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384 - 322 av J.C.
Aristote fut le premier philosophe à tenter d'organiser
la totalité du savoir humain et représenta pendant longtemps les limites de la science humaine : il fallut en effet attendre la Renaissance et Descartes pour voir sa philosophie remise en
question.
Né en 384 à Stagire, colonie des
Chalcidiens, située à l'extrémité nord-est de la Chalcidique, Aristote fréquenta à Athènes l'Académie dès l'époque où Platon s'absentait pour la deuxième fois en
Sicile. Il y fut le disciple d'Héraclide du Pont, mais se lia bientôt d'amitié avec Platon lui-même à qui il demeura toujours attaché. L'affirmation qu'il
lui "doit presque tout" (A. Rivaud) n'a rien d'exagérer, et le Stagirite (de Stagire en Macédoine), n'aurait jamais laissé entendre le
contraire. Toute allusion à une opposition quelconque entre maître et élève au sein de l'Académie serait, par consé quent, fondée sur des rivalités ultérieures entre disciples lointains des deux
philosophes.
A l'âge de trente-sept ans, Aristote assuma en quelque sorte des fonctions de liaison entre
la cour macédonienne et celle d'Assos, en Asie Mineure, où il s'était rendu avec son condisciple Xénocrate et son élève, le jeune Théo phraste, auprès d'Hermias, tyran éclairé de cette ville.
Trois ans plus tard, les trois compagnons quittèrent la région pour rentrer à Athènes, non sans avoir effectué un séjour d'études à Mytilène. C'est dans sa retraite macédonienne que,
vraisemblablement gagné à l'idée de l'hégémonie de Philippe II sur la Grèce entière, il conçut le projet de rassembler des études sur les constitutions des villes grecques, projet qu'il réalisa
après 330, longtemps après son retour à Athènes et la fondation de son école. Cette dernière ne fonctionna qu'en 335, alors qu'Aristote atteignait presque la cinquantaine. Située
dans le quartier du Lycée, qui devait son nom au voisinage du gymnase d'Apollon Lycien, cette école en reçut tout naturellement le nom. Platon, qui fut le maître d'Aristote,
avait quarante-quatre ans de plus que lui, fréquenta à Athènes
l' Académie dès l'époque où Platon s'absentait pour la deuxième fois en Sicile. Il y fut à
l'époque où vivaient le célèbre sculpteur
d'Aristote, Praxitèle et l'homme politique et orateur
Démosthène, qui se forçait, dit-on, à déclamer avec des cailloux dans la bouche.
Amicus Plato, sed....
Avec Platon, son maître, Aristote fut
incontestablement le plus grand philosophe grec et même le plus remarquable de tous les temps. C'est lui qui a fondé la logique, l'histoire de la philosophie, l'anatomie et la physiologie
comparées, s'intéressant en outre à la politique, à la physique, à la métaphysique, à l'art drama tique, aux sports olympiques, bref à toutes les sciences et à tous les arts qu'un homme
pouvait dominer dans l'antiquité.
A l'âge de dix-sept ans, Aristote se rendit à Athènes pour y poursuivre ses études. Il y écouta les discours d'Isocrate, l'auteur du célèbre "Panégyrique"
* puis il suivit l'école de Platon, à
l'Académie, lorsque celui-ci fut revenu de Sicile, en 347. Même s'il ne fut pas toujours d'accord avec son maître, il ne cessa de lui
témoigner admiration et respect ; mais comme le dit le fameux adage, "amicus Plato, sed m:agis amica veritas" c'est à dire qu'il était ami de Platon mais un plus
grand ami de la vérité.
Pendant ces vingt années passées à Athènes, Aristote,sans jamais abandonner l'Académie, travailla aussi pour son propre compte et ouvrit une école de
rhétorique. Il était un
travailleur infatigable , qui ne souhai tait pas perdre trop de temps à dormir : pour réduire
son temps de sommeil, dit-on, il prenait dans sa main une boule de bronze avant de s'endormir et la tenait au-dessus d'un récipient dans laquelle elle ne man quait pas de tomber avec
fracas.
* L’éloge panégyrique ou simplement le
panégyrique, du latin emprunté au grec panêguris, "assemblée de tout le peuple", est au sens strict un discours public à la louange d'un personnage illustre, d'une
nation, ou d'une chose et, dans l'occident chrétien, un sermon faisant l'éloge d'un saint. Le terme a pris aujourd'hui le sens plus général de louange ou d’apologie, et s’utilise parfois dans le
sens péjoratif d’éloge emphatique ou exagéré.
Précepteur d'un roi
:
En 347, à la mort de Platon et déçu de ne pas avoir été nommé à sa succession, Aristote quitta Athènes. Il fut d'abord ambassadeur à la cour du roi de Macédoine, Philippe, dont
il était proche. Puis, il se rendit en Asie Mineure, auprès d'Hermias, tyran d'Atarné, qu'il avait connu à Athènes. Sa mort, conséquence de la rivalité qui opposait les deux puissances d'alors -
la Macédoine et la Perse - affecta grandement Aristote qui consacra un hymne à la vertu destiné à celui qui avait été son élève : "C'est par amour pour ta beauté qu'un
citoyen d'Atarné, illustre par ses grandes actions, a perdu la vie. Les Muses, filles de Mnémosyne, immortaliseront son nom, elles qui exaltent l'amitié".
Après avoir épousé une jeune femme qui était
la nièce ou la fille d'Hermias, il se rendit tout d'abord à Mytilène (sur l'île de Lesbos), puis rentra en Macédoine (342), Philippe lui ayant demandé de s'occuper de l'éducation de son
fils Alexandre, le futur Alexandre le Grand. Le jeune prince était alors âgé de treize ans, et
Aristote essaya de développer chez lui les qualités qui conviennent à un futur souverain : la modéra tion et la raison. Y parvint-il ? Pas tout à fait si l'on s'en tient à ce
constat d'Aristote lui-même : "Une étrange hérédité semble avoir jeté, dans l'âme de ce prince, un orgueil démesuré, un désir manifeste de se faire ranger au nombre des
Dieux".
Malgré cela, un lien amical rapprocha les deux hommes : Alexandre favorisa les travaux scientifiques de son maître et, profitant de ses expéditions en Asie, il lui fit envoyer toutes sortes
de plantes et d'animaux, qui permirent notamment à Aristote d'écrire son traité sur "La Nature des animaux". Cette liaison ne con nut aucune ombre jusqu'à la
mort du neveu d'Aristote, Callisthène. Celui-ci avait remplacé le grand philo sophe à la cour d'Alexandre, mais ne put dissimuler son attachement à la politique
panhellénique (qui ras semble, réunit tous les Grecs . .. La guerre de Broie
fut le résultat d'union panhellénique) alors qu'Alexan dre avait opté pour l'Asie. Il fut condamné à mort et livré aux bêtes.
Une grande école :
Aristote rentra à Athènes (335) pour y fonder l'école du Lycée, ainsi
nommée parce qu'elle se trouvait près du temple d'Apollon Lycien.Cette école était aussi appelée "péripatéticienne" (du grec peripatein, se promener), car Aristote
avait pour habitude de dispenser son enseignement à ses élèves en se promenant. Le matin, les leçons étaient réservées à un public d'initiés ; l'enseignement, purement théorique, était dit
acroamatique** ou ésotérique (l'ésotérisme désigne un ensemble de mouvements et de doctrines relevant d'un enseignement caché, souvent accessible par l'intermédiaire d'une « initiation
») . Le soir, le public était plus large , car l'enseignement, dit
exotérique *** était alors plus accessible. Une place de choix était accordée à la
rhétorique, degré supérieur de l'enseignement, une sorte d'exercice d'éloquence sur des sujets divers, par exemple politiques, juridiques ou philosophies.
Il ne s'agissait pas simplement de faire de beaux discours, mais bien de perfectionner un véritable art, celui de convaincre un auditoire, qui reposait sur cinq parties : l'invention
(recherche des idées), la disposition (structure), l'élocution (style), la mémoire et l'action (intonations et
attitudes).
**
Terme d'antiquité. Qui est reçu par l'oreille. L'enseignement acroamatique est l'enseignement oral, par
opposition à l'enseignement par les livres. De là il a pris aussi le sens de profond, le maître communiquant de vive voix à des élèves choisis un enseignement qu'il ne mettait pas dans les livres
et pour l'usage du vulgaire
*** Le terme exotérisme, utilisé surtout en son adjectif "exotérique", s'est pour la première fois appliqué aux dialogues (Eudème, Protreptique...) d'Aristote pour indiquer ce qui est public par opposition à ce qui est initiatique. Il désigne également les cérémonies publiques (religieuses, rituelles) dans leurs manifestations et non dans leurs significations (ésotériques celles-là).
L'exotérisme fait, par ce lien avec l'ésotérisme, partie des sciences traditionnelles.
A la mort d'Alexandre, Aristote
quitta Athènes, Démosthène ayant déclenché une violente campagne anti
macédonienne. Comme il ne voulait pas subir le même sort que Socrate, et soucieux, selon ses propres paroles, "d'épargner aux Athéniens un second attentat contre la philosophie",
- il fut effectivement condamné à mort par contumace - il se retira à Chalcis, dans l'île d'Eubée, où il mourut en 322.
Son oeuvre considérable nous est parvenue en partie sous la forme de notes prises par ses élèves et par son disciple Théophraste.
Métaphysique : par Aristote
"La recherche d'un système philosophique complet qui apporte la réponse à toutes les
questions."
Le mot "métaphysique" vient de
l'expression grecque "meta ta physika" c'est à dire "après le traité de physique". C'est en effet le titre que met Aristote en tête de ses réflexions sur l'Être, réflexions
qui prennent place dans son oeuvre après ses études sur la physique.
Parmi les nombreux livres écrits par Aristote, plus de mille selon la tradition et dont fort peu sont parvenus jusqu'à nous, quatorze forment ce que l'on appelle "la
Métaphysique". Ces textes furent réunis seulement au Ier siècle av J.C., mais il ne semble pas qu'Aristote ait pensé à les réunir, encore moins à leur donner ce titre : ce ne
sont que des notes de cours, de style généralement lapidaire et dans lesquelles il recherche la définition d'une "philosophie première" qui aille plus loin que la physique à
laquelle il a consacré des traites.
Ontologie et théologie :
Ayant étudié dans ses autres ouvrages le monde qui l'entoure, Aristote tente, dans les considérations de la
"Métaphysique",de définir la science qui s'occupe de l'Être et de ses caractéristiques, d'une manière qui dépasse le particulier. Il envisage d'ailleurs deux directions entre
lesquelles il ne prend pas parti. Tout dépend de la façon dont on envisage l'Être : ou l'on s'intéresse à l'Être dans son universalité, à la substance, à partir de laquelle tous les
cas particuliers deviennent alors explicables, et l'on pratique alors ce que le philosophe appelle l'ontologie (étude de l'Être en tant
qu'Être, c'est-à-dire l'étude des propriétés générales de tout ce qui est), où l'on s'intéresse à l'Être transcendant, au meilleur, à l'Être divin et l'on pratique la théologie
: l'Être est alors vu sous la forme d'un acte pur, Substance première, "Pensée-qui-se-pense", le monde s'organisant et se mouvant en harmonie grâce à l'attrait que cet Être divin
exerce éternellement sur toute chose.
Ces deux termes, "ontologie et théologie", inventés par Aristote,constituent depuis l'antiquité deux domaines essentiels d'étude pour les philosophes, notamment
pour les penseurs chrétiens (Saint Thomas d'Aquin) qui ont tenté de réaliser une synthèse unissant pensées antique et chrétienne dans un même système.


Sophocle





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