutefois, Virgile n'inaugure pas simplement une conception nouvelle de l'amour. En effet, les bergers de Virgile dénoncent les guerres civiles qui les contraignent à l' exil . Ce serait le temps retrouvé d'un nouvel âge d'or qui, espéré d'abord, ne trouvera pas d'achèvement réel.
Oeuvre contrastée, les Bucoliques témoignent pourtant d'un rare espoir en l'homme, quand bien même est soulignée l'impossibilité  de la poésie, médiatrice entre la Nature et l'homme, à infléchir le cours des événements. La publication des Bucoliques confirma le succès de Virgile auprès de ses amis romains, dont il avait prêté certains traits aux bergers de son recueil. Dès lors connu et reconnu, il reçut d'Octave (qui deviendra quelques années plus tard l'empereur Auguste) un nouveau domaine, en Campanie. C'est là qu'il termina, en 29, "les Géorgiques".


Virgile, poète de l'homme au travail

En écrivant les Géorgiques, Virgile ne rompt pas avec les Bucoliques. La thématique littéraire, organisée autour de la Nature, reste présente. Simplement, elle s'inscrit dans une démarche différente. Le travail de la terre est le sujet apparent de ce livre. Néanmoins, le travail porte avec lui une symbolique riche de sens : le paysan trace le sillon d'un avenir authentique, loin des utopies d'un âge d' or paisible.
Car si paix il doit  avoir, ce ne peut être que la paix de l'homme réconcilié avec l'ordre du cosmos, adorant de sages et protectrices divinités. Oeuvre documentée (les techniques agricoles y sont présentées abondam ment), les Géorgiques rappellent que Virgile est homme de son temps, où était en vogue une poésie toute didactique. Mais plus que cela, l' oeuvre révèle un Virgile novateur, attaché à célébrer les vertus de l'homme au travail dans une Cité qui aspire à retrouver la concorde.

Virgile, poète de la grandeur de Rome

 L'Empire reconnaît l'autorité d'un empereur incontesté, Auguste. Virgile compose "L' Énéide" à partir de 30. L'histoire d'Énée, héros troyen en exil et à la recherche d'une nouvelle patrie, n'est pas une création de l'auteur. En effet, une légende romaine veut que la fondation de Rome ait une origine troyenne. Virgile a donc utilisé une histoire existante dont il a fait un chef-d'oeuvre poétique, où Énée, au terme d'une épopée digne d'Homère, jeté par les dieux sur les rivages africains, aborde enfin au Latium. Le choix de Virgile ne doit rien au hasard : s'il peint Énée, héros de légende, ce n' est pas pour fuir le temps présent. Tout au contraire, L' Énéide nous ramène constamment à l'actualité de l'Empire d' Auguste. Dans ce long poème, les hommes et les dieux, l' Asie et l'Occident romain, les dieux eux-mêmes, vivent en paix, annonçant la grandeur de l'Empire, foyer d'une pacification retrouvée. "L' Énéide" est ainsi le miroir prospectif de ce que deviendra  l'<<Urbs* >>. Elle est l'aboutissement de l' oeuvre du poète : la réconciliation  de l'homme avec la Cité, avec son histoire et son avenir,  recherchée dans "les Bucoliques**", entrevue dans "les Géorgiques**", atteint son achèvement
dans "L' Énéide". Ce dernier poème que nous a légué Virgile n'est pourtant pas terminé. Car, parti pour la Grèce afin d'authentifier certains détails de l'oeuvre, Virgile fut soudain frappé d'insolation à Mégare. Ramené rapidement en Italie, à Brindes, il ne peut être sauvé. C'est là qu'il meurt le 21 septembre de l'an 19 av. J-C., sans avoir pu parfaire son oeuvre majeure.

*L'Urbs est un mot latin qui signifie « la  ville ». Ce terme, ayant une connotation d'excellence, sera utilisé durant l' antiquité romaine pour symboliser « la ville d'entre toutes les villes », Rome. L'Urbs, jusque vers 350, désigne le pomœrium, partie intra-muros de la cité, espace de décision politique, siège du gouvernement et centre de spiritualité de l'Empire. Autour de l'Urbs, à mille pas, se trouvent les continentia, les faubourgs.

**
  http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_ANT_008#Som1

Extrait 


L'Enéide :

Didon, reine de Carthage, a écouté avec passion les récits Énée. Elle aime désormais le héros. Virgile représente avec la précision d'un clinicien et la chaleur d'un poète les égarements de l'amour. Comme la
plupart des Anciens il voit dans cette conduite les effets d'une véritable maladie physique qui entraîne un profond désordre de l'âme.

Didon, dans toute sa beauté, la patère à la main, verse elle-même le vin entre les cornes d'une blanche génisse ou devant les images des dieux fait d'un pas grave le tour de l'autel humide de sang (1). Elle renou velle ses sacrifices comme si le jour recommençait et penchée, les lèvres béantes, sur les flancs ouverts des victimes, elle consulte leurs entrailles palpitantes. Hélas, que les haruspices sont ignorants (2)! Que servent à une âme passionnée les voeux et les temples l La flamme dévore ses tendres moelles et la silencieuse blessure se creuse dans son coeur. La malheureuse Didon brûle et va, errante, égarée, a travers toute la ville. Ainsi la biche atteinte à l'improviste d"une flèche que, de loin, dans les bois de la Crète, le pâtre qui la poursuivait a lancée : elle emporte avec elle, sans qu'il le sache, le fer ailé, et elle fuit, elle parcourt les forêts et les fourrés dictéens (3) ; mais le mortel roseau demeure attaché à son flanc. Tantôt la reine conduit Énée au milieu de la ville ; elle lui montre avec orgueil les ressources de Sidon (4) et de la cité prête à le recevoir.  Elle commence une phrase et tout à coup s'arrête. Tantôt,  à la tombée du jour, elle veut retrouver le même banquet que la veille et dans son délire redemande au Troyen le  récit des malheurs d'Ilion (5) et de nouveau reste suspendue à ses lèvres. Lorsqu'on se sépare, lorsqu'à son tour la lune pâlissante amortit son éclat et que le déclin des astres conseille de dormir, seule et triste dans sa maison déserte elle se jette sur le lit qu'il a quitté. Absente, absent, elle le voit, elle l'entend, ou elle retient dans ses bras Ascagne, séduite par sa ressemblance avec son  père pour essayer de tromper son indicible amour. Les tours commencées ne s'élèvent plus ; la jeunesse ne s'exerce plus aux armes ; le port et les ouvrages de défense sont  abandonnés ; tous les travaux s'interrompent, demeurent suspendus, et les énormes menaces des remparts et les échafaudages qui atteignaient les cieux (6).

                                                                             Éneide, IV, 60-89 TRAD. A. BELLESSORT (Les Belles Lettres)


1 Virgile décrit les rites des sacrifices latins.
2 L'haruspice est un sacrificateur qui prédit l'avenir par l'examen des entrailles des victimes : les         Romains  n'avaient qu'une confiance limitée en ses talents...
3 Du mont Dicté, en Crète.
(4) Didon est venue de Tyr, colonie de Sidon.
(5) Autre nom de Troie.
(6) La ville de Carthage est alors en pleine fondation ; les Anciens conçoivent la cité comme un organisme :  tout dérangement du centre de décision, du cerveau, le frappe gravement. Ainsi cesse  l'activité d'une ruche quand sa reine dépérit.


Notes :


"Virgile, né et grandi dans les plus sombres années de Rome, a vu de son vivant s'instaurer, s'affirmer, par le règne rayonnant d' Auguste, l'âge d'or qu'il avait toujours annoncé (...). Qu'a-t-il donc vu, qu'annonçait-il, qu'a-t-il saisi que nous-mêmes, avec deux mille ans en plus, n' entrevoyons qu'à grand-peine ? (...) C'est nous devant lui, c'est le monde qu'il regarde ; il semble discerner au travers quelque être réel et qui ne l'épouvante pas".

Jacques Perret, Virgile, Seuil, " Écrivains de toujours >>,1969


"Déjà célèbre en son temps, tenu en haute estime par l'empereur Auguste, Virgile est apparu très tôt comme le plus grand poète de Rome. Il l'est assurément par la perfection technique de tout ce qu'il a écrit, par l'étendue de sa sensibilité, la profondeur de ses intuitions. De surcroît, les Romains ont eu l'impression
de recevoir de lui l'image idéale qu'ils avaient à se former d'eux mêmes. Après la dislocation de l'Empire, il est demeuré le représentant le  plus éminent de l'humanité romaine, voire des grandeurs de l' âme païenne ; c'est à ce titre qu'il tient tant de place dans l'oeuvre de Dante. Aux temps modernes, sa gloire n' a guère subi d'éclipses ; chaque époque littéraire, chaque âge de la sensibilité trouvant des raisons de s'intéresser à lui. >>.

Jacques Perret, " Virgile ",Encyclopædia Universalis


Par Cathou
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 14:00

Début de notre ère  65
Né vers 4 av J.C - Décédé 12 avril 65 ap J.C.


Le philosophe face à la mort

             


La postérité a parfois reproché à Sénèque, à juste titre semble-t-il, de n'avoir pas toujours appliqué dans sa vie les principes qu' il professait. En tout cas, cela ne peut être vrai de sa mort, qui lui fut imposée par celui dont il avait été le conseiller, Néron. Tacite nous dit que Sénèque, juste avant de boire la ciguë, eut des paroles magnifiques, restées si célèbres qu'il jugea inutile de les rapporter. Si bien qu'elles sont  aujourd'hui tombées dans l'oubli. Il en reste cependant un reflet, inspiré de Tacite, donné par Busenello, l'auteur du livret du "Couronnement de Poppée",  opéra de Monteverdi. Dans une scène sublime, entouré de ses amis et de ses disciples, Sénèque affronte la mort avec dignité et courage, faisant preuve d'un stoïcisme qui lui apporta  "la consolation contre la tyrannie et la fermeté dans l'attente de la mort" (Tacite). "Amis, dit Sénèque, l'heure est venue de mettre en pratique la vertu que j' ai tellement louée".

Suicide peine de mort

Revenons un peu en arrière. En 65, à Rome, fut découvert un complot visant à chasser Néron du pouvoir. Cette conspiration, dirigée par un haut personnage romain, Calpamius Pison, avait impliqué de nombreuses personnalités du monde civil et militaire. Accusé lui aussi, Sénèque répondit d'un ton évasif aux demandes d'explication de Néron, qui lui intima l' ordre de se tuer. Sénèque accepta la sentence du tyran avec calme pour que son geste n'apparût pas comme un acte de faiblesse et que ce suicide ne fût pas pris comme un aveu de lâcheté. Sénèque prit son temps, voulant regarder la mort en face. Il disposait d'une potion de ciguë, ce poison qu'utilisaient les Athéniens pour donner la mort aux condamnés. Après avoir réuni ses proches, après avoir écouté la lecture du "Phédon" de Platon, il but le poison. Mais la drogue, sans doute trop vieille et éventée, avait perdu de ses vertus mortelles et ne fit aucun effet. Sénèque demanda alors qu'on lui ouvrît les veines, et se fit transporter dans un bain d'eau chaude pour précipiter sa fin.

Les coulisses du pouvoir

Ces événements se déroulèrent sans doute au mois d' avril 65 ; Sénèque laissait une æuvre importante, mais inachevée, témoignage d'un homme plongé corps et âme dans l'histoire de son temps. Car le philosophe fut aussi un homme d'action. Né entre 2 et 4 après J.-C. en Espagne Bétique, il vint très tôt à Rome étudier les philosophies stoïcienne et néo-pythagoricienne ; encore très jeune, il  pratiqua l'ascétisme avec une telle rigueur qu'il mit sa vie en danger. Il fallut toute l'autorité de son père pour lui faire assouplir la discipline qu' il s' imposait. Après un voyage en Egypte, il se lança dans la carrière d'avocat, faisant preuve de qualités oratoires exceptionnelles, qui lui ouvrirent les portes de la politique. Questeur* en 31, il entra ensuite au sénat, d'abord sous Caligula, puis, après l'assassinat de celui ci, sous le règne de Claude, ou plutôt de sa femme Messaline. C'est sur son ordre du reste que Sénèque dut s'exiler, accusé d'avoir été l'amant d'une des sæurs de Caligula. Il  passa huit ans en Corse et ne put rentrer à Rome, en 49, que grâce à Agrippine, la nouvelle impératrice. Pour Sénèque, une page se tournait ; après plusieurs années passées loin du monde politique et intellectuel de Rome, il fallait retrouver les passions du pouvoir et la célébrité.

*
Les questeurs sont des magistrats Romain chargés des finances.

Précepteur d'un empereur

A Rome, le jeune Néron avait été adopté par Claude, et c' est pour devenir son précepteur que Sénèque put rentrer d' exil. Tout naturelllment, lorsque Néron succéda à Claude, mort empoisonné, le philosophe devint l'un de ses deux conseillers privés, avec Burrus. Grâce à eux, pendant près de cinq ans, Rome vécut une période de calme et de bonheur relatifs. Sénèque n'avait aucune charge publique officielle, mais il marqua le pouvoir d'une noblesse à laquelle l 'Empire n'était plus habitué. Oeuvrant pour les libertés publiques et la justice sociale, il s'opposa plus d'une fois aux idées réactionnaires du sénat. Mais les troubles reprirent, et Néron renoua avec les mauvaises habitudes de l'Empire, faisant disparaître successivement Britannicus, Agrippine et Burrus. Voyant son influence décliner, Sénèque préféra se retirer (62) et se consacrer totalement à son æuvre. Sa production littéraire fut alors très importante, même si l' on se réfère uniquement aux textes qui nous sont parvenus. Il composa notamment les sept livres du "Traité sur les Bienfaits", traité de direction morale, et les sept livres du traité scientifique intitulé "Questions naturelles" ; il commença la fameuse correspondance avec son ami Lucilius. Ses traités philosophiques et moraux - appelés faussement dialogues - relèvent d'un stoïcisme assez libre, mais font aussi appel à d'autres philosophies, comme l' épicurisme. En réalité, Sénèque ne se laissa enfermer dans aucun système. Et s'il est exagéré de dire qu'il fut proche du christianisme, en revanche,ll est indéniable qu'il influença les Pères de l'Église.

MEDEE

"M
édée" est un personnage mythologique devenu mythique. Déjà dans le monde antique, Médée est une reprise d’Euripide par sénèque, qui en fait une tragédie devenue célèbre.
R. Girard affirme que « La tragédie est l’équilibre d’une balance qui n’est pas celle de la Justice mais de la violence. » Peut-on soutenir que dans Médée de Sénèque, qui est une référence du genre tragique, la violence constitue la tragédie sans être modérée par l’idée de Justice ?

http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Seneque/Delacroix.jpgMédée est en effet une pièce extrêmement violente, ensuite le personnage de Médée est absolu et fait figure à la fois de violence et de Justice, et enfin la notion de Justice n’est pas absente de l’œuvre de Sénèque et elle peut être apportée par le public de Médée.

Sénèque est considéré comme l’un des auteurs les plus violents du monde antique. Il n’hésitait pas à représenter sur scène des meurtres sanglants et barbares. La violence de Médée est si célèbre qu’elle a fait de ce personnage un mythe, dont le nom est encore évocateur aujourd’hui. Il existe de nombreuses versions de Médée, Sénèque s’étant lui-même inspiré d’Euripide. Pourtant, la violence de la pièce est restée toujours intacte. Aristote affirmait que la tragédie doit puiser dans la mythologie ou l’Histoire son noyau et se construire ensuite autour de ce noyau. Nul doute qu’en ce qui concerne le mythe de Médée, le noyau est l’infanticide impitoyable.

Sénèque, dans sa tragédie, nous donne à voir une Médée terrible, qui va progressivement basculer dans l’inhumanité. En effet, l’inhumanité est la seule échappatoire à la violence insoutenable des idées et des actes de Médée. Sa violence de femme détruite, exacerbée, va la conduire à se séparer du monde. Cette violence, le monde antique ne la supporte pas et décide de ne pas l’imputer à un personnage digne de raison et maître de ses actes ; en d’autres termes, à un personnage humain. C’est au nom de ce procédé que Médée va passer successivement de l’état du dolor  (chagrin, tristesse) à celui du furor (fureur) pour finir par accomplir le néfas, le fameux infanticide. Ces trois éléments sont ceux qui conduisent à la violence suprême, ils sont un engrenage mathématique qui amène au crime le plus amoral.


Résumé : 

Après le meurtre de Pélias, Jason vivait en exil à Corinthe, avec sa femme et ses enfants. Créon l'ayant choisi pour gendre, Médée reçoit de son mari une déclaration de divorce, et du roi l'ordre de chercher un autre asile. Elle obtient un jour de délai, et envoie à Creuse, la fiancée de Jason, une robe et un collier infectés des poisons de la plus noire magie. A peine Creuse a-t-elle mis sur elle ces présents, que la robe s'enflamme, et la jeune épouse est misérablement brûlée, ainsi que son père, qui s'empresse de la secourir. Pour compléter sa vengeance, Médée égorge, sous les yeux de leur père, les enfants qu'elle avait eus de Jason, et s'enfuit à travers les airs.




Oedipe :


Œdipe est une tragédie Romaine, fondée sur la pièce de Sophocle "Oedipe Roi", mais avec de longues descriptions de la peste à Thèbes et des rituels nécromanciens et sacrificiels réalisés par le devin Tirésias.

Résume :

Œdipe étant roi de Thèbes, une peste affreuse vient désoler cette ville. Créon, frère de Jocaste, est envoyé à Delphes pour consulter l'oracle d'Apollon sur les remèdes à opposer à ce fléau cruel. Le dieu répond que la peste ne cessera pas ses ravages tant que la mort de Laïus n'aura pas été expiée par l'exil du meurtrier. Œdipe ordonne alors au devin Tirésias de chercher à découvrir, par la divination, l'assassin du roi. Le vieillard aveugle, aidé de sa fille Manto, interroge les entrailles des victimes : ce moyen ne réussissant pas, il emprunte le secours de la magie pour évoquer des enfers l'ombre de Laïus, qui déclare que c'est Œdipe lui-même qui est le meurtrier. La vérité connue, Œdipe, voyant qu'il est devenu l'assassin de son père et le mari de sa mère, double crime dont l'avaient menacé les oracles, tourne sa fureur contre lui-même, s'arrache les yeux, et se condamne à l'exil. Jocaste se frappe d'une épée.


Notes :


<<Les penseurs chrétiens étaient surtout fascinés par la description des efforts que faisait cet homme pour purifier son âme, la mettre en présence de Dieu. Ils savaient que, chaque soir, Sénèque se livrait à un examen de conscience, pour porter un jugement sur les actions accomplies pendant la journée, et les accusations d'orgueil, que l'on peut porter contre le stoïcisme lui-même, sont démenties chez Sénèque par
des aveux modestes.>>

P. Grimal, Sénèque - PUF - 1981


Outre ses traités de morale, ses traités scientifiques, des satires, des dialogues et des lettres, Sénèque a écrit quatorze tragédies, dont neuf nous sont parvenues : Hercule furieux, Les Troyennes, Les Phéniciennes, Médée, Phèdre, Oedipe, Agammemnon, Thyeste et Hercule sur Oæta. Ces æuvres ont eu une influence indiscutable sur le théâtre élisabéthain, notamment par le recours à la violence (suicides, meurtres etc...).

<<S' il y a une philosophie proprement romaine, elle n'est à chercher ni dans Cicéron l' éclectique, ni dans Lucrèce l' épicurien étranger à sa société et à son temps, ni davantage dans Épictète et Marc Aurèle qui, Romains d'adoption ou de naissance, étaient de langue ou de culture grecques ; s'il y a une philosophie
romaine, c'est à Sénèque et à peu près à lui seul que nous la devons.>>

P. Aubenque et J.-M. André, Sénèque, Éditions Seghers, 1964

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SOPHOCLE





Sophocle

                                                                                                            


     
       

                      

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