Jeudi 20 août 2009
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1483 - 1546
De la liberté du chrétien
:
Les traités jugés "hérétiques d'une figure marquante du XVIe siècle sont à l'origine de la Réforme.
Martin Luther
1483 1546
L'homme est en contradiction avec lui-même
:
Pour comprendre le paradoxe initial de l'homme à la fois libre et serf, Luther a bâti sont traité sur deux
postulats. Après s'être référé à la Bible pour asseoir sa théorie, il consacre 16 paragraphes à la liberté de "l'homme intérieur" puis 12 paragraphes à la servitude de "l'homme
extérieur".
L'homme intérieur est un être spirituel qui ne vit que par la parole divine, dont il doit s'imprégner ; cette parole étant celle de l'Ancien et surtout du Nouveau Testament. Sa foi lui
procure sa liberté, car elle le lie à Dieu. Elle est un critère de justice et de vérité. De plus, le chrétien, comme Dieu, est à la fois prêtre et roi : il reste donc maître
de toutes choses, c'est-à-dire fondamentalement libre.
L'homme extérieur est esclave de sa condition charnelle. La foi étant seule salvatrice, les "oeuvres" - c'est à dire les actions que le chrétien accomplit pour gagner le salut - si elles sont
faites sans foi, deviennent mauvaises et même blâmables dans la mesure où l'homme se justifie par elles.
Un homme droit accomplit donc ces oeuvres de façon désintéressée par amour de Dieu et par amour de son prochain. Tous les actes de la vie extérieure ne peuvent en aucune façon toucher l'âme,
c'est-à-dire l'homme intérieur.
Une doctrine mise à la portée du peuple :
Ce traité fait partie des trois grands écrits dits "réformateurs" de Luther. Il fut publié en 1520, d'abord en
latin, puis cinq jours plus tard, en allemand. Envoyé au pape Léon X, ce texte laissa celui-ci fort perplexe. En effet, une procédure d'excommunication de l'auteur était en cours. Pourtant, si
Luther y exprimait sa conception du christianisme de façon moins agressive que dans ses écrits antérieurs, il le faisait toujours sur le ton polémique. Le but de Luther était de
diffuser une nouvelle doctrine par un ouvrage écrit en langue vulgaire, c'est-à-dire en allemand compréhensible par les masses. Un peu comme moraliste, il joue le rôle de conseiller auprès du
lecteur chrétien tout en poursuivant son combat contre l'abus de pouvoir du pape.
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Extraits
:
Pourquoi l'homme intérieur est-il libre ?
Troisièmement. Si nous considérons l'homme intérieur et spirituel pour voir dans quelles conditions il est un Chrétien juste et libre et
mérite ce nom, il est évident qu'aucun élément extérieur ne peut le rendre libre ni juste, quelque nom qu'on lui donne, car sa justice et sa liberté, inversement sa malice et sa sujétion ne
sont ni corporelles ni extérieures. Que sert à l' âme que le corps soit indépendant, robuste et sain, qu'il mange, boive et vive comme il veut ? inversement, en quoi l' âme pâtit-elle si le
corps est captif, malade et épuisé, s' il a faim, soif et souffre contrairement à son désir ? Aucune de ces choses ne pénètre jusqu' à l' âme pour la libérer ou la réduire en servitude, la
rendre juste ou mauvaise.
***
Luther justifie sa théorie de I'homme extérieur en s'appuyant sur les textes
En voici assez au sujet des oeuvres en général et de celles qu'un Chrétien doit pratiquer dans son propre corps. Parlons maintenant davantage des oeuvres qu' il doit pratiquer dans ses
rapports avec les autres hommes. Car l' homme ne vit pas seulement à l'intérieur de son corps, mais il vit aussi parmi les autres hommes sur la terre. Aussi ne peut-il se passer des oeuvres
dans ses rapports avec eux, il est toujours amené à leur parler, il a affaire à eux, encore qu' il n'ait besoin d' aucune de ses oeuvres pour se justifier et faire son salut. Aussi doit-il
avoir l' esprit tout à fait libre à l'égard des oeuvres et ne viser qu'à obliger autrui et à lui rendre service grâce à elles, il ne doit rien se proposer d'autre que satisfaire aux besoins d'
autrui : c' est là mener une vie vraiment chrétienne, alors on se met à l'oeuvre avec une foi et une charité ardentes comme saint Paul l' enseigne aux Galates.
***
Les oeuvres doivent être des actes d'amour
Et aussi le Christ (Math.17,24) : comme le denier de l'impôt était exigé de ses disciples, il discutait avec saint Pierre pour savoir si les enfants des rois n'étaient pas dispensés de
l' obligation de payer l' impôt, et saint Pierre lui répondit que si, il lui donna l'ordre de se rendre au bord de la mer et dit : "Pour ne pas les scandaliser va à la mer, tire le poisson que
tu pêcheras, prends-le et dans sa bouche tu trouveras un denier que tu donneras pour moi et toi." C'est un bel exemple pour illustrer cet enseignement que donne le Christ en se nommant et en
nommant les siens des fils de rois qui n'ont besoin de rien et néanmoins il se soumet volontairement, il est prêt à servir et à payer l'impôt.
Or, dans la même mesure où toutes ses oeuvres et toutes celles de ses chrétiens leur sont nécessaires pour leur salut, elles sont toutes au contraire de services librement rendus par amour et
pour l'édification d'autrui.
Garnier Glammarion 1992
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Notes :
<<Toute la théologie de
Luther est dominée par un dualisme analogue au dualisme platonicien du monde empirique et du monde des idées, et dont le dualisme anthropologique de l'homme extérieur et de l'homme
intérieur est un des exemples les plus remarquables. Au-delà de ce dualisme anthropologique apparaît, chez Luther, un dualisme universel, celui de Dieu et du monde divin et éternel
d'une part, du monde d'ici-bas, extérieur et corporel de l'autre. (...) La connaissance de Dieu est double, générale et propre. >>
Thébald Süss, Luther, P.U.F, 1969
<<Si Luther n'avait pas rencontré le scandale sur sa route, il aurait probablement abouti à la même doctrine de la justification : celle-ci était mûre dès 1515, alors
qu'il n'avait prêté encore aucune attention aux turpitudes du haut clergé. Mais il n'aurait trouvé ensuite aucun engagement dans la révolte et dans le schisme : ni chez ses frères en
religion, ni dans la jeunesse étudiante, ni dans la noblesse allemande ; il n'aurait trouvé lui-même aucune gloire à s'obstiner ni aucune satisfaction à blasphémer. Si la
papauté de la Renaissance n'avait pas à se reprocher une responsabilité dans l'hérésie d'un homme, elle encourait par contre une responsabilité formidable dans le déchirement d'un peuple et
dans la dissolution de la chrétienté. >> .
Ivan Gobry, Martin Luther, Éditions de la Table Ronde, 1991
Par Cathou
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