Partager l'article ! Fin XVIII ème et XIX ème / Stendhal / Le rouge et le noir: Le Rouge et le Noir : Julien Sorel, jeune précepteur dévoré d'ambit ...
Le Rouge et le Noir :
Julien Sorel, jeune précepteur dévoré d'ambition, séduit deux femmes de l'aristocratie et meurt sur l'échafaud pour avoir
tenté de tuer sa première maîtresse.
Pour l' intrigue du roman, Stendhal s' inspire directement d'un fait divers dont le procès eut lieu en 1827 dans
l'Isère (son pays d'origine) et fut commenté dans la "Gazette des tribunaux.
Une ambition dévorante
De condition modeste, Julien Sorel, après avoir eu l'ambition de faire carrière dans l'armée, s'est résigné à entrer dans
les ordres, encouragé par le curé Chélan. A sa sortie du séminaire, il entre chez M. de Rênal, maire de la petite ville de Verrières dans le Doubs, comme précepteur de ses enfants. Julien voit
dans sa nouvelle situation une occasion d'élever sa condition sociale. Il est conquis par la belle et dévote Mme de Rênal qui devient amoureuse de lui. Cependant après quelque temps, M. de Rênal
reçoit une lettre anonyme, mais bien que ne croyant pas à ces racontars, il juge préférable de se séparer de Julien. Celui-ci part pour le grand séminaire de Besançon où il connaît de nombreuses
humiliations. Puis il devient le secrétaire du marquis de La Mole à Paris dont il conquiert vite l'estime et l'affection. Sa fille, Mathilde, va s'éprendre de Julien et veut l'épouser. Mais
entre-temps, M. de La Mole a écrit à Mme de Rênal ; la réponse de celle-ci accable Julien qui part pour Verrières et tire deux coups de pistolet sur Mme de Rênal. En prison, Julien apprend que
Mme de Rênal n'est pas morte mais ne cesse de s'accuser et attend la mort. Et malgré les efforts conjugués de Mathilde et de Mme de Rênal pour le sauver, Julien mourra sur l'échafaud.
Une critique de la société
"Le Rouge et le Noir" est la
chronique et la critique de la société française sous la Restauration, le roman de l'ambition et de l'énergie personnelles, et déjà de la lutte des classes. Le livre s'appelait d'abord
"Julien", et il est en effet dominé par l'inoubliable figure du jeune précepteur ambitieux. Publié en novembre 1830, ce roman si neuf, aigu, impitoyable, noir et fougueux à la
fois, se heurte à l'incompréhension générale malgré le soutien de quelques esprits lucides. Aujourd'hui, il est pourtant souvent jugé comme le chef-d'oeuvre incontestable de
Stendhal. Le jeu de Mme de Rênal et de Julien, de même que celui qui se déroule dans "La Chartreuse de Parme" entre Fabrice et Clélia Conti, s'enrichit des
descriptions d'un milieu social dans lequel s'égare une passion.
Extraits :
Julien vient de conquérir le coeur de Mme de Rênal
Mais, dans les moments les plus doux, victime d'un orgueil bizarre,
il prétendit encore jouer le rôle d' un homme accoutumé à subjuguer des femmes ; il fit des efforts d' attention incroyables pour gâter ce qu'il avait d' aimable. Au lieu d' être attentif
aux transports qu'il faisait naître, et aux remords qui en relevaient la vivacité, l'idée du devoir ne cessa jamais d' être présente à ses yeux. Il craignait un remords affreux et un ridicule
éternel, s' il s' écartait du modèle idéal qu' il se proposait de suivre.
***
Au séminaire, Julien se heurte à l'incompréhension
A la vérité, les actions importantes de sa vie étaient savamment conduites, mais il ne soignait pas les détails, et les habiles au séminaire ne regardent qu'aux détails. Aussi,
passait-il déjà parmi ses camarades pour un esprit fort. (...) A leurs yeux, il était convaincu de ce vice énorme, il pensait, il jugeait par lui-même, au lieu de suivre aveuglément l'autorité et
l'exemple. (...) Du moment que Julien se fut aperçu de sa folie, il ne s' ennuya plus. Il voulut connaître toute l'étendue du mal, et, à cet effet, sortit un peu de ce silence hautain et
obstiné avec lequel il repoussait ses camarades. Ce fut alors qu'on se vengea de lui. Ses avances furent accueillies par un mépris qui alla jusqu' à la dérision.
***
L'abbé Pirard fait à Julien ses dernières recommandations avant qu'il n'entre chez le marquis de La Mole
- A la bonne heure ; mais remarquez qu'il n'y a de fortune, pour un homme de notre robe, que par les grands seigneurs. Avec ce je ne
sais quoi d'indéfinissable, du moins pour moi, qu' il y a dans votre caractère, si vous ne faites pas fortune vous serez persécuté ; il n'y a pas de moyen terme pour vous. Ne vous abusez pas. Les
hommes voient qu'ils ne vous font pas plaisir en vous adressant la parole ; dans un pays social comme celui-ci, vous êtes voué au malheur, si vous n'arrivez pas aux respects.
L'arrivée de Julien au tribunal est remarquée
Quand tous les yeux qui cherchaient Julien s' aperçurent de sa présence, en le voyant occuper la place un peu élevée réservée à l' accusé,
il fut accueilli par un murmure d' étonnement et de tendre intérêt. On eût dit ce jour-là qu' il n' avait pas vingt ans : il était mis fort simplement, mais avec une grâce parfaite ; ses
cheveux et son front étaient charmants ; Mathilde avait voulu présider elle-même à sa toilette,la pâleur de Julien était extrême.
Éditions Garnier Frères, 1960
On a souvent interprété le titre "Le Rouge et le Noir" comme le symbole des deux voies possibles pour un tempérament
tel que celui de Julien Sorel : l' armée où il aurait pu réaliser ses espérances, et le clergé, seul endroit où la modestie de son origine lui permettait de jouer un rôle.
Notes :
<<Ceux qui se soucient au contraire de la vraisemblance des actions humaines, du ressort des grandes passions, de la logique
des caractères et du merveilleux spectacle d'une volonté qui sait triompher de difficultés en apparence invincibles, par le seul mérite de sa force, de sa souplesse et de son application
constante, ceux-là reconnaîtront en Stendhal, le maître le plus incontestable du roman moderne. >>
Henri Martineau. préface. op. cit.
<<Cette condamnation, cet étouffement de l'individualité nous font conclure que, telle que Stendhal nous la
présenté dans Le Rouge et le Noir, la société de la Restauration est essentiellement annihilante. (...) L'entrée en lice du héros, joueur créatif, donne des points de comparaison
et de contraste qui rendent cette condamnation de la société contemporaine encore plus convaincante.>>
John West Sooby, Stendhal : l' écrivain, la société, le pouvoir, de Philippe Bertier, Presses universitaires de Grenoble,
1984
<<Il y a dans Le Rouge une étude d'âmes, un roman psychologique ; il y a, si l'on veut, un roman romanesque
(...) ; il y a aussi un roman de moeurs, une étude sociale et politique qui est un élément d'intérêt de tout premier ordre.
>>-
Pierre Jourda, introduction du Rouge et le Noir, éditions Femand
Roches, 1929


Sophocle





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