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106 - 43 av J.C.
A 63 ans, Cicéron fait à un vieil ami, sur un ton de confidence, l'éloge de la vieillesse. Il lui
explique pourquoi elle n'est pas un fardeau et comment affronter calmement l'approche de la mort.
"La faiblesse convient à l'enfance ; la fierté à la jeunesse ; la gravité à
l'âge mûr ; la maturité à la vieillesse : ce sont autant de fruits naturels qu'il faut cueillir avec le temps. Une jeunesse intempérante et débauchée ne transmet à la vieillesse qu'un corps
épuisé".
A travers l'apologie qu'il fait de la vieillesse, c'est sa conception de toute la vie humaine que le célèbre orateur latin nous livre dans cet ouvrage.
Un grand bel
âge :
<<Ce fardeau qui nous est commun à tous les deux, cette vieillesse qui déjà nous presse ou au moins nous menace,je veux l'alléger pour vous et
pour moi... >>: l' orateur et écrivain latin Cicéron a 63 ans quand il dédie à son ami Atticus, 66 ans, un dialogue imaginaire entre un célèbre notable
romain, Caton le censeur (83 ans) et deux jeunes gens, Laelius et Scipion.
Ceux-ci s'étonnent en effet de voir ce vieillard supporter allègrement un âge qui pour d'autres est "plus pesant que l'Etna >>. L'ouvrage évoque les quatre
principaux handicaps qui sont liés à la vieillesse :
l' éloignement de la vie professionnelle, les infirmités, la privation des plaisirs et, surtout, la peur de mourir. Tous ces handicaps peuvent être aisément surmontés selon
Cicéron. S'appuyant sur d'illustres exemples - Solon, Sophocle ou Platon -, l'écrivain met en évidence le rôle de guide et de conseiller des sages vieillards auprès des jeunes,
rôles qui devraient les consoler de leur inactivité sur le plan professionnel ; il insiste sur l'importance que peuvent avoir les travaux de l'esprit, car " si trop d'exercice
alourdit le corps, l'âme n'en devient que plus légère >>, ainsi que sur les joies réservées à l'homme désormais affranchi des passions - délices de la conversation ou de la vie des
champs par exemple.
Quant à la mort, " si elle anéantit notre âme, pourquoi s'en inquiéter ? Si au contraire elle doit la conduire dans un lieu où elle sera éternelle, ne faut- il pas la souhaiter ?
" Que l'on déplore la mort d'un jeune homme, " flamme ardente qu'on étouffe à force d'eau", c'est tout naturel, mais pourquoi pleurer sur un " feu qui
s'éteint faute d'aliment " ? D'autant qu'en s'exprimant par la bouche de Caton, Cicéron se dit convaincu de l'immortalité de l'âme.
Un ton de confidence :
Comme toujours, l'orateur, habitué des prétoires, cherche à convaincre par des images suggestives autant que par le raisonnement. Mais ici la rhétorique cède le pas à la confidence chaleureuse.
Cicéron met toute sa sincérité et son amour de la vie dans ce texte où passe une réelle émotion - nostalgie passagère à propos de la perte de l'éloquence ou de la mort d'un fils,
ou émerveillement face à la nature.
Extraits :
Quand l'orateur devient professeur :
Quant à l'orateur, je crains qu'il ne faiblisse en vieillissant, car l' éloquence ne demande pas seulement du
génie, il lui faut encore des poumons et des forces. Quelquefois cependant,je ne sais par quel privilège, la voix conserve tout son éclat jusque dans la vieillesse : moi-même je ne l'ai pas
encore perdue, et vous savez mon âge. Il y a d' ailleurs quelque chose d'imposant dans la voix calme et grave d'un vieillard, et s'il sait manier la parole, sa diction douce et polie le fait
facilement écouter. Et quand même il ne pourrait obtenir ce succès, il peut au moins instruire Scipion et Laelius. Quoi de plus aimable qu'un vieillard entou ré de jeunes gens empressés et
studieux !
Plaisirs des vieillards : La conversation et la
table
Pour moi j'
aime ces repas que prolonge le charme de la conversation ; je les aime non seulement avec les hommes de mon âge, dont il ne reste plus qu'un bien petit nombre, mais avec ceux du vôtre et avec
vous :
j' ai même une grande obligation à la vieillesse qui m' a donné plus de goût pour la conversation et m'en a ôté pour le boire et le manger. Si cependant on trouve quelque charme aux plaisirs de
la table...je ne comprends pas pourquoi la vieillesse serait privée de cette sorte de jouissances... J'aime, je l'avoue... ce discours que le roi du festin prononce à la manière
de nos pères, le verre en main ; j' aime... ces petites coupes qu'on vide goutte à goutte ; le frais en été, en hiver le soleil ou le coin du feu.
Cicéron est lyrique quand il parle de la vigne :
C' est un plaisir dont je ne peux me rassasier... La vigne, faible de sa nature, et qui ramperait sur le sol, si elle n'était soutenue, se sert, pour s'élever, de
ses vrilles, comme d'autant de mains, et embrasse tout ce qu'elle rencontre ; comme elle s'échappe de tous côtés en jets vagabonds et multipliés. Aussi, au retour du printemps, voit-on sur les
ceps épargnés poindre ce qu'on appelle le bourgeon, où bientôt la grappe va se montrer : celle-ci,fécondée par les sucs de la terre et la chaleur du soleil, est d'abord âpre au goût,
puis elle s'adoucit en mûrissant et, à l'abri du pampre qui la couve, elle conserve une douce chaleur, sans avoir à craindre les feux brûlants du soleil.
Mieux
vaut croire en l'immortalité :
Si je me trompe en croyant que les âmes des hommes sont immortelles, j'ai du plaisir à me tromper et veux pas qu'on m'arrache une erreur qui fait le bonheur de ma vie. Si,
comme le pensent quelques petits philosophes, je ne dois rien sentir après ma mort, je n'ai pas à craindre que ces philosophes, morts comme moi, se moquent de ma
crédulité....


Sophocle





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