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1533 - 1592
Une jeunesse dans la
tourmente
Michel de Montaigne naît le 28 février 1533 au château de Montaigne, troisième enfant d'une famille de notables bordelais son père, Pierre Eyquem, seigneur depuis 1519, le
confie dès l'âge de deux ans à un précepteur allemand qui ne lui parle que latin, de sorte qu'il doit, après six ans, apprendre le français comme une langue étrangère. En 1540, il entre au
collège de Guyenne puis à la faculté des Arts où il s'initie à la philosophie. Mais, en 1548, une révolte contre la gabelle - << La gabelle est une taxe sur le sel ayant existé en France au Moyen-Âge et à l' l'époque moderne. C'était alors l'une des
aides ou taxe indirecte>> - éclate à Bordeaux :
Montaigne poursuit ses études de droit à Toulouse. En 1554, il reprend la charge de son père, conseiller à la Cour des aides de Périgueux, ce dernier étant devenu maire de
Bordeaux au moment des guerres de religion. Élu trois ans plus tard au parlement de Bordeaux, Montaigne y fait la connaissance d'Étienne de La Boétie* à qui le
liera une amitié parfaite. Les troubles religieux s'aggravant, le parlement le charge d'une mission à Paris au retour de laquelle il a l'immense douleur de perdre La Boétie, le 18 août
1563.
* http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_de_La_Bo%C3%A9tie
La retraite et la rédaction des "Essais"
Alors commence pour Montaigne une période de repli et de méditation ; s'il se marie en 1565 avec Françoise de la Chassaigne, la disparition de son père trois ans plus tard et la
mort de cinq de ses enfants l'affectent et l'invitent à se retirer des affaires : en 1570, il vend sa charge au parlement de Bordeaux et commence, au plus fort des guerres civiles, en 1571, la
rédaction d'un ouvrage qui deviendra célèbre :" les Essais". Retiré dans sa <<librairie*>> - (voir ci-dessous) - , Montaigne lit les grands classiques de l' Antiquité : Plutarque devient son auteur favori, mais César ou
Sénèque le passionnent également. Toutefois, il ne compte pas refaire ce que d'autres ont déjà fait avant lui : il veut se décrire et se découvrir dans une æuvre à la limite entre la réflexion
philosophique, le journal intime, la rêverie et l'autobiographie. Aussi traite-t-il indifféremment de la cruauté et du sommeil, de son amour pour les livres et de sa haine du pédantisme, de
l'amitié et de la mort. Cette diversité du propos souligne la fantaisie et la générosité littéraire d'un auteur qui, tel Rabelais dont il était le lecteur, n'ennuie jamais.
*Il travaillait dans une tour ronde, qu'il nommait sa « librairie », où cet extraordinaire observateur des méandres de l'esprit de ses congénères fit graver en lettres de feu sur les solives du plafond le fruit de ses réflexions et de ses lectures, nous laissant une véritable leçon de sagesse et le testament d'un humanisme universel, dont l'influence est encore réelle de nos jours.
Outre les Essais, Montaigne a laissé un
précieux "Journal de voyage en Italie", de nombreuses lettres ainsi que les célèbres "Sentence"* peintes dans sa librairie . "Certes, c'
est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l' homme. Il est malaisé d'y fonder jugement constant et uniforme.".
Montaigne.
* http://www.philo5.com/Textes-references/Montaigne_SentencesLibrairie.htm
La maladie et le voyage
Après la première publication des Essais, en 1580, Montaigne entame une longue période de voyages et de cures : atteint de calculs rénaux-la fameuse "gravelle" qui le fait tant souffrir - il se rend en
Allemagne et en Suisse. De Baden, i! descend vers le Tyrol, passe en Italie, s'arrête à Padoue, à Venise, à Ferrare. En pèlerinage à Rome, i! apprend qu'i! est nommé maire de Bordeaux pour
deux ans, ce qui lui fait hâter son retour.
La maturité
politique
Ayant exercé ses fonctions de 1581 à 1583, Montaigne est réélu maire pour deux années : s'il ne parvient pas à éviter la guerre civile en Guyenne*, son crédit
est toutefois renforcé par la visite de l'héritier du trône, Henri de Navarre, qui séjourne chez lui pendant deux jours avec toute sa cour. Montaigne fait tous les
efforts possibles pour réconcilier ce dernier avec le maréchal de Matignon, gouverneur de guyenne pour Henri III. Les deux hommes se rencontrent le 12 juin 1585 et parviennent à s'entendre
grâce à Montaigne, qui réussit ainsi à protéger Bordeaux contre les pillages des Ligueurs emmenés par Vaillac, gouverneur de Château Trompette. Mais, ce premier ennemi évité, un
autre survient contre lequel nul ne peut lutter : en juin 1585, la peste se déclare à Bordeaux et gagne rapidement les alentours de la ville. Montaigne a la chance d'être
absent et se met à l'abri avec sa mère, sa femme et sa fille. Cette période de retraite forcée lui permet de lire des historiens, comme Quinte- Curce ou Tacite. Il compose alors le troisième
livre de ses "Essais".
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Guyenne
Les dernières années
En 1587, il reçoit à nouveau la visite du roi de Navarre. Montaigne songe à préparer une quatrième édition de ses "Essais" et se rend à Paris à cet effet, au
printemps 1588. Surpris par la journée des Barricades*, i! accompagne Henri III dans sa fuite vers Rouen. De retour à Paris le 10 juillet 1588, Montaigne est capturé par les
rebelles de la capitale et emprisonné quelques heures à la Bastille. Montaigne regagne ensuite sa "librairie" et retrouve ses lectures favorites : Hérodote, Tite-Live, Cicéron, Aristote et saint Augustin.
En juillet 1590, Henri IV lui écrit et l'invite à la Cour, mais Montaigne, malade, doit décliner l'offre royale. Il meurt subitement chez lui, le 13 septembre 1592, à l'âge
de 59 ans au cours d'une messe célébrée dans sa chapelle.
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Journ%C3%A9e_des_barricades_%281588%29
"Les Essais"
Un gentilhomme livre ses pensées et ses expériences, et dessine ainsi le
contours d'une sagesse.
"Essais" signifie "essais du jugement" mais
aussi "essais de la vie" expérience
..
"Toute cette fricassée que je barbouille ici n'est qu'un registre des
essais de ma vie" (Montaigne).
Le titre évoque la modestie de l'auteur mais aussi l'originalité de l'ouvrage.
En chaque homme,"la forme entière de l'humaine condition"
Âgé de trente-sept ans, Michel de Montaigne quitte ses fonctions de magistrat à Bordeaux et se retire dans sa propriété campagnarde. Durant les vingt-deux années qui le séparent
de sa mort, il consigne par écrit d'abord ses notes de lectures, ses commentaires, puis bientôt et surtout ses pensées, émaillées d'anecdotes tirées de l'expérience. Les réflexions que lui
suggère le monde contemporain trahissent un esprit critique et curieux. Cette acuité du regard, Montaigne la dirige aussi sur lui-même, et de cette analyse particulière il entend
tirer une plus grande connaissance de l'homme en général, car "chaque homme (...) porte en soi la forme entière de l'humaine condition".
"A sauts et à gambades"
Au fil des pages, se dégage une sagesse qui apparaît riche de mille nuances. Montaigne évoque la douleur et la mort pour suggérer qu'elles sont des créations de l'imagination que
l' on peut apprivoiser ; il parle aussi de la vieillesse qui l'attend et doucement le conduit à son terme. Ailleurs, il propose des règles de pratiques de vie : se laisser guider par
"mère Nature", savoir jouir pleinement de l'instant ; ailleurs encore, il confesse son amour de la vie. Mais suivre la nature, c'est aussi accepter ses limites ; "de
nos maladies, la plus sauvage, c'est mépriser notre être...". Au fil des pensées, c'est en quelque sorte l'idéal du "gentilhomme", presque de
l''honnête homme" qui s'esquisse, et ce gentilhomme a les traits de Michel de Montaigne, jamais absent de ses écrits. Les thèmes foisonnent, des plus futiles aux
plus essentiels : ainsi l'inconstance du monde et de l'homme, la faiblesse de l'homme mais aussi sa grandeur, la dénonciation de la torture et du colonialisme, l'éducation... pour ne citer que
quelques unes des matières qui "se tiennent toutes enchaînées les unes aux autres...". A la succession logique et construite des pensées,
Montaigne préfère "l'allure à sauts et à gambades" qui donne au style sa vivacité et à la lecture son attrait.
Les Essais (1572- 1588) sont marqués
par l' atmosphère d' intolérance que les guerres de Religion créaient alors dans le pays. A cette intolérance, Montaigne oppose la sagesse de l' honnête homme et le scepticisme du philosophe.
Extraits :
Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau
verger, si mes pensée se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette
solitude, et à moi.
Nature a maternellement observé cela, que les actions qu' elle nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses ; et nous conviez, non seulement par la raison, mais
aussi par l'appétit ; c' est injustice de corrompre ses règles. Quand je vois et César, et Alexandre, au plus épais de sa grande besogne, jouir si pleinement des plaisirs naturels et par
conséquent nécessaires et justes, je ne dis pas que ce soit relâcher son âme, je dis que c' est la roidir, soumettant par vigueur de courage à l' usage de la vie ordinaire ces violentes
occupations et laborieuses pensées, sages, s'ils eussent cru que c' était là leur ordinaire vacation, cette-ci l' extraordinaire. (...) Composer nos moeurs est notre office, non pas
composer des livres, et gagner, non pas des batailles et provinces, mais l' ordre et tranquillité à notre conduite. Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre, c' est de vivre à propos. Toutes autres
choses, régner, thésauriser, bâtir, n' en sont qu' appendicules et adminicules pour le p/us.
Essais, IlI, XIlI
Le peuple se trompe : on va bien plus facilement par les bouts, où l' extrémité sert de borne d'arrêt et de guide, que par voie, du milieu, large et ouverte, et selon l' art que selon nature,
mais aussi bien moins noblement aussi, et moins recommandablement. La grandeur de l'âme n' est pas tant tirer à mont et tirer avant, comme savoir se ranger et circonscrire. Elle tient
pour grand tout ce qui est assez, et montre sa hauteur à aimer mieux les choses moyennes que les éminentes. Il n' est rien si beau et légitime que de faire bien l' homme et dûment, ni science si
ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie ; et de nos maladies la plus sauvage c' est mépriser notre être...C' est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir
loyalement de son être. Nous cherchons d'autres conditions, pour
n' entendre l' usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne savoir quel il y fait. Si avons-nous beau monter sur des échasses, car sur des échasses encore faut-il marcher de nos
jambes...
Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modèle commun et humain, avec ordre, mais sans miracle et sans extravagance.
Essais, III, XIII
Notes
:
Les Essais se
composent de trois livres : les deux premiers furent rédigés à partir de 1572, et publiés en 1580. En 1588, parut une édition "augmentée d'un troisième livre et de six mille
additions aux deux premiers". Montaigne annota encore de manière abondante l'un des exemplaires de Bordeaux.
Quelques-unes des sentences inscrites sur les travées de la "librairie" de Montaigne :
"Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger."
Térence
Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses, non par les choses elle-mêmes.".
Epitecte
"Il est matelassier. Son rôle est de capitonner les aspérités de la vie, de nous fournir des coussins pour amortir les
chocs du voyage. Il est le prince de cette suave école du sommeil qui donnera plus tard La Fontaine. Sans doute laisse-t-il de
côté certains jaillissements sublimes de l'âme, les folies, sacrifices, défis. Mais il évite aussi les férocités du fanatisme qui, dans notre faible nature, accompagnent souvent les galops des
certitudes."
Paul Guth
Montaigne a eu deux passions : la vérité
et la liberté. "Je festoie et caresse la vérité en quelque main que je la trouve, et m'y rend allègrement, et lui tend les armes vaincues, de loin que je la vois approcher.(...) Je suis si affadi
après (si ardemment épris de) la liberté que, qui me défendrait l'accès de quelque coins des Indes, j'en vivrai aucunement (quelque peu) plus mal à mon aise."
Montaigne


Sophocle





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