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Situation du roman au XII ème siècle
On sait que le XII ème siècle marque le premier grand essor de la littérature française. Dès le début du siècle, l'identité linguistique de la France commence à
s'illustrer plus indépendamment de la culture latine, et surtout ecclésiastique, des siècles précédents. Hétérogène, voire régionale, par ses dialectes, dont le picard, le normand, le
francien, le champenois. etc., dans le Nord et l'occitan dans le Sud, la littérature vernaculaire se répartit d'emblée en plusieurs catégories homogènes tant par leur matière que par leur
forme. Le récit hagiographique, la chanson de geste, et la poésie lyrique des troubadours témoignent tous et bien avant 1150 d'une volonté pleinement consciente d'adapter
l'expression littéraire à des fins non moins esthétiques que religieuses, politiques, ou sentimentales. Mais si l'on veut bien comprendre la naissance d'une harmonie déjà classique entre langue
littéraire, technique poétique, et conscience sociale, il faut tenir compte du surgissement, vers 1130, d'un genre qui jouira d'une vogue extraordinaire pendant presque deux siècles, celui du
roman.
Primitivement, le mot roman désigne la traduction du latin en langue vulgaire, mais ce sens général fait place à la notion d'une oeuvre narrative en octosyllabes à rimes plates,
telle fragment du Roman d' Alexandre (1130) d'Albert de Pisançon. Viennent ensuite une série de trois oeuvres d'inspiration gréco-latine (1150-1165) : le Roman de Thèbes, Enéas (tous les
deux anonymes), et le Roman de Troie de Benoît de Sainte-More.
Dans ces romans d'antiquité, les sujets épiques empruntés aux Anciens s'enrichissent d'un exotisme voulu, et aux exploits guerriers typiques d'un Enéas ou d'un Hector s'ajoute une nouvelle
préoccupation, celle du
couple amoureux - Enéas et Lavine, Jason et Médée - aux prises avec la passion naissante.
De la même époque proviennent les romans d'inspiration celtique, répandue en France par les jongleurs bretons et gallois, la matière de Bretagne fournit à Béroul et à
Thomas la vaste histoire de Tristan, amant
de la reine Iseut, et à Marie de France les sujets de ses lais, qui sont de courtes nouvelles sentimentales, parfois légèrement teintées d'enchantement magique et féerique. Avec
l'appui d'une longue tradition érudite, le Roman de Brut (1155) de Wace, traduit de "l'Historia regum Britanniae (1137), pseudo-chronique de Geoffroi de Monmouth, met le monde arthurien à
la portée du public courtois pour la première fois. C'est cette même légende du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde qui deviendra le sujet par
excellence des romans courtois et qui fera le renom du plus grand romancier du XII ème siècle, Chretien de Troyes.
Un écrivain courtois
Chrétien de
Troyes, né à Troyes vers 1135 et mort vers 1183, fut un trouvère et poète français, considéré comme un des premiers auteurs de romans de chevalerie.
Comme son nom l'indique, Chretien était probablement originaire de Troyes, où il aurait fréquenté la cour
champenoise de Marie, fille du roi de France Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine. Vers 1159, Marie épouse le comte Henri Ier de Champagne et devient par la suite l'animatrice d'un centre
littéraire et intellectuel des plus brillants. C'est en effet à Marie, "Ma dame de Champagne", que Chretien attribue la matière et le sens d'un de ses romans,
"Le Chevalier à la charrette". Plus tard, sous le mécénat de Philippe d' Alsace. comte de Flandre (mort en 1191), il entreprend son dernier roman, " Le Conte du
Graal", qu'il n'achève pas avant sa mort. D'où les dates limites de 1159 et 1191 entre lesquelles se situe la majeure partie de son oeuvre.
Contemporain et des romanciers courtois émules de l' Antiquité et de ceux qui puisent dans les sources celtiques, Chretien se trouve au carrefour des deux traditions. D'après les
titres qu'il énumère dans le prologue de Cligès, son oeuvre de jeunesse comporte des imitations d'Ovide, dont deux contes adaptés des Métamorphoses, et des traductions de "l'Ars
amandi" et des "Remedia amoris", aussi bien qu'un conte du Roi Marc et d' Iseut la Blonde. emprunté à la matière de Bretagne. A part un "Philomela" inspiré des "Métamorphoses", aucun de ces
écrits ne nous est parvenu. En revanche, on lui attribue le conte non-arthurien de "Guillaume d' Angleterre", apparenté à la légende de saint-Eustache, et deux chansons d'amour dans le genre des trouvères lyriques. Quoique marginal, ce bilan révèle
chez Chretien une connaissance assez étendue des courants littéraires de son époque.
Perceval ou le conte du Graal
Perceval, jeune homme naif, vit avec sa mère au fond des bois. A cause de la mort de son mari et des deux ainés de Perceval, elle veut à tout prix lui épargner leur sort.
Mais Perceval rencontre par hasard des chevaliers de la Table Ronde et trouve sa vocation. Malgré les protestations de sa mère, il gagne la cour d'Arthur
et se fait chevalier par une série d'épreuves prodigieuses. Pendant ses errances, il passe une nuit au chateau d'un roi infirme et assiste à un cortège mystérieux. Par peur de sembler
encore naif, il n'interroge pas son hôte sur la lance qui saigne et le "Graal" - une sorte de vase - qu'il voit défiler devant lui. Le lendemain il se trouve seul au château. Au
départ, il apprend que sa mère est morte de chagrin lorsqu'il l'a quittée. Chez Arthur, une laide demoiselle lui reproche son silence au chateau du Graal. Par conséquent, le roi restera
infirme, son royaume sera dévasté, et ses sujets subiront les pires malheurs. Avant d'expier ses fautes, Perceval passe cinq années en quête du Graal. Un vendredi Saint, un
ermite - son oncle maternel - lui explique que le péché envers sa mère lui "trancha la langue" au château du
Graal. En fait, le roi infirme est le cousin de Perceval, et le père de celui-là -lui aussi oncle maternel de Perceval - se nourrit d'une seule hostie portée dans le Graal.
Maintenant pénitent, Perceval écoute la lecon de piété et de charité et communie le jour de Pâques. S 'ensuivent les aventures de Gauvain, mais le roman, inachevé, ne reprendra
pas celles de Perceval.
Extrait :


Sophocle





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