Jeudi 20 août 2009
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1509 - 1564
On oublie trop souvent que Jean Calvin, une des figures marquantes de la Réforme, fut aussi un grand écrivain, notamment par sa contribution à la
création du français moderne.
C' est évidemment à Genève que le souvenir de Calvin est le plus présent (au Monument de la Réformation, par exemple). Mais dans sa ville natale, Noyon (Oise), un musée lui est consacré.
Études et religion
Jean Calvin est né à Noyon, en Picardie, le 10 juillet 1509. Très tôt orphelin de mère, il fut éduqué par son père qui, lorsqu'il eut douze ans, le pourvut, comme ses deux frères, d'un
bénéfice ecclésiastique, une
sorte de bourse engageant son bénéficiaire à remplir plus tard une fonction
dans l'Église. A quatorze ans, Jean Calvin fut envoyé à Paris pour y étudier, d'abord au collège de la Marche, où il eut comme maître
Mathurin Cordier, un des fondateurs de la pédagogie moderne ; il passa ensuite au collège Montaigu, un fief de la scolastique, dont le directeur, Noël Beda, avait fait condamner en Sorbonne Lefèvre
d'Etaples, Luther et Érasme. Il étudia ensuite le droit à Orléans. Ces études lui apportèrent la rigueur, la logique et la clarté, et peut-être l'excès de juridisme, qui allaient caractériser sa
théologie. Licencié en 1532,l ibéré de la tutelle de son défunt père, il revint à Paris pour y entreprendre des études littéraires. C'est à cette époque sans doute qu'il s'ouvrit aux idées de la
Réforme, qui circulaient dans le pays depuis une dizaine d'années (en France, le premier martyr luthérien fut brûlé en 1523). Calvin étudia les lettres au collège des Lecteurs royaux (le
futur Collège de France) et publia un "Commentaire" du "De clementia" de Sénèque, un essai très érudit, mais qui ne faisait encore aucune allusion à la nouvelle doctrine réformée.
Conversion et exil
En 1533, les noms de Jean Calvin et de son ami Nicolas Cop, recteur de la Sorbonne, figuraient sur la liste des suspects et des persécutés. Cop, au cours d'un sermon, avait pris
ouvertement position en faveur des idées évangéliques ; ce sermon avait sans doute été écrit par Calvin et constituerait donc le premier écrit
religieux du grand réformateur. Cop et Calvin
durent quitter Paris. Ce dernier se réfugia tout d'abord à Angoulême, puis à Noyon, après s'être arrêté à Nérac, chez Marguerite de Navarre, où se réunissaient des poètes, des humanistes et des
évangélistes. Les luthériens jouissaient encore d'une tolérance relative ; mais, en 1534, après l'affaire des Placards, François Ier institutionnalisa la persécution contre les réformés. Après
avoir rédigé le traité Sur "le Sommeil des âmes" (publié en 1542), Calvin dut quitter la France, se fixant à Bâle, au début de 1535.
L'
Académie de Genève. fondée par Calvin.fut et reste le centre des études théologiques des protestants
de langue française .. elle fut même pendant longtemps un passage obligé pour tous les pasteurs français.
L' Institution de la religion chrétienne
Calvin avait commencé à Angoulême "l'Institution de la religion chrétienne" (première version latine en 1536, première version française en 1540) et il termina son æuvre maîtresse en
quelques mois à Bâle. Cet ouvrage était le premier exposé exhaustif et cohérent de la pensée de la Réforme. Ce texte, qu'il remania et augmenta sans cesse (vingt-six éditions de son vivant), passa
de six chapitres à quatre livres. Interdit en France, brûlé en public par le bourreau, il connut pourtant un succès prodigieux. Par sa clarté et sa rigueur, il constitue aussi un monument de la
littérature française, son auteur étant reconnu comme un des créateurs du français moderne.
La Rome protestante
Décidé à renoncer définitivement à son pays natal, Calvin prit le risque de séjourner à Paris pour y régler des affaires de succession. Puis il prit la route de Strasbourg ; cependant, à
cause de la guerre qui opposait François Ier à Charles-Quint, il dut faire halte à Genève, où Guillaume Farel, chef spirituel des réformés de Genève, parvint à le persuader de rester auprès de lui
; et il y resta effectivementjusqu'à la fin de sa vie, hormis un bref exil. On était en 1536 ; Calvin n'avait donc que vingt sept ans, mais il imposa sa personnalité et sa foi, comme
professeur, comme prédicateur et comme organisateur de l'Église réformée de Genève. Il rédigea une "Confession de foi", résumé de son catéchisme (connu sous le nom de Catéchisme de
Genève), qui fut acceptée par le Conseil de la ville et diffusée de maison en maison, avec pour mission pour les chefs de famille de la faire respecter. Mais Calvin ne fit pas
l'unanimité et leva contre lui le Conseil de Genève lorsqu'il proposa d'exclure de la Sainte Cène les fidèles ayant refusé de signer la Confession. Le conflit s'aggrava encore entre les
pasteurs et les autorités, à un tel point que Calvin et Farel durent s'exiler (1538). Quand il revint à Genève trois ans plus tard, à la demande d'une délégation genevoise, Calvin
obtint toute liberté pour restaurer la discipline réformée, bien décidé à faire de Genève la "Rome protestante". Il fit adopter les "Ordonnances ecclésiastiques", base de
l'organisation des Églises calvinistes, et parvint à imposer ses vues aux bourgeois, en particulier dans le domaine moral. Il défendit ses idées par la polémique, n'hésitant pas à recourir à
la force : en 1541, il fit exiler le directeur du Collège de Genève, et en 1553, il laissa condamner Michel Servet. En 1559, il fonda l' Académie de Genève, dont Théodore de Bèze fut le premier
recteur. Malade depuis plusieurs années, il mourut en 1564 et fut enterré dans un cimetière de Genève, en un lieu resté inconnu.
Hormis les ouvrages que nous avons cités, Jean Calvin a laissé essentiellement des traités portant
sur des questions particulières de doctrine ; citons le Petit Traité de la Sainte Cène, le Traité des reliques, le Petit Traité montrant ce que doit faire un homme entre les papistes, La
Restitution du christianisme, sans parler des sermons, d'une traduction de la Bible (Bible de Genève) et d'une correspondance.
<<Il appartenait à Calvin de mettre en forme le message luthérien, de le repenser dans une mentalité latine, de le structurer en une langue claire et forte et d'organiser les
communautés naissantes à Genève et en France.Avec lui, les brumes de l'aube se dissipent, les doctrines prennent corps. L' enfance de la Réforme est tenninée. >>
- J. Cadier, Calvin, PUF, 1966
<<La sévérité de Calvin est l'expression de son zèle pour la vérité et même de sa sollicitude religieuse pour la victime. (...) De nos jours, chacun de nous condamne l'intolérance de
Calvin et nous sommes frappés de stupeur de voir brûler un homme jusqu'aux cendres pour une question de religion, mais nous n'hésitons pas à réduire des villes entières en poussière pour le
salut de notre civilisation. >>
- R. Bainton, Michel Servet, hérétique et martyr, 1897
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Cet ouvrage est le texte fondamental du protestantisme
français. Calvin cherche à y rassembler, dans un exposé cohérent et rationnel, tous les
éléments de la nouvelle doctrine.
En 1534, à la suite de l'affaire des Placards - des affiches attaquant
la messe ont été collées jusque dans les appartements de François Ier - des protestants sont persécutés et brûlés. Pour défendre ses co- religionnaires, Calvin publie une petit -livret
- expliquant la nature de la religion réformée.
INSTITUTION DE LA RELIGION CHERETIENNE
Page de la couverture du
traîté
Quatre livres pour une doctrine :
Dans le premier livre, Calvin affirme le rôle des Ecritures en tant que source unique de la foi, rejetant par là
l'autorité doctrinale de l'Eglise. Avec l'aide du Saint-Esprit, la volonté divine peut être directement accessible, au croyant.
Dans le deuxième livre, il expose une conception radicale du Péché originel et de la Chute. L'homme, esclave de la concupiscence, est
irrémédiablement pêcheur. "Serf-arbitre", il ne peut rien faire lui même pour son salut, mais doit l'attendre de la Grâce divine.
Dans le troisième livre, Calvin expose la doctrine essentielle de la prédestination. Avant même le Péché originel, Dieu a choisi les
élus et les damnés. Cette prédestination est arbitraire et éternelle ; les artifices - confession, oeuvres, indulgences, Purgatoire - inventés par l'Eglise catholique pour permettre aux hommes de
gagner le salut sont sans effet. Les élus ont la certitude intérieur d'être prédestinés parce qu'ils ont été touchés par la foi.
Dans le dernier livre, il traite du rôle de l'Eglise "réformée". L'auteur attaque en particulier l'organisation hiérarchique de l'Eglise
catholique, qui a corrompu le sens de l'Eglise primitive. Il rejette les voeux monastiques, réduit les sacrements à deux : le baptême et la Cène.
Le petit livre destiné à circuler sous le manteau deviendra, au fil du temps, une véritable somme, et l'ouvrage en langue française le plus lu en Europe.
Un protestantisme radical et sévère :
L'ouvrage de Calvin reprend les éléments essentiels du protestantisme, tels qu'ils furent définis par Luther, en en radicalisant
certains aspects, comme la doctrine de la prédestination "arbitraire" ou la critique de la liturgie catholique. Le fil conducteur de sa doctrine réside dans un retour à la lettre des Ecritures et à
une interprétation débarrassée de toute adjonction "humaine" ultérieur. Ainsi la pratique de la confession est rejetée purement et simplement, car elle ne figure pas dans la Bible. De même,
Calvin se réfère à la condamnation de l'idolâtrie par l'Ecriture sainte pour interdire le culte des images.
D'une manière générale, le calvinisme rejette la liturgie catholique, considérée comme un ensemble de rites superstitieux et vides de sens, pour fonder son culte sur la prédication et la
participation des fidèles.
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Extraits :
Dans l' <<épître au Roi>> qui ouvre l' Institution, Calvin se fait
I'avocat du protestantisme
Mais je retourne à vous, Sire. Vous ne vous devez émouvoir de ces faux rapports, par lesquels nos adversaires
s' efforcent de vous jeter en quelque crainte et terreur : c' est à savoir, que ce nouvel Évangile, ainsi l' appellent-ils, ne cherche autre chose qu' occasion de séditions et
toute impunité de mal faire. Car Dieu n' est point Dieu de division, mais de paix ; et le Fils de Dieu n' est point ministre de péché, qui est venu pour rompre
el détruire les oeuvres du diable. Et quant à nous, nous sommes injustement accusés de telles entreprises, desquelles nous ne donnâmes jamais le moindre soupçon du monde. Et il est bien
vraisemblable que nous, desquels jamais a élé ouïe une seule parole séditieuse, et desquels la vie a toujours été connue simple et paisible, quand nous vivions sous vous ,Sire, machinions de
renverser les royaumes !
***
"L'autorité de l'Écriture ne vient pas de I'autorité de l' Église..."
Il y a une erreur par trop commune, d' autant qu' elle est pernicieuse : c' est que l' Écriture sainte a autant d' autorité que l 'Église, par avis commun, lui en octroie. Comme
si la vérité éternelle el inviolable de Dieu était appuyée sur la fantaisie des hommes ! Car voici la question qu' ils émeuvent non sans grande moquerie du Sainl-Esprit : Qui est-ce qui
nous rendra certains que cette doctrine soit sortie de Dieu ? (...) Ainsi ces vilains sacrilèges, ne tâchant qu' à élever une tyrannie débordée sous ce beau titre d' Église, ne se
soucient guère en quelle absurdité ils s' enveloppent...
***
A la fin du chapitre XXI du livre III, Calvin résume la doctrine de la prédestination
Nous disons donc, comme l' Écriture le montre évidemment, que Dieu a une fois décrété par son conseil éternel et immuable, lesquels il voulait prendre à salut, et lesquels
il voulait vouer à la perdition. Nous disons que ce conseil, quant aux élus, est fondé en sa miséricorde sans aucun regard de la dignité humaine ; au contraire, que l'entrée
de la vie est forclose à tous ceux qu'il veut livrer à la damnation ; et que cela se fait par son jugement occulte et incompréhensible, bien qu'il soit juste et équitable.
Davantage nous enseignons que la vocation des élus est comme une montre et un témoignage de leur élection.. (...) Or comme le Seigneur marque ceux qu'il a élus, en les appelant et justifiant, aussi
au contraire, en privant les réprouvés de la connaissance de sa Parole, ou de la sanctification de son Esprit, il démontre par tel signe quelle sera la fin et quel jugement est préparé.
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NOTES :
Dans ses pages sur la littérature de la Renaissance (Histoire des littératures,
vo1.3, Gallimard, 1978), Albert-Marie Schmidt salue en Calvin le créateur <<de la prose française moderne, miracle de propriété et de rigueur. >>
Même si Calvin prônait la soumission de l'autorité spirituelle à l'autorité politique, il réussit à instituer à Genève, par le biais de ses Ordonnances, un véritable régime
théocratique.
"Pour Calvin, la religion est une affaire de toute la vie. (...) Chacun est appelé par Dieu à une æuvre particulière et il doit, à la place où il a été mis, travailler pour la gloire divine.
Toutes les professions sont légitimes et appartiennent à un ensemble que Dieu dirige. Il n'y a pas de clergé mis à part. Tout croyant est prêtre pour s'approcher de Dieu et lui rendre témoignage.
Le signe de cette élection est cette joie au travail, cette reconnaissance aimante envers Dieu, cet amour du prochain qui constituent la vie religieuse dans le monde. Cette intégration de la
religion à la vie (...) a formé des hommes courageux, entreprenants, passionnément attachés à la liberté, ouverts sans crainte vers l'avenir".
J. Cadier, article calvinisme
Encyclopædia Universalis 1968
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Par Cathou
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