Partager l'article ! Fin XVI / XVII ème / William Shakespeare / Roméo et Juliette / Richard III / Les Sonnets / La Tempête: 1564 - 1616 William Shake ...
1564 - 1616
William Shakespeare naît le 23
avril 1564 (baptisé le 26) à Stratford-sur-Avon dans le Warwickshire. Sa mère, Mary Arden, est issue d’une famille de propriétaires terriens ; son père, John Shakespeare, riche commerçant de la
corporation des pelletiers et gantiers jouit de suffisamment de biens et de renommée pour prétendre aux affaires publiques (promu bailli de Stratford en 1568).
William, le troisième de huit enfants, est éduqué à la Grammar School de Stratford jusqu’en 1577 quand son père, en proie à de très sérieux embarras financiers, l’en retire pour le placer en
apprentissage. Les années qui suivent sont mal connues mais doivent avoir été des années de gêne, sinon de grande pauvreté. Différentes hypothèses ont été avancées quant à ses occupations
d’adolescent : enfant de chœur, fréquentation de la noblesse, page, serveur de bière dans un cabaret sont des hypothèses souvent avancées. Le 27 novembre 1582, à l’âge de dix-huit ans, William
épouse Anne Hathaway, de huit ans son aînée. Au cours des trois années qui suivent, ils ont trois enfants, dont les jumeaux Hamnet et Judith en 1585.
On ignore comment et où il vit avant 1592. Une tradition rapporte qu’il s’essaye comme maître d’école à la campagne et il est possible que Shakespeare écrit ses premières pièces pour des compagnies de province. En 1587, pour des raisons qu’on ignore, il se rend à Londres où il devient acteur.
La première date marquante de sa carrière littéraire semble être 1591 avec la pièce
"Henri VI". En 1592, il réside à Londres, où il a déjà fait passablement parler de lui en tant qu’acteur et dramaturge, comme en attestent des allusions de l’époque. Il séjourne
peut-être en Italie en 1592 et 1594, années de la désorganisation du théâtre londonien causée par la peste.
En 1593, il publie le poème "Venus et Adonis", dédié au Comte de Southampton. A partir de cette date et jusqu’en 1611, selon les uns, ou 1613, selon les autres, Shakespeare ne cesse de produire : 36 pièces, 2 longs poèmes, 154 sonnets. Il connaît succès et fortune et achète maisons et terres à Stratford et à Londres, fait le commerce de blé et de malts et passe plusieurs heures par jour dans les tavernes à boire et banqueter avec des compagnons de bohème, acteurs ou auteurs.
En août 1596, mort de Hamnet, unique fils du poète, âgé de onze ans. En 1599, sa compagnie
théâtrale ouvre un théâtre baptisé « The Globe » en référence à celui qu’Hercule porte sur son dos.
1601, l’année où Hamlet est écrit, est marquée par deux faits très importants pour Shakespeare : la mort de son père et, à la suite de l’échec de la rébellion du
Comte d’Essex dont il était le lieutenant, l’emprisonnement du Comte de Southampton, généreux promoteur et ami de Shakespeare. Shakespeare avait prêté main forte au complot en
acceptant de réciter Richard II la veille du jour où éclata la révolte. Le parti d’Essex compara la reine à Richard, la scène de la déposition du roi devant déclencher celle
d’Elisabeth. La compagnie ne fut cependant pas inquiétée lors de la découverte du complot. A partir de cette année-là, le ton des pièces devient grave, triste et amer.
En 1609, la mère de Shakespeare meurt. C’est aussi l’année de publication de
ses "Sonnets". En 1610, las de la ville et du monde, il se retire à Stratford et ne quittera plus le Warwickshire que pour de rapides incursions dans la capitale.
Il semble que Shakespeare traverse une crise religieuse sur la fin de sa vie, et l’inspiration de ses derniers drames est parfois considérée comme chrétienne. De janvier à mars
1616 il rédige un testament avant de s‘éteindre le 23 avril, jour de son 52e anniversaire. On l’enterre le 25 avril à l’église de la Trinité.
(site Online)
I) Roméo et Juliette
Cet amour passe pour une transgression obligées des normes. Parce qu'il concrétise la pureté et la beauté par rapport au monde de référence, qui est de haine et de calcul, cet amour ne peut être licite.
Un amour impossible
Roméo Montaigu et Juliette Capulet sont les enfants de deux nobles familles de Vérone qui se vouent une haine immémoriale et dont les rixes quotidiennes ensanglantent les rues. Roméo s'éprend de Juliette à un bal donné chez les Capulet ; elle aussi tombe éperdument amoureuse de lui. Mais il doit prendre de grands risques en s'introduisant ce soir-là jusque sous son balcon. Ils projettent de se faire marier le lendemain par le moine Laurent, grâce à la complicité de la nourrice de Juliette. Or Tybalt, cousin de cette demière, tue en duel Mercutio, l'ami de Roméo, alors que celui-ci tentait de les raisonner. Il s'emporte contre le meurtrier qu'il tue à son tour. Juliette pleure Roméo exilé à Mantoue pour son délit, mais ses parents, croyant la distraire de la mort de Tybalt, décident de la marier au jeune comte Pâris. Frère Laurent donne à Juliette une potion qui doit la laisser comme morte. Roméo arrive à son caveau avant qu'elle ne s'éveille et, la croyant morte, se suicide. Enfin libérée de sa drogue, elle se poignarde en découvrant le cadavre de son mari. Ce drame réconcilie les deux familles.
Aimer ou se couper du monde
Le monde de l'amour est ici présenté comme un univers de rêve, mais dont la cohérence souffre de celle du quotidien. Dans ce demier monde, les choses sont hostiles, contrecarrent sans arrêt l'épanouissement sentimental : la violence écarte de sa bien-aimée Roméo, qui est amené à tuer son cousin, puis la loi exige l'exil de l'amant loin de Juliette, enfin le père veut contraindre sa fille à trahir son serment à Roméo en épousant Pâris, et jusqu'à la nature elle-même qui, par une épidémie de peste, retarde le messager qui aurait révélé à Roméo que Juliette n'était qu'endormie, et qu'il lui suffisait d'attendre son réveil. Roméo et Juliette décrivent avec une grande vérité les tourments de l' amour passion, à tel point que ce drame est presque devenu un mythe, une réalité tellement universelle que chaque homme s'y retrouve, et s'y réfère donc, sans même souvent savoir qu'il s'agit d'une tragédie de Shakespeare.
Extraits :
Juliette découvre Roméo sous son balcon
JULIETTE-. Quel homme es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret ?
ROMÉO-. Je ne sais par quel nom t' indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même,
parce qu'il est pour toi un ennemi : si je l'avais écrit là, j' en déchirerais les lettres.
JULIETTE.- Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j' en
reconnais le son.
N' es-tu pas Roméo et un Montague ?
ROMÉO-. Ni l'un ni l'autre, belle vierge, si tu détestes l'un et l'autre.
JULIETTE-. Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? Les murs du jardin sont hauts et difficiles
à gravir.
Considère qui tu es : ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici.
ROMÉO. - J' ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour : car les limites de pierre ne sauraient
arrêter l'amour, et ce que l' amour peut faire, l' amour ose le tenter ; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.
JULIETTE- .S' ils te voient, ils te tueront.
(Acte U, scène 2)
Le prince de Vérone apostrophe les pères des deux amants défunts
LE PRINCE-. (...) Où sont ces ennemis ? Capulet, Montaigu, voyez quel châtiment s' abat sur votre querelle
et comment par l'amour le ciel a trouvé le moyen de tuer votre bonheur. Moi aussi, pour avoir fermé les yeux sur vos discordes, j' ai perdu deux parents. Nous sommes tous punis.
CAPULET. Mon frère Montaigu, donnez-moi votre main. C' est le douaire de ma fille je ne puis demander rien
de plus.
MONTAGUE- .Je puis vous donner plus.. Je vais élever à Juliette une statue d' or pur ; Vérone par son nom
sera connue
et nulle figure ne sera estimée plus haut que celle de la pure et fidèle Juliette.
CAPULET- .Aussi éclatante sera celle de Roméo couché près de sa dame. Pauvres victimes de notre intimité
!
LE PRINCE.- Ce matin nous apporte une paix bien sombre .. le soleil attristé ne montre point sa tête. Partez, nous reparlerons de ces infortunes. Les uns seront pardonnés, d' autres seront punis, jamais il n' y eut d' histoire plus lamentable que celle de Juliette et de son Roméo.
(Acte V, scène 3)
Traduit de l'anglais par Victor Hugo. Gamier-Flammarion, 1964
Ton aspect d' homme, auquel obéit tout aspect,
Des hommes ravit l' oeil, des femmes l' âme étonne.
Et c' est femme d' abord que Nature te fit,
Mais en te façonnant s' éprit de son ouvrage,
Et par addition de toi me déconfit,
En t' ajoutant un rien à mes fins sans usage :
Armé pour le plaisir des femmes, fais donc mien
Ton amour, et du fruit de ton amour leur bien.
Il exprime son dépit face à la trahison de son ami avec sa
maîtresse
Qu' elle soit tienne, ami, n' est point tout mon regret ;
Je l' aimais chèrement, pourtant, on le peut dire.
(...)En te laissant l' aimer par amour pour moi-même.
Je l' aime et, te perdant, te perds à son profit :
Si je la perds, c' est toi, mon ami, qui la trouves.
En se trouvant tous deux, tous deux me sont ravis
Et pour l' amour de moi de cette croix m' éprouvent.
Mais bonheur ! mon ami n' est qu' un avec moi-même :
o douce illusion ! c' est donc moi seul qu' elle aime.
Le poète évoque le pouvoir destructeur du temps
Lorsque je vois du Temps la dure main défaire
D' un riche âge passé l' orgueil enseveli ;
Lorsque je vois raser des tours jadis altières,
Et l' airain immortel à la mort asservi ;
(. . .) Lorsque je vois ainsi fortunes échangées
Ou fortunes déchoir pour s' abÎmer un jour,
La ruine me fait ruminer la pensée
Que le Temps doit venir m' arracher mon amour,
Et ce m' est comme mort, et je n' ai de pouvoir
Que de craindre ta perte, et pleurer de t' avoir.
Il dénonce son attachement à sa maîtresse indigne
De quel pouvoir tiens-tu cette puissance extrême
De gouverner mon coeur même par tes défauts,
Qui me fait démentir l' aveu de mes yeux même,
Et jurer que soleil ne rend le jour plus beau ?
(...) Bien que j' aime chez toi ce que d' autres abhorrent,
Tu ne dois pour autant avec eux m' abhorrer :
Si ton indignité fit naître amour en moi,
D' autant plus digne suis, lors, d' être aimé de toi.
Traduit par Jean Fuzier, Éditions Jean Fuzier, Collection U2 Colin, 1970
IV) La Tempête
La distinction entre tragédie et comédie chez
Shakespeare, tient à deux visions opposées du monde. D'un côté, un monde déchiré, chaotique, celui de l'irréconciabilité du héros avec la mort ; de l'autre, un monde ordonné et
harmonieux, où la mort est pleinement acceptée comme le destin de chaque homme.
Un duc en exil sur une île déserte, soucieux de finir sa vie en paix, use de sortilèges pour y faire venir ses ennemis. Après les avoir mis à l'épreuve, il se réconcilie définitivement avec eux.
Une comédie de la
réconciliation
Shakespeare a toujours été en conflit avec le monde. Ses terribles
tragédies, notamment, ont servi à exprimer ce profond malaise. En 1611, pourtant (cinq ans avant sa mort), il décide de quitter le théâtre
dans la sérénité. C'est "La Tempête" qui scelle cet dieu aux planches, et c'est pourquoi beaucoup voient dans cette
comédie de la réconciliation, le véritable testament du grand dramaturge anglais.
L'histoire d'un pardon
Prospero, duc légitime de Milan, s'est vu usurper son trône par son frère Antonio, avec l'aide du roi de Naples, Alonso. Réfugié sur une île avec sa fille Miranda, il a appris à commander aux
éléments naturels, et il est devenu le maître de son nouvel univers. Grâce aux fidèles services de l'esprit Ariel, il est en mesure de réaliser un curieux stratagème, alors que le navire de ses
ennemis vient de passer par hasard au large de son île : il ordonne à Ariel de provoquer une tempête, qui fait échouer le bateau sur la côte, puis il disperse les occupants en trois
groupes. Le premier est seulement composé de Ferdinand, le fils du roi de Naples ; le second comprend Antonio, Alonso et toute une suite de nobles ; le troisième groupe enfin, parodie des deux
autres, est formé d'un bouffon et d'un ivrogne aux prises avec Caliban, un indigène bestial.
Prospero, qui cherche la paix intérieur, veut se réconcilier avec ses ennemis. Pour cela, il soumet chaque groupe à des épreuves particulières : Ferdinand, qui a rencontré Miranda et en tombé
amoureux, doit exécuter des tâches humiliantes pour éprouver son amour ; Alonso et Antonio, poursuivis par des spectres, se jettent dans le repentir ; quant au trio ridicule, qui projetait
d'attaquer Prospero, il est mis en fuite par une meute de chiens. Tous sont finalement réunis devant Prospero, qui accorde son pardon à chacun, scellant cette réconciliation par le mariage de
Ferdinand et de Miranda.
Extraits :
La source essentielle de "La Tempête" est à chercher dans les détails recueillis sur le naufrage de sir George Somers aux Bermudes (25 juin 1609) ; séparé de sa flotille par un
coup de vent, son navire aborda seul aux îles Bermudes, miraculeusement indemne et sans qu'un membre d'équipage soit porté manquant.
Notes
"En les lisant (les æuvres de Shakespeare), on se croit placé devant les volumes ouverts du destin, jouets d'un souffle orageux agités par les terribles tempêtes de la vie qui en bouleversent
sans cesse les feuilllets. Tous les pressentiments que j'aie jamais eus sur le genre humain et ses destinées et qui, dès ma jeunesse, m'accompagnèrent inaperçus, je les trouve exprimés et
développés dans Shakespeare."
Goethe
"Caliban sert le peuple. Voyez-le agir et jugez-le. Comme le peuple, il adore tout ce qui flatte les sens, il se prosterne devant un matelot qui lui fait boire du vin, il admire le courage brutal
de Stefano, il déteste le maître qui le gouverne justement."
Kreyssig
"La Tempête couronne la carrière du poète. Arrivé là, Shakespeare dit adieu au monde ; comme son héros, il brise sa baguette magique, et, jeune encore, mais plein
de modération, il se réfugie dans la solitude de Stratford-sur-Avon, afin de s'y recueillir quelques années et de se préparer à la lutte suprême."
A. Mézières
"La Tempête est classée parmi les comédies. On voit bien pourquoi ; mais on voit aussi quelle part restreinte elle fait au comique. (...) C'est le climat souriant d'illusions et de mirages qui
est le véritable climat de la comédie shakespearienne."
J. J.Mayoux


Sophocle





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