Partager l'article ! Moyen-Age / Le Roman de Renart: Toujours lu, ce recueil de contes d'animaux mérite une attention particulière, par sa genèse, par la ...
Toujours lu, ce recueil de contes d'animaux mérite une attention particulière,
par sa genèse, par la richesse des renseignements donnés sur la mentalité médiévale et par sa modernité. Il connut une telle célébrité que des moines, dit-on, préféraient sa lecture à celle de
leur bréviaire ; son succès enfin influa sur la langue française : le nom propre du malicieux goupil appelé Renart est devenu nom commun.
Une æuvre personnelle puisée aux sources populaires
Sous le titre de Roman de Renart se cache non point une oeuvre romanesque due à un auteur unique mais un vaste cycle constitué d'une pluralité de "branches"
(récits en vers) composées à différentes époque par des poètes plus ou moins doués. Dans toutes ces histoires, sur un mode majeur ou mineur, se retrouve le thème de la faim ; la lutte pour la vie
justifie bien des comportements. Le goupil joue un rôle de premier plan dans cette épopée animale : vaincu souvent par des êtres plus faibles que lui, comme la mésange, il triomphe des plus
forts, tel Ysengrin le loup, dont la force n'a d'égale que sa bêtise. Malgré ces points communs, chaque récit porte la marque de son auteur.
Une trentaine d'auteurs ou presque, ont composé ces récits ; on n'en connaît que trois : le prêtre de la Croix-en-Brie, Pierre de Saint-Cloud qui écrivit les deux branches les plus anciennes
autour de 1175, et Richard de Lison.Tous ces poètes, des clercs lettrés qui se distinguaient par leur personnalité, leur ta1ent, leur art, ne jetaient pas le même regard sur la société
contemporaine. D'où la variété de leurs oeuvres littéraires : aux récits enjoués et malicieux, destinés avant tout à faire rire, succéderont des textes plus moralisateurs et satiriques.
Le Roman de Renart, pour reprendre les propos de L. Sudre, a été "comme une de ces vastes cathédrales du temps, péniblement édifiée, où chaque architecte aurait
laissé la marque de son style favori et chaque génération l'empreinte de son caractère".
Production très personnelle d'artistes conscients, Le Roman de Renart reste tributaire et du folklore et de sources littéraires. Nos auteurs ont dû puiser leur matière dans les
légendes populaires ; on retrouve des motifs semblables dans les folklores français, germains, celtes et orientaux. L'ours Brun, qui laisse un morceau de son museau dans un arbre à demi fendu,
rappelle le singe du Panchatantra (fables écrit en sanskrit au IV ème siècle en Inde) dont les testicules connurent la même mésaventure. Mais la prudence s'impose avant de parler d'influence,
d'emprunt.
Beaucoup plus que de la tradition orale, nos clercs ont subi l'influence d'oeuvres littéraires, telles que les fables antiques de Phèdre et d'Ésope, des oeuvres médiévales en latin, comme
l'Ysengrimus du Flammand Nivard et de la littérature française, chansons épiques et romans courtois, qu'ils s'amusèrent souvent à parodier.
Curieux par sa genèse, ce roman protéiforme, en dépit des sources auxquelles il se rattache, reste fruit de créations individuelles.


Sophocle





Derniers Commentaires