Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 15:02

1790 - 1869


Né à Mâcon le 21 octobre 1790. Alphonse de Lamartine passe son enfance près de cette ville, à la campagne, dans le domaine familial de Milly. De 1803 à 1807, il fait de bonnes études chez les jésuites au collège  de Belley. Il revient ensuite à Milly, et pour occuper ses loisirs, il lit beaucoup et se familiarise en particulier avec le XVIII  ème siècle. Ses parents l'envoient en Italie où il a une liaison avec celle qu'il idéalisera plus tard sous le nom de Graziella. En septembre 1816, à Aix-les-Bains où il est venu faire une cure, il rencontre Julie Charles, femme d'un physicien célèbre, qui devient sa maitresse. Mais elle est gravement malade et meurt en décembre 1817. Le regret de celle qu'il immortalise sous le nom d'Elvire, la foi retrouvée sous le coup de l' ébranlement sentimental qu'il a éprouvé, tout cela coexiste dans les "Méditations" avec les thèmes  épicuriens héritès du XVIII ème siècle. En juin 1820,  après une liaison brève mais ardente avec l 'Italienne Lena de Larche, Lamartine épouse une Anglaise, Mary-Ann Birch.  Il  en aura deux enfants, qui disparaitront l'un à vingt mois, en 1822,  l' autre à dix ans et demi, en 1832.  Entré dans la diplomatie, Lamartine est successivement attaché d'ambassade à Naples, secrétaire, puis chargé  d'affaires à Florence. Il est élu à l'Académie française en novembre 1829, quelques jours avant la mort de sa mère ; cette perte le marquera profondément. La révolution de juillet 1830 lui donne l' occasion de quitter la carrière diplomatique. Il  publie "De la politique rationnelle", qui contient déjà tout le schéma de l' action qu'il va mener pendant vingt ans, et s'efforce de se faire élire  député. N' y ayant pas réussi du premier coup, il entreprend avec sa famille un voyage en Orient. Il fait une courte escale en Grèce, visite la Syrie, le Liban, et se rend en pèlerinage  au Saint-Sépulcre. Sa fille Julia, déjà malade au départ, meurt à Beyrouth. Ce nouveau deuil lui porte un coup terrible.  Il prolonge son voyage quelques mois encore et rentre en France par les Balkans.  Il a été élu pendant son absence député du Nord.

J'emploierai ma jeunesse à la poésie

Rien ne peut enlever à Lamartine la gloire d'avoir été, dans le premiers tiers du XIX ème, l'initiateur de la renaissance poétique en France. Avec l'exécution de Chénier, en 1794, la poésie était bien morte, même si les versificateurs continuaient de se multiplier. Le petit volume des "Méditations poétiques" qui parut sans nom d'auteur en mars 1820, fut accueilli, par le public avec enthousiasme parce qu'il répondait à un besoin, à une aspiration profonde. Si le livre plut à ce point, c'est d'abord parce qu'il ne surprit pas ; vocabulaire, rhétorique, les procédés de versification y demeuraient profondément classiques. Mais ce que l'auteur exprimait, avec les mêmes mots cependant que ses prédécesseurs, c'était une expé rience humaine que ceux -ci avaient fini par sacrifier à la technique, sinon à la virtuosité. Et cette expérience, nourrie de souffrance et d'espérance à la fois, était en accord avec celle de toute une génération.


lac.jpg Poétiquement, "les Méditations" apportaient tout de même quelque chose de nouveau ; nouveauté d'autant plus agissante sur la sensibilité des lecteurs qu'elle avait et qu'elle conserve encore un caractère insidieux et comme indéfinissable. Cette nouveauté, elle est d'abord, comme chez tout véritable poète, dans une certaine vision de l'univers, qui repose ici sur la confusion presque constante de l'image du  monde extérieur et de l'état d'âme. C'est pourquoi, comme on l'a dit souvent, le caractère fondamental du paysage lamartinien, n'est ni le contour classique, ni la couleur romantique, mais le flou, l'imprécis, et surtout le mouvant. De même, l'essence du lyrisme lamartinien abolit toute distinction d'école entre le fond et la forme de la substance poétique ; elle est dans une alternance continuelle entre un mouvement d'expansion et un mouvement de concentration qui correspond au rythme même de la vie, celui de la respiration, des battements du coeur, du flux et du reflux de l'élément marin. La nouveauté est aussi dans la musicalité du vers qui est à l'unisson de ce rythme profond. Ces accents harmonieux avaient disparu de la langue poétique française depuis Racine ; ils resurgissaient ici avec une fluidité et une plénitude à la fois qui gardent quelque chose d'unique dans notre poésie.

"Les Méditations" ne sont encore qu'un signe avant-coureur, une prodigieuse promesse d'avenir. On l'a dit justement : ce recueil tient beaucoup plus à ce qui l'a précédé qu'à ce qui le suivra, et Lamartine n'y est jamais qu'un poète du XVIII ème siècle, avec du génie par surcroît (H. Guillemin). La véritable poésie des temps nouveaux n'apparaît qu'en 1830, et prenons garde ici encore qu'à Lamartine revient le privilège d'avoir été la première grande voix du lyrisme romantique : "les Harmonies poétiques et religieuses"  parurent en juin 1830, dix-huit mois avant  "Les Feuilles d'automne" de Victor Hugo. Comme le titre le laissait attendre, ce qui frappe d'abord, dans les "Harmonies", c'est la diversité et la puissance de l'orchestration : " De fait, jamais poète français, y compris Victor Hugo, n'avait déployé cette virtuosité rythmique".

La puissance tout court également : le recueil est un démenti éclatant à la légende tenace d'un poète efféminé et languissant. Ce poète-là, c'est celui de 1820, mais de 1820 seulement, et, de toute façon, ce n'est pas l'homme tout entier. Le vrai Lamartine était un "mâle", pour reprendre le mot de Claudel recueilli par Henri Guillemin. Et c'est justement la force de l'expression qui, à des années de distance, relie entre elles des pièces aussi différentes que "Bonaparte" (1823)  "Aux Chrétiens dans les temps d'épreuve" (1826),  " Les Révolutions"   (1831),  "La Marseillaise de la paix"  (1841) ou  "Le Désert"  (1856).

Alphonse de Lamartine meurt le 28 février 1869, dans un oubli presque total et après avoir vendu peu à peu tous ses biens. "Les Méditations poétiques" restent le chef-d'œuvre de Lamartine. Acte de naissance du romantisme en France, l'ouvrage reste assez conventionnel par sa forme. La versification, régulière, et le lexique d'un registre élevé, restaient ceux du siècle précédent. Lamartine sait conférer à ses poèmes une musicalité particulière, une harmonie fortement évocatoire, qui est considérée, aujourd'hui encore, comme l'une des principales qualités de son œuvre. C'est davantage dans la teneur de ses poèmes que dans leur forme que Lamartine ouvre une nouvelle ère poétique.


Extrait :


C'est un mince recueil de 24 poèmes dont le succès s'explique par leur adéquation à leur époque, à l'émergence d'une sensibilité nouvelle, liée aux bouleversements de l'histoire, aux incertitudes de l'avenir et à une nouvelle vision de l'individu, perçu comme être sensible, complexe et comme centre de la représentation. Les Méditations se présentent comme une sorte de rêverie mélancolique sur le thème de la foi et celui de l'amour. Le poète, qui parle à la première personne, évoque le souvenir de son amante perdue, qu'il appelle Elvire, et dans laquelle on s'accorde le plus souvent à reconnaître Julie Charles.



L'automne


Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.


Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire ;
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des b
ois.

 


Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés je trouve plus d'attraits ;

C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

 


Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui
.


Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;

L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau
!


Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel
:
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !


Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu
Peut-être, dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répond
u


La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

 


Les Poésies :

Des poèmes de I'épanchement des "Méditations poétiques" jusqu'aux poèmes épiques ou métaphysiques, Lamartine se distingue comme le chef de file des poètes romantiques.

Le poème "Le Lac" est indissociable du souvenir du lac du Bourget, en Savoie, où Lamartine séjourna en 1816 et en 1817.

Poèmes d'errance et d'espoir

L' oeuvre poétique de Lamartine est abondante. Si elle ne suscite aujourd'hui qu'un intérêt relatif, elle joue un rôle de pivot dans I'histoire de la poésie française. Ce sont surtout "Les Méditations poétiques" (1820) que l' on retiendra. Présentées comme  "les épanchements tendres et mélancoliques des sentiments et des pensées d'une âme", elles s'inscrivent dans la lignée dessinée par le Rousseau de La Nouvelle Héloïse et le Chateaubriand d'Atala et René. L'ensemble des poèmes du recueil est inspiré par le souvenir tendre de Mme Julie Charles. Les poèmes de Lamartine disent les errances d'une âme partagée entre le désespoir de I'homme solitaire envahi par une stérile tristesse et la confiance en Dieu (L' Homme, L' lmmortalité). S'il est le poète de I'épanchement du moi (que d'aucuns, malveillants, n'hésiteront pas à qualifier d'hypertrophié), Lamartine s'est essayé à de multiples genres : fragments épiques (Jocelyn, 1836; La Chute d'un ange, 1838), poésie engagée (Les Recueillements poétiques, 1839). Poèmes témoignant toujours d'une constante inquiétude et d'un tourment inapaisables.

 "Et moi,je suis semblable à la feuille"...

Si Lamartine s'est ilIustré dans de nombreux genres, c'est en tant que poète qu'il a acquis sa renommée. Son oeuvre poétique porte les traces d'une évolution, celle qui le conduit des " Méditations poétiques" jusqu'aux poèmes quasi  métaphysiques des derniers recueils. Élégies célébrant une triste langueur, vers didactiques, hymnes à la nature, Lamartine multiplie les thèmes. La nature y est conçue comme un miroir de l'âme, miroir tragique et consolant à la fois. Poésie habitée par le sentiment exacerbé de la fuite du temps et que rien, pas même la création poétique, ne parvient à fixer. Si l'écriture de Lamartine, le poète à la <<plume qui vole >>, est résolument tournée du côté du  XVIII ème siècle par la forme qu'elle adopte (le vers abonde en tours périphrastiques, en images grandiloquentes), elle innove par une disposition originale des vers en strophes, qu'emprunteront à sa suite de nombreux poètes romantiques.

Extraits :

L'un des poèmes les plus représentatifs du Iyrisme romantique est "L'Isolement". Le poète se retire, seul, à Milly, un an après la mort de celIe qu'iI nommera Elvire, et livre son désespoir en des vers restés parmi les plus célèbres
(...)

 

                                                                 ***

Avec " Le Lac",  Lamartine ouvre les voies d'un des grands thèmes à I'origine de I'inspiration romantique, la fuite du temps


                                                                ***

"La Vigne et  la maison" (1857) fait partie des poèmes tardifs. Ces vers sont une transcription d'un dialogue entre le Moi et I'âme

MOI
Quel fardeau te pèse, ô mon âme !
Sur ce vieux lit des jours par l' ennui retourné,
Comme un fruit de douleurs qui pèse aux flancs de femme,
Impatient de naître et pleurant d' être né ?
La nuit tombe, ô mon âme ! un peu de veille encore !
Ce coucher d' un soleil est d' un autre l' aurore.


Notes :


Au XIXe siècIe, les vers de Lamartine ont obtenu dès leur publication un important succès. On loue leur élégance et leur harmonie. lls sont érigés en modèle du Iyrisme romantique. En revanche, dès la seconde moitié du siècIe, iIs sont vivement contestés par les romanciers. Flaubert s'en prend à celui qu'iI juge responsable de <<tous les embêtements du Iyrisme poitrinaire >>, à cet <<esprit eu
nuque >>.

- Flaubert, Correspondance, Gallimard, 1973

Quant à Stendhal, iI note dans sa correspondance : <<Lamartine a trouvé des accents touchants, mais dès qu'iI sort de I'expression de I'amour, iI est puéril, iI n'a pas une haute pensée de philosophie ou d'observation de I'homme. >>

-  Stendhal, oeuvres  complètes, Gallimard, 1967

L' oeuvre de Lamartine a connu une réhabilitation au XXe siècIe, en raison de sa position cIé dans l'histoire de la poésie française : <<Lamartine, c'est celui qui échoue sans cesse ; et qui sans cesse commence, mais jamais à neuf. A contempler d'un oeil cIair ses oeuvres poétiques, on conçoit qu'iI vaIait mieux que le dédain dans lequel on l' exile. Avec lui des accents nouveaux entrent dans la littérature.On lui en veut de pas rompre définitivement avec ce qui le précédait, mais iI n'a pas pris à Voltaire que la platitude du poème, l' égalité monotone du prêche, iI lui emprunte son déisme, et ne parvint à s'en guérir jamais (...). Le travail de,  Lamartine est de redonner une voix aux empires conquis par le silence. >>-

Hubert Juin, Lectures du XIX ème  siècle, 10/18  1976

Par Cathou
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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 16:19

1797  -  1863


Plus que tout autre parmi les poètes romantiques, Vigny ferait croire à la réalité de l'inspiration. Quand il n'est pas génial, il n'a guère de talent. Il a pourtant découvert une poésie tellement originale qu'elle n'a rien perdu, aujourd'hui encore, de sa séduction, et que le Romantisme atteint, dans ses oeuvres, quelques-uns de ses sommets.

 Années de désillusions

Vigny
est né à Loches en 1797, de parents nobles qui s'installent bientôt à Paris. C'est la mère seule qui dirige l'éducation de son fils. Éducation rousseauiste, fermement raisonnée, mais qui préparait moins à la vie qu'à être déçu par elle. Madame de Vigny, d'ailleurs, "voulait tout absolument". Ce qu'elle apprit surtout à son fils, c'est à obéir. On peut croire que l'enfant souffrait de cette autorité sans appel. De là, peut-être, une courbure décisive de son  magination. Sur l'univers de Vigny pèsent des autorités humaines ou surnaturelles que sa raison condamne, mais auxquelles sa volonté finit toujours par se soumettre. D'un bref passage en pension, il retient surtout la méchanceté de ses camarades qui le battaient, dit-il, parce qu'il était noble. D'où la certitude qu'il n'est de grandeur que par la noblesse, mais que toute noblesse condamne au rôle de martyr social. A la fois révolté et soumis, rêveur et voltairien, Vigny est un être divisé. Son oeuvre est surtout une tentative pour résoudre ses conflits. La première Restauration lui permit d'entrer dans les gendarmes du Roi, corps de parade réservé à la noblesse. Après Waterloo, il est versé dans un régiment d'infanterie. Ce fut sa première déception. Les marches militaires l'exténuent, et ce jeune homme qui a toujours eu horreur de la violence, de la peine de mort et du massacre n'est évidemment pas fait pour l'armée. Il obtient sa mise à la retraite peu après son mariage, qui date de 1825. Sa femme, Lydia Bunbury, née en Guyane anglaise, était d'intelligence bornée et de très mauvaise santé. Elle lui imposa surtout un rôle d'éternel garde-malade. Il eut de nombreuses aventures ; citons au moins sa liaison de sept ans avec Madame Dorval, (ci dessous)  la plus romantique des actrices, liaison qui s'acheva en 1838, dans de pénibles déchirements d'amour-propre.

L'homme devant son siècle

L'événement qui a le plus marqué l'existence de Vigny est la révolution de 1830. Quand il était officier du roi, Vigny n'avait déjà pas grand-chose d'un bien-pensant. S'il parle de la providence, c'est  pour la mettre en accusation. Pourquoi, dans "Le Déluge", la mort de deux amoureux innocents ? Pourquoi condamner Éloa qui a pitié de Satan ? En somme, pourquoi Dieu est-il injuste et cruel ? Satan ou Jésus, le héros de Vigny est toujours un fils qui conçoit contre l'autorité du père une révolte au nom des hommes.

En politique, Vigny se dit monarchiste vers 1820. En fait, il est féodal, ce qui implique une certaine rancune contre les Bourbons, parce que cette famille a établi son pouvoir absolu sur les ruines du pouvoir féodal. Dans "Cinq-Mars", Louis XIII est un pantin dans les mains de Richelieu - et Richelieu, par ambition, est prêt à tous les crimes. Le héros, dans cette histoire, c'est le noble. De Cinq-Mars, jeune ambitieux sans scrupule,Vigny fait un admirable sacrifié, qui subit sa passion pour protéger le roi contre  son ministre, c'est-à-dire pour conserver à la noblesse le rôle politique qui pouvait éviter la Révolution de 1789. L'autorité de Richelieu ressemble à celle du dieu biblique. Tous les pouvoirs dès lors : Robespierre, Napoléon, l'autorité militaire ou celle de la bourgeoisie, Dieu, la nature, la destinée, vont écraser l'univers du poète sous la peur d'un juge sans coeur, jaloux de sa toute-puissance jusqu'au sadisme. Et à ce pouvoirs, le héros de Vigny oppose toujours une obéissance hautaine qui devance le destin pour ne pas  avoir à le subir.

"Cinq-Mars" avait plu aux libéraux. Vigny se rapproche d'eux et se détache de la monarchie. En 1830  il rejettera sur le Roi la responsabilité des événements. A cette époque, d'ailleurs, il s'intéresse aux saint-simoniens. Il admet avec eux qu'il faut supprimer l'héritage et la domesticité, et il croit trouver une aristo  cratie de remplacement, celle de l'intelligence, plus flatteuse en somme que celle du nom. C'est ce qu'il dira encore dans son testament poétique, "L'Esprit pur". Comme le futur Louis-Philippe avait protégé des écrivains, Vigny a cru que le nouveau roi réserverait aux penseurs la Chambre des Pairs. Il n'en fut rien. Vigny, dès lors, déteste non seulement le roi, mais surtout les parlementaires bourgeois, usurpateurs à ses yeux. Par rancune, mais aussi par point d'honneur, il se tient à l'écart du régime. Le discours blessant du comte Molé lors de sa réception à l'Académie Française en 1845, après cinq échecs, n'est pas fait pour le réconcilier avec la monarchie bourgeoise. La révolution libérale de février 1848 éveille en lui de nouveaux espoirs ; il se présente même aux élections législatives en Charente, où il a hérité du manoir du Maine Giraud. Mais la révolution ouvrière de juin 1848 le jette défìnitivement vers le conservatisme. Il se rallie, en effet, à Napoléon III, et son histoire dès lors est celle de sa production littéraire. Il meurt  d'un cancer le 17 septembre 1863.


"Cinq-Mars" (1826) est considéré comme le premier grand roman historique français, genre mis à la mode en Angleterre par Walter Scott dès 1819 et bientôt en vogue dans toute l'Europe. L'action du roman se situe au début du XVII ème  siècle et a pour cadre la cour du roi Louis XIII. Il relate l'histoire du marquis de Cinq-Mars qui, homme de bravoure et de fermeté, sut gagner l'estime du roi en organisant un mouvement d'opposition au très puissant cardinal de Richelieu, lequel tenait le roi sous sa dangereuse influence. Par cet acte de bravoure, Cinq-Mars espérait conquérir l'amour de Marie de Gonzague! ; cependant, des manipulations, des complots, des trahisons diverses amenèrent finalement le roi à abandonner son champion et permirent à Richelieu de triompher.

En choisissant cet épisode historique et en magnifiant le personnage de Cinq-Mars, Vigny prenait délibérément partie en faveur d'une aristocratie restée fidèle à l'idéal chevaleresque. Pour servir son propos, il modifia les faits historiques de manière sensible : l'histoire, en effet, rapporte que l'entreprise de Cinq-Mars était davantage dictée par l'ambition personnelle que par la fidélité au roi.

Au-delà des débats critiques assez vains qui s'engagèrent à l'époque sur ce sujet (Sainte-Beuve reprocha à l'auteur ses inexactitudes historiques), il reste, créé sous la plume de Vigny, un personnage rebelle et ténébreux, incarnant la figure idéale du romantisme légitimiste.

(dernier chapitre 5 Mars : damienbe.chez.com/biovig)

              

     

Par Cathou
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 12:42

1802 - 1885

 

Visite du musée Victor Hugo - Ma-Tvideo France2
Immersion dans l'univers familial de Victor Hugo, dans cette maison des bords de Seine où Léopoldine, sa fille, se noya...

 

 

Victor Hugo a vécu presque tout le dix neuvième siècle et l'aura imprégné de son écriture dans tous les genres : théâtre, roman, poésie, essai, discours.


"Je veux être Chateaubriand ou rien !"

Né à Besançon le 26 février 1802, Victor Hugo a une enfance instable. Son père, général d'Empire, est souvent muté. Sa mère a un amant qu'elle cache et qui sera fusillé pour l'avoir suivie dans un complot monarchiste. La division des parents, les voyages et les engagements politiques seront le berceau spirituel du jeune poète. Victor a dix ans quand il écrit deux pièces de théâtre. Avec son frère aîné Eugène, il est mis en pension et fait sa philosophie au Lycée Louis-le-Grand. Victor écrit déjà beaucoup. Il reçoit une mention d'encouragement de l'Académie française pour un poème. Ses parents divorcent ; les deux garçons sont confiés à leur mère. Victor fonde une revue littéraire et écrit son premier roman, "Bug-Jargal", en quinze jours. Il a seize ans. Il rencontre Adèle Foucher. Premières amours secrètes, soldées par une correspondance énorme. Il est mis au premier rang des jeunes poètes, l'Académie des jeux floraux lui décerne le titre de Maître pour un poème. Alors, il aurait dit : "Je veux être Chateaubriand ou rien !" Il publie "Han d'lslande",  reçoit une promesse de pension royale et un poste qui lui permettent de ne se consacrer qu'à ses travaux littéraires.

 

 

 

 

 

Fécondité des premières années de mariage

Les témoins de la vie de Hugo insistent sur l'extraordinaire période qui suivit son mariage avec Adèle Foucher en 1822 (photo ci-dessous). Dans les différents appartements qu'ils habitent à Paris, les Hugo reçoivent beaucoup. Leur vie familiale, malgré la mort d'un premier fils, est enivrante par la gigantesque production de l'écrivain, par les débats passionnés des gens qu'ils côtoient : Charles Nodier, Sainte-Beuve, Gérard de Nerval, Balzac, Lamartine. Dans la seule année 1823, Hugo fonde un journal libéral, le Globe, publie Les "Odes et Ballades", et conçoit les plans de cinq autres pièces de théâtre. Il écrit "Cromwell" en 1826 dont la préface sera le véritable manifeste du théâtre romantique. Il achève "Le Dernier Jour d'un condamné". virulent roman contre la peine de mort, qu'il publie anonymement. Sa pièce, "Marion Delorme", est interdite. L'année 1830 sera l'apothéose de cette époque heureuse : succès à scandale d'"Hernani", publication des "Feuilles d'automne" et de "Notre-Dame de Paris". Hugo est père d'un cinquième enfant, Adèle. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur. C'est déjà un écrivain établi, installé, reconnu. Il n'a que vingt huit ans. Du procès de Claude Gueux, il tirera un roman sur la justice, et il fait jouer  "Le roi s'amuse", sur les caprices des princes.

Juliette Drouet ou la fidélité de l'adultère

En 1833, Victor Hugo rencontre Juliette Drouet, une actrice qui joue le rôle de la princesse Negroni dans son dernier drame, "Lucrèce Borgia". Un mois plus tard, elle devient sa maîtresse. Malgré un passé sentimental chargé, elle restera dévouée et fidèle à Hugo, son "Toto", pendant cinquante années. Elle accepte une réclusion presque totale ; la prédominance d'Adèle malgré ses amours avec Sainte-Beuve, les infidélités de son amant, sa présence irrégulière. Elle lui écrit plus de 17 000 lettres, soit plus d'une par jour. Chaque année, ils font un long voyage. A cette époque, Hugo se brouille avec ses amis, avec Dumas, avec Sainte-Beuve. Sa dernière pièce, "Les Burgraves", est sifflée. Sauf avec "Hernani" et "Ruy Blas", Hugo n'a pas su s'imposer au théâtre. Il abandonne le genre. Il se présente à l'Académie française en 1836 et ne sera élu qu'en 1840, à la cinquième tentative. Léopoldine, sa fille aînée, épouse Charles Vacquerie. Le 4 septembre 1843, le jeune couple se noie dans la Seine, en amont de Villequier.

Échapper à la douleur : l'ivresse de l'action politique

Hugo publie moins qu'il n'étudie alors. Il se plonge dans la Bible (Jérémie et Job), visite des condamnés à mort et note ses observations, commence les "Misères", première ébauche des "Misérables". Ses liaisons sentimentales se multiplient. Il est prit en flagrant délit d'adultère avec Mme Biard. La presse fait scandale. La fille de Juliette, Claire Pradier, meurt de la tuberculose. Hugo l'avait prise en charge comme un père. Double deuil. Et comme pour oublier la tragique absence de l'enfant mort, il s'engage à corps perdu dans le combat politique Élu député de Paris en 1848, il prononce de nombreux discours sur la liberté de la presse, une demande de faveurs pour les insurgés prisonniers. Il milite dans les émeutes, sur les barricades. Il vote avec la gauche et soutient la  candidature de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de République. Son discours sur la misère le sépare définitivement de la droite. Il préside le Congrès intemational de la paix. Il  demande le suffrage universel. Enfin, il s'oppose à Napoléon III quand il comprend ses ambitions personnelles : rétablir l'Empire de son oncle. Lorsque celui-là prend le pouvoir par le coup d'État du 2 décembre 1851, Hugo s'oppose au despotisme et accuse Louis Bonaparte de trahison. Il fuit à Bruxelles. Un décret lui interdit de revenir en France. L'exil et le deuil seront son  quotidien pour la deuxième moitié de sa vie.


Notes :

"Il possède un talent remarquable. (...) C'est un beau talent, mais tout engagé dans la fâcheuse direction romantique de son temps. (...) S'il aspire à une gloire durable, il doit d'abord commencer par écrire moins et travailler davantage."

Gæthe

"Victor Hugo est un inspiré, on peut même dire qu'il fut l'inspiré par excellence.".

 Paul Claudel

 "Qui est le plus grand poète français ? Victor Hugo, hélas... !"

André Gide
"
... Hugo, dans sa tâche mystérieuse, rabattit toute la prose, philosophie, éloquence, histoire au vers, et, comme il était le vers personnellement..." .

Mallarmé

"La musique des vers de Hugo s'adapte aux profondes harmonies de la nature ; sculpteur, il découpe dans ses strophes la forme inoubliable des choses ; peintre, il les illustre de leur couleur propre. Et, comme si elles venaient directement de la nature, les trois impressions pénètrent simultanément le cerveau du lecteur. De cette triple impression résulte la morale des choses. Aucun artiste n'est plus universel que lui, plus apte à se mettre en contact avec les forces de la vie universelle, plus disposé à prendre sans cesse un bain de nature. Non seulement il exprime nettement, il traduit littéralement la lettre nette et claire ; mais il exprime avec l'obscurité indispensable, ce qui est obscur et confusément révélé.".

Charles Baudelaire

 

Par Cathou
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 14:06

I) Hernani


Hernani et Doña Sol, après avoir vaincu les obstacles à leur mariage, se heurtent à une ancienne promesse de celui-là. Hernani doit mourir. Doña Sol boit avec lui le poison.

L' on reste confondu par la vitesse avec laquelle Victor Hugo rédigea "Hernani" : vingt-sept jours lui suffirent, du 29 août au 24 septembre 1829, à la suite de l' interdiction par la censure de "Marion Delorme". La pièce est assez longue, de surcroît : elle compte 2166 vers, alors que  celles de Racine en comptent rarement  plus de 1600 (1 506 vers pour Bérénice). Certaines hardiesses de l' auteur n' étaient pas du goût de Mlle Mars (ci contre).  La comédienne, fort célèbre à l' époque, interprétait Doña Sol, malgré ses   cinquante-deux ans. Elle se refusa jusqu' au bout à réciter le vers 1028 dans sa forme initiale .. elle remplaça le célèbre "Vous êtes mon lion superbe et généreux" par un beaucoup plus classique : "Vous êtes, mon seigneur, vaillant et  courageux !" Les répétitions furent d' autant plus pénibles que "Hernani" et "Don Carlos" prenaient  le parti de Mlle Mars. Celle-ci défendit cependant son rôle avec conscience lors des représentations agitées.


Les obstacles à l'amour d'Hernani et de Dona Sol


L' action se déroule dans l'Espagne du XVI ème siècle. Doña Sol est promise à  son vieil oncle, Don Ruy Gomez. Mais, en secret, elle reçoit le jeune Hernani dont elle est fortement éprise. Celui-ci, d'extraction noble, vit dans les montagnes en chef de bande dans le but de venger son père autrefois condamné à l'échafaud par le roi. Une haine tenace oppose donc Hernani au roi Don Carlos. Or il advient que celui-ci, ayant aperçu un soir Doña Sol, s'éprend d'elle à son tour et décide de l'enlever. Hernani parvient à s'y opposer, mais ne peut empêcher le mariage avec le vieux duc. Le soir de ces noces tant redoutées, entre un pèlerin mendiant qui demande l'hospitalité. Celle-ci devant porter bonheur aux jeunes mariés, Don Ruy l'accorde aussitôt. Mais, fou de jalousie, le pèlerin se démasque : il s'agit d'Hernani lui-même qui cherche refuge, car ses compagnons ont été tués. Le roi Don Carlos entre. Malgré la haine qu'il éprouve pour son rival Hernani, le vieux duc obéit à son sens de l'honneur et le protège. Don Ruy préfère livrer Doña Sol au roi que de livrer son hôte, mais il fait promettre à Hernani de se donner la mort au premier appel du cor qu'il lui a remis, en  reconnaissance de la protection qu'il a reçue.


"Le son du cor au fond des bois ..."l

Don Carlos vient d'être élu empereur. Les conjurés élisent Hernani pour porter le premier coup à l'empereur. Celui ci les surprend. Magnanime, il pardonne et donne Doña Sol à Hernani. Enfin a lieu le mariage tant attendu des deux amants. Hernani, redevenu Jean d' Aragon, et Doña Sol se retirent. Retentit alors le son du cor qui ordonne la mort du jeune marié. Malgré les supplications de l'un et de l'autre, Don Ruy Gomez n'accorde aucun délai. Doña Sol décide de boire elle aussi le poison, afin d'accompagner son mari. Don Ruy perd ainsi celle qu'il était venu chercher. Drame tout de contrastes et de travestissements, doté d'un charme étrange, Hernani est sans doute l'une des pièces les plus romantiques du répertoire français.

La "bataille "d'Hernani" est restée célèbre dans les annales du théâtre. Théophile Gautier et Alexandre Dumas menaient les troupes des romantiques disséminées dans la salle. Parmi eux, l'on comptait Gérard de Nerval, Pétrus Borel, Balzac et Berlioz. Les  Romantiques avaient organisé une claque bruyante afin de contrecarrer les attaques et indignations des classiques qui supportaient mal le sort réservé aux vers. Les premiers mots, "l'escalier / Dérobé" (audacieux rejet) semblaient être là pour les provoquer : "Eh quoi ! dès le premier mot l' orgie est déjà là ! On casse les vers, et on les jette par les fenêtres.

Extraits :

Acte 1, scène 1
DOÑA JOSEFA, seule.

(...) Vite, ouvrons.

(Elle ouvre la petite porte masquée. Entre Don Carlos,
le manteau sur le nez et le chapeau sur les yeux.)

Bonjour. beau cavalier.

(Elle l'introduit. Il écarte son manteau et laisse voir un
riche costume de velours et de soie, à la mode
castillane de 1519.
Elle le regarde sous le nez et recule étonnée.)

Quoi, seigneur Hernani, ce n' est pas vous !
-Main-forte !
Au feu !

DON CARLOS,lui saisissant le bras.

Deux mots de plus, duègne, vous êtes morte !

(Il la regarde fixement. Elle se tait, effrayée.)

Suis-je chez Doña Sol, fiancée au vieux duc
De Pastrana. son oncle, un bon seigneur,  caduc,
Vénérable et jaloux ? dites ? La belle adore
Un cavalier sans barbe et sans moustache encore,
Et reçoit tous les soir, malgré les envieux,
Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux.
Suis-je bien informé ?

                   ***

Acte V, scène 6
Doña Sol vient de boire le poison.

HERNANl. Hélas ! qu' as-tu fait, malheureuse ?
DOÑA SOL. C' est toi qui l'as voulu.
HERNANI. C' est une mort affreuse !
DOÑASOL. Non. Pourquoi donc ?
HERNANI. Ce philtre au sépulcre conduit.
DOÑA SOL. Devions-nous pas dormir ensemble cette nuit ?
Qu'importe dans quel lit ?
HERNANI. Mon père. tu te venges
Sur moi qui t'oubliais !

(Il porte la fiole à sa bouche.)

DOÑA SOL, se jetant sur lui.
Ciel des douleurs étranges !;..
Ah !  jette loin de toi ce philtre !... Ma raison
S' égare. Arrête ! Hélas ! mon Don Juan, ce poison
Est vivant ! ce poison dans le cæur fait éclore
Une hydre à mille dents qui ronge et qui dévore !
Oh ! je ne savais pas qu' on souffrît à ce point !
Qu' est-ce donc que cela ? c' est du feu ! ne bois point !
Oh ! tu souffrirais trop !
HERNANI,À DON RUY. Oh ! ton âme est cruelle !
Pouvais-tu pas choisir d' autre poison pour elle
(ll boit et jette la fiole.)


Notes :

Dans la préface d'Hernani, Victor Hugo fait de la liberté le signe distinctif du romantisme.

 "Et cette liberté, le public la veut telle qu'elle doit être, se conciliant avec l'ordre dans l'État, avec l'art dans la littérature. (...) Qu'à une littérature de cour succède une littérature de peuple, cela est mieux encore ; mais surtout qu'une raison intérieure se rencontre au fond de toutes ces nouveautés. Que le principe de liberté fasse son affaire, mais qu'il la fasse bien. Dans les lettres, comme dans la société, point d'étiquette, point d'anarchie : des lois." .

Victor Hugo

La liberté évoquée ici est avant tout la liberté par rapport aux règles classiques de l'art dramatique (unité de temps, de lieu et d'action ; unité de genre ; comique ou tragique) et par rapport aux règles de versification.

Le personnage d'Hernani est l'un des archétypes du héros romantique : "(...) enveloppé de mystère, il est le jouet d'une fatalité irrésistible, qui l'a marqué pour des passions aveugles, pour une destinée aventureuse et dangereuse, pour des crimes inévitables ; et pourtant, il est souvent, au fond, sensible et tendre. Malgré l'intensité de sa vie et l'activité extérieure qu'il déploie, il reste plus passif que vraiment actif ; souvent, comme Hamlet à qui il doit peut-être quelque chose, il hésite et tremble devant l'action. En général, il est amoureux avec frénésie, et son amour est funeste à qui en est l'objet." .

 P. Van Tieghem, Le Romantisme dans la littérature européenne




II) La légende des Siècles

La Légende des siècles est un recueil de  poèmes , conçu comme un immense ensemble destiné à dépeindre l'histoire et l'évolution de l'humanité.

Tous les romantiques ont plus ou moins rêvé d'écrire une légende des siècles : c'était l'ambition de Vigny avec ses Poèmes antiques et modernes de Lamartine avec ses Visions (dont il n'a rédigé que le début et la fin : La Chute d'un ange et Jocelyn), de Quinet avec son Ahasvérus histoire symbolique de l'humanité promise, comme le Juif Errant, à la longue marche millénaire... Le projet de Hugo a été  de vouloir insérer cette légende dans un triptyque géant qui remonterait jusqu'aux origines du mal (La Fin de satan) et  qui aboutirait jusqu'à l'au-delà divin (Dieu).                          

"La Légende des Siècles", <<c'est l'épopée humaine, âpre, immense, écroulée>>, première partie d'un ensem ble plus vaste encore qui dépassera la perspective terrestre pour résoudre le problème de l'homme. L'ambi tion du poète est immense : <<Exprimer l'humanité dans une espèce d'oeuvre cyclique ; la peindre succes sivement et simultanément sous tous ses aspects, histoire, fable, philosophie, religion, science... ; faire appa raître... cette grande figure une et multiple, lugubre et rayonnante, fatale et sacrée, l'Homme. >>

 Cette épopée ne sera pas, selon la tradition antique, un récit continu,  mais groupera un grand nombre de pièces constituant autant d' <<empreintes successives du profil humain... moulées sur le masque des siècles>>, autant de Petites Epopée, selon le titre primitif. Hugo surmonte ainsi l'un des obstacles auxquels se heurtait
toute tentative d'épopèe moderne.

Mais toutes ces petites épopées s'organisent en un mouvement d'ensemble, <<un seul et immense mouvement d'ascension vers la lumière>>.  Nous assistons à <<l'épanouissement du genre humain de siècle en siècle >>, nous voyons  <<l'homme montant des ténèbres à l'idéal...,  l'éclosion lente et suprême de la liberté >>. Un fil unit le passé, depuis la création, au présent et à "l'avenir entrevu, <<le grand fil mystérieux du labyrinthe humain, le Progrès >.

Cette vaste fresque suppose une documentation considérable, mais les faits historiques sont interprétés et transfigurés par l'imagination créatrice du poète. Pas de déformations conscientes, affirme Hugo : "La fiction parfois, la falsification jamais" ; C'est de l'histoire écoutée aux portes de la légende.



Extrait :

Première série
    XIII

APRÈS LA BATAILLE


―――


Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié,
Et qui disait : « À boire ! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant : « Caramba ! »
Le coup passa si près, que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire, » dit mon père.

**********

Et nox facta est

Le prélude de la Fin de Satan  se situe hors de la terre, dans l'immensité prodigieuse de l'espace et du temps. SATAN, l'archange révolté contre Dieu, est précipité dans l'abîme ; il tombe interminablement tandis que la nuit s'appesantit sur lui. "Et la nuit fut" : Hugo oppose ce titre, lourd  d'une angoisse hallucinante, à la célèbre parole de la Genèse évoquant la création du monde : "Et lumière fut(Et lux facta est).


Depuis quatre mille ans il tombait dans l'abîme.
Il n'avait pas encor pu saisir une cime,
Ni lever une fois son front démesuré.
Il s'enfonçait dans l'ombre et la brume, effaré,
Seul, et, derrière lui, dans les nuits éternelles,
Tombaient plus lentement les plumes de ses ailes
Il tombait foudroyé, morne, silencieux,
Triste, la bouche ouverte et les pieds vers les cieux,
L'horreur du gouffre empreinte à sa face livide.
 Il cria : Mort ! - les poings tendus vers l'ombre vide.
Ce mot plus tard fut homme et s'appela Cain
Il tombait. Tout à coup un roc heurta sa main  ;
Il l'étreignit, ainsi qu'un mort étreint sa tombe,
Et s'arrêta. Quelqu'un, d'en haut, lui cria : - Tombe !
Les soleils s'éteindront autour de toi, maudit ! -
Et la voix dans l'horreur immense se perdit.
Et, pâle, il regarda vers l'éternelle aurore.
Les soleils étaient loin, mais ils brillaient encore .
Satan dressa la tête et dit, levant ses bras :
- Tu mens ! - Ce mot plus tard fut I'âme de Judas .
Pareil aux dieux d 'airain debout sur leurs pilastres,
Il attendit mille ans, l'oeil fixé sur les astres.
Les soleils étaient loin, mais ils brillaient toujours.
La foudre alors gronda dans les cieux froids et sourds.
Satan rit, et cracha du côté du tonnerre.
L'immensité, qu'emplit I'ombre visionnaire ,
Frissonna. Ce crachat fut plus tard Barabbas.
Un souffle qui passait le fit tomber plus bas.


Par Cathou
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Lundi 26 octobre 2009 1 26 /10 /Oct /2009 14:23

1808  - 1855



La folie a  conduit Gérard de Nerval au suicide ; mais elle lui aura aussi permis de produire une oeuvre à la beauté singulière.

Gérard de Nerval
s' est également  consacré au théâtre, mais avec beaucoup moins de succès que dans le reste de son oeuvre, sans doute à cause de son incapacité à  << objectiver >> les personnages.
Avec Alexandre Dumas, il a écrit Caligula (1837) et  L'Alchimiste (1839), et il a encore laissé des livrets d' opéra (Les Monténégrins, 1849).

Les années d'apprentissage

Le 22 mai 1808, Gérard Labrunie naît à Paris, ville à laquelle celui qui va devenir Gérard de Nerval restera toute sa vie attaché, malgré ses nombreux voyages à l'étranger. Sa mère meurt alors qu'il n'a que deux ans ; le jeune Gérard  passera toute son enfance dans le Valois, chez son grand-oncle. Cette période est fondamentale, car les impressions du paysage marquent grandement l'enfant et contribuent à créer en lui tout un imaginaire géographique qui servira de terreau, plus tard, à
l'ensemble de son oeuvre. En outre, c'est dans le Valois que se trouve le <<clos de Nerval >>, un champ cultivé par son grand père maternel et dont Gérard se souviendra lorsqu'il choisira son pseudonyme. De retour à Paris, il suit des études au lycée Charlemagne, traduit Faust, malgré des connaissances précaires de la langue de Goethe, et écrit ses premiers poèmes. Il se laisse séduire par l'insouciance qui règne alors dans certains milieux d'artistes  "bohèmes" ; Théophile Gautier, Arsène Houssaye, entre autres, sont ses complices d'alors ; en leur compagnie, il assiste à la première d'Hernani, qui l'impressionne fortement. C'est de cette époque que date sa première grande passion : il s'éprend de Jenny Colon, une cantatrice qui finira par le délaisser pour épouser un musicien. Mais si elle disparaît physiquement de sa vie, elle laisse au jeune homme une image très forte qui ne va plus le quitter et d' où va naître bien plus tard le personnage d' "Aurélia".

Nerval vit alors en écrivant quelques chroniques littéraires dans des journaux, un travail auquel il attache peu  d'importance et  qui lui vaut la réputation d' << agréable littérateur >>, mais il sait déjà que sa vocation l'appelle à d'autres réalisations plus importantes. Ses liens avec la Monarchie de Juillet lui valent d' être envoyé en mission en Belgique et en Autriche, où il rencontre, en 1839, la pianiste Marie Pleyel. L'esprit romantique et passionné de la jeune femme marque terriblement l' écrivain : le personnage de La Pandora commence alors à se dessiner dans son esprit.

L'expérience de la folie

L'orsqu'il revient en France, tout bascule : en 1841, il est terrassé par une première crise psychotique. Il vit cet état mental dans la plus grande angoisse, mais c'est aussi le moment où il va prendre conscience de l'importance du contenu de ses rêves et de ses délires. Il entrevoit pour la première fois la possibilité d'un nouvel espace poétique peuplé d'images oniriques, et c'est cet espace qu'il s'efforcera d'arpenter jusqu'à
l a fin de sa vie. En 1843, il s'embarque pour l'Égypte ; parcourant le Caire, Alexandrie, Constantinople et Beyrouth, il fait l'expérience de nouveaux paysages, tant réels qu'imaginaires. Il s'initie à une culture qui lui était jusque-là parfaitement étrangère, il parcourt les bibliothèques, découvre l'ésotérisme. A son retour à Paris, il publiera "Le Voyage en Orient". A partir de 1850, les crises de folie vont se multiplier, et Nerval fait alors de nombreux séjours dans la maison de santé du docteur Blanche. Toutefois, ces crises coïncident avec une intense production littéraire ; c'est du reste de cette époque que datent la plupart de ses grands textes : en 1852, il travaille à "Lorely", aux "Illuminés" et à "Sylvie". Une année plus tard, c'est au tour des "Chimères" et des "Filles du feu" de voir le jour ; et la dernière année de sa vie, Nerval la passe à composer "Aurélia" où la folie, le réel et le rêve tissent un récit d'une singularité fulgurante. Mais, dans le même temps, il sent que ses forces créatrices l' abandonnent toujours plus, et le désespoir le gagne. Le 26 janvier 1855, Nerval se donne la mort : on retrouve à l' aube son corps pendu à la grille d'une rue du vieux Paris.

L'écriture et le temps

Ce n'est pas un hasard si Marcel Proust a été l'un des premiers, au XX ème  siècle, à reconnaître l'importance de l'oeuvre de Nerval ; en effet, un point ne pouvait manquer d'attirer l'attention de l'auteur de "A la Recherche du temps perdu" : la place centrale que Nerval accordait au temps. Pour ce dernier, l'écriture permet d'abolir la distance que le temps a creusée entre divers moments marquants de la vie. Là où le temps dissocie, l'écriture réunifie. Ainsi, les paysages de l'enfance, la passion inspirée par Jenny Colon peuvent ressurgir intacts, dans les dernières oeuvres, la chronologie semblant se dissoudre dans et par l'écriture. D'une manière analogue, Nerval tentera, dans "Aurélia", de briser les frontières que le sens commun instaure entre rêve et réalité, entre folie et raison. Le texte ouvre des passages entre chacun de ces espaces apparemment cloisonnés, abolit les différences et  met au jour une unité neuve et singulière, fruit de l'écriture.

Notes :

"Devenu témoin de la folie et explorateur d'un monde inconnu, Nerval communique à toute son oeuvre une vibration, une qualité de mystère et une force d'interpellation sans lesquelles, aujourd'hui, nous ne la lirions plus, un génie demeuré latent s'épanouit, son texte se charge de résonnances existentielles et métaphysiques inconnues ; il accède à un autre ordre."

Michel Jeanneret, La Lettre perdue, Écriture et folie dans l'oeuvre de Nerval, Flammarion, 1978


SYLVIE

La nouvelle "Sylvie", chef-d' oeuvre de pureté et de poésie, fait partie d' un recueil assez composite de récits d' inégale qualité intitulé "Les Filles du feu", publié hâtivement en 1854. Si "Sylvie" se  rattache aux autres textes du recueil par des thèmes profondément nervaliens, elle en reste le récit le plus long et le plus achevé. Nerval l' écrivit entre deux intervalles de cette folie qui allait empirer jusqu' à sa mort par suicide en 1855.

Fille des champs et femme de théâtre :


Le narrateur fréquente assidûment un théâtre où se produit l'actrice Aurélie. Il décide de se rendre un soir dans le Valois, son pays natal, à un bal qui a lieu la nuit même, pour y revoir Sylvie, une amie oubliée. Pendant le trajet, il revit des scènes de son passé : une ronde enfantine où il a entrevu une jeune fille, Adrienne, à laquelle Aurélie ressemble ; puis une fête villageoise dont Sylvie a été la reine et au lendemain de laquelle ils s'étaient presque fiancés.  Arrivé au bal, il retrouve Sylvie, mais elle a changé, elle joue les demoiselles et elle a un galant. Sentant Sylvie perdue pour lui, il retourne à Paris et tente de se faire aimer d' Aurélie, qui se dérobe quand elle comprend qu'il cherche Adrienne à travers elle. Désemparé par la perte de ses deux amours, il ne parviendra pas à se fixer. Plus tard, devenu l'ami de Sylvie mariée, il apprendra qu' Adrienne est morte dans un couvent.

''Le poème du souvenir et de l'adieu"

Cette æuvre présente de nombreux thèmes nervaliens. Elle offre d'abord une atmosphère romantique qui, comme dans les æuvres de Rousseau, exalte la beauté du paysage royal du Valois et la pureté des  traditions patriarcales, les opposant à la ville corruptrice et à ses vains plaisirs. Les personnages antithétiques de Sylvie et d' Aurélie-Adrienne expriment les obsessions amoureuses de Nerval, son attirance pour les filles des champs que symbolise Sylvie, et sa fascination pour les femmes de théâtre et  d'illusion dont le modèle fut l'actrice Jenny Colon, pour qui Nerval  brûla d'un amour inassouvi. Enfin la plongée dans le passé désormais inaccessible annonce le thème de la vie rêvée envahissant et remplaçant la vie réelle. Ce "poème du souvenir et de l'adieu" exprime cette incapacité à choisir une vie normale qui le fera s'enfoncer dans le rêve et la folie.

Extrait :

J' étais le seul garçon dans cette ronde, où j' avais amené ma compagne toute jeune encore, Sylvie, une petite fille du hameau voisin, si vive et si fraîche, avec ses yeux noirs, son profil régulier et sa peau légèrement hâlée !... Je n' aimais qu' elle, jusque-là. A peine avais-je remarqué, dans la ronde où nous dansions, une blonde, grande et belle qu'on appelait Adrienne. Tout d' un coup, suivant les règles de la danse, Adrienne se trouva placée seule avec moi, au milieu du cercle. On nous dit de nous embrasser, et la danse et le chæur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m' empêcher de lui presser la main. Les longs anneaux déroulés de ses cheveux d' or effleuraient mes joues. De ce moment, un trouble inconnu s' empara de moi.

                ***

L' immense bouquet de la fête, enlevé du char qui le portait, avait été placé sur une grand barque ;  le cortège des jeunes filles vêtues de blanc qui l'accompagne selon l' usage avait pris place sur les bancs, et cette gracieuse théorie renouvelée des jours antiques se reflétait dans les eaux calmes de l'étang qui la séparait du bord de l' île si vermeille aux rayons du soir, avec ses halliers d' épines, sa colonnade et ses clairs feuillages. Toutes les barques abordèrent en peu de temps.
La corbeille, portée en cérémonie, occupa le centre de la table, et chacun prit place, les plus favorisés auprès des jeunes filles : il suffisait pour cela d' être connu de leurs parents. Ce fut la cause qui fit que je me retrouvai près de Sylvie. (...) Je l' admirai cette fois sans partage, elle était devenu si belle ! Ce n' était plus cette petite fille de village que j' avais dédaignée pour une plus grande et plus faite aux grâces du monde. Tout en elle avait gagné : le charme de ses yeux noirs, si séduisants depuis son enfance, était devenu irrésistible.. sous l'orbite arquée de ses sourcils, son sourire, éclairant tout à coup des traits réguliers et placides, avait quelque chose d' athénien. J' admirais cette physionomie digne de l'art antique au milieu des minois chiffonnés de ses compagnes.

                ***


Ermenonville ! Pays où fleurissent encore l'idylle antique, traduite une seconde fois d' après Gessner ! tu as perdu ta seule étoile, qui chatoyait pour moi d' un double éclat. Tour à tour bleu et rose, comme l' astre trompeur d' Aldébaran, c' était Adrienne ou Sylvie, c' étaient les deux moitiés d' un seul amour. L' une était l'idéal sublime, l'autre la douce réalité. Que me font à présent tes ombrages et tes lacs, et même ton désert ? Othys, Montagny, Loisy, pauvres hameaux voisins, Châalis, que l' on restaure, vous n' avez rien gardé de tout ce passé !

Notes :

Quelques dates !

Été 1852 : genèse probable de l'oeuvre. Nerval l'a longtemps mûrie. Il avait envisagé comme titre : "Amours perdues". Il va travailler sur place et il écrit : "
J'étais dans le Valois, faisant le paysage de mon action."
15 août 1853 : publication de "Sylvie" dans la Revue des Deux Mondes, avant son insertion dans "Les Filles
du feu".


Les femmes qui influencèrent Nerval :

Jenny Coton qui, entre 1834 et 1836, jouait à Paris aux Variétés puis à l'Opéra-Comique. Nerval engloutit une partie de sa fortune pour faire paraître en son honneur une revue, le Monde dramatique, qui courut rapidement à la faillite. Elle mourut en 1842.

Madame de Feuchères qui acheta la maison de l'oncle Boucher, à Morte- Fontaine.

Sophie Dawes,
une aventurière, qui prétendait être d'extraction noble.

Outre "Les Filles du feu",  Gérard de Nerval, a écrit des récits divers marqués par l'illuminisme des poèmes, "Élégies", "Odelettes", et "Les Chimères", ainsi qu'Aurélia, sa dernière oeuuvre, qui décrit les rêves et les obsessions de sa folie. La dédicace des "Filles du feu" est adressée à Alexandre Dumas.

Par Cathou
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Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie


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SOPHOCLE





Sophocle

                                                                                                            


     
       

                      

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Aristote








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