Mercredi 19 août 2009
3
19
/08
/Août
/2009
15:16
1431 - ?
La renommée de Villon ne se fonde guère que sur deux ou trois cents vers, parmi
les trois mille à peine
qui nous restent de lui : quelques poignantes réussites, au milieu d'un fatras encore (gothique) et obscur.
De la terne et monotone pesanteur du discours testamentaire que le poète parodie assez lourdement se dé-
tachent des chants pleins et purs qui s'envolent (comme, à la même époque, les parfaits rondeaux de Charles
d'Orléans) pour annoncer la renaissance lyrique du siècle suivant.
Le truand pathétique
Villon doit aussi sa célébrité à son personnage et à sa vie qu'on devine, d'après les allusions souvent ambiguës de l'æuvre, et les traditions douteuses conservées par les premiers éditeurs,
truculente et haute en couleur ; les archives judiciaires attestent qu'elle fut dangereuse et frôla le gibet.
On ignore jusqu'au véritable nom du poète : les documents de justice conservés l'appellent François de Montcorbier ou des Loges. Né à Paris en 1431, dans une humble famille, bientôt orphelin
de père., il est recueilli et élevé par Guillaume de Villon, chapelain de Saint-Benoît le Bétourné, qu'il nomme "son plus que père" et dont il emprunte le nom : il se mêle ainsi dès
l'enfance aux turbulents "escholiers" du pays latin.
Reçu "maître ès arts'" en 1452, après des études à la Sorbonne, il semble préférer les séductions d'une vie
estudiantine prolongée à l'ennui d'un établissement respectable. Impliqué en 1455 dans le meurtre d'un prêtre, il doit quitter Paris pour n'y revenir que grâce à des lettres de rémission qui lui
reconnaissent l'excuse de la légitime défense. Mais à la fin de l'année 1456, à la suite d'un vol au Collège de Navarre, il s'enfuit à nouveau, après avoir composé le Lais. Une vie errante
et obscure commence : Angers, Bourges, Blois où la protection de Charles d'Orléans lui assure un asile, Meung-sur-Loire où l'évêque d'Orléans l'emprisonne, avant que Louis XI ne le grâcie lors de
son passage dans la ville. Le poète rentre à Paris à la fin de 146 : il y écrit "Testament", connaît encore la prison, et, pour participation à une rixe, est condamné à la
pendaison. Aux Portes de la mort, il crie son angoisse dans la "Ballade des Pendus". Le Parlement, cependant, casse la sentence en janvier 1463, mais bannit de Paris pour dix ans ce mauvais
garçon par trop remuant. On ignore ce que devient alors Villon : connut-il la potence ? Se "rangea"-t-il ? Faut-il croire Rabelais qui nous le montre retiré , "à Saint Maixent en
Poitou sous la faveur d'un homme de bien, abbé du dit lieu."
Truand récidiviste, assassin, pillard et paillard, menteur et voleur, clerc déclassé mêlant des lambeaux
de science aux cris du ruisseau, des élans de piété, de tendresse et d'amitié à la menace, à l'obscénité ou à
l'injure, Villon nous apparaît comme une personnalité agitée de pulsions violentes qu'aucune solide conscience ne réprime ou ne sublime ; il se confesse humblement
:
Je suis pécheur, je le sais bien ;
Pourtant ne veut pas Dieu ma mort...
A ces bonnes résolutions se heurte la soif de jouissance, et un idéal tout païen : connaître une dame
accueillante,
Blanche, tendre, polie et attintée,
Boire hypocras, à jour et à nuitée,
Rire, jouer, mignonner et baiser,
Et nu à nu pour mieux des corps s'aiser.
I) La Ballade
des Pendus
Voici "l' ÉPITAPHE VILLON", le chef-d'æuvre du poète. VILLON, condamné à mort, s'attend à être pendu alors, du fond de son angoisse, s'élève cette
marche funèbre, ce "De profundis" au rythme obsédant. Ce n'est plus le vivant qui parle, mais le mort qu'il sera demain, avec ses frères du gibet. La vision, dans son réalisme, nous fait
frissonner et nous entendons retentir en nous cet appel d'outre-tombe. La sentence fut annulée par le Parlement, mais VILLON disparaît complètement à cette date (1463). Ainsi LA
BALLADE DES PENDUS reste pour nous son "chant du cygne" :
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Si frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
À lui n'ayons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille
absoudre
Par Cathou
0
Derniers Commentaires