Partager l'article ! Le Roman Historique / Scott - Manzoni - Dumas: On a souvent contesté qu'il puisse exister un roman historique. Car, dit-on, ou tout est vrai ...
On a souvent contesté qu'il puisse exister un roman
historique. Car, dit-on, ou tout est vrai dans l'oeuvre ainsi baptisée, et ce n'est plus du roman, ou il y entre une part de fiction et elle n'est plus historique. Sans doute devrait-on
parler, de manière plus précise, selon les cas, de roman sur un sujet historique ou l'histoire romancée. Mais l'usage a imposé la formule. Dans les faits, elle s'applique à deux
niveaux différents ; au plan général, au niveau de ce qu'on peut appeler un macro-genre, elle sert à désigner tout roman qui affiche ou entretient des rapports plus ou moins étroits avec
l'histoire, et on en trouve à toutes les époques de l'histoire littéraire ; d'un point de vue plus particulier, au niveau de ce qu'on peut appeler un micro-genre, l'expression désigne, avec plus
de justesse, une formule romanesque qui connut une vogue extraordinaire de 1815 à 1835, à la suite du succès européen des romans de Walter Scott. Ce roman
historique de l'époque romantique a donné naissance à des oeuvres
remarquables dans toutes les littératures, et a fortement marqué l' historien du roman européen. Nous nous bornerons ici à voir rapidement l'oeuvre de trois auteurs qui illustrent de façon
exemplaire, les possibilités, les limites et l'apport du roman historique au XIX ème siècle : Walter Scott, Alexandre Manzoni, Alexandre Dumas.
Walter Scott (1771-1832)
Walter Scott est né le 15 août 1771 à Edimbourg. Des problèmes de santé - une paralysie partielle qui le laissa boiteux - lui valent une enfance et une adolescence où de larges
séjours de repos, qu'il consacre à des lectures variées, alternent avec des périodes d'études qu'il mène consciencieusement. En juin 1792, il devient avocat, mais la littérature l'attire
davantage. Il réalise quelques traductions, puis de 1800 à 1813 il se fait un nom comme poète avec "Le Lai du dernier ménestrel" (1805) "Marmion" (1808),
"La Dame du lac" (1810) : il s'y montre particulièrement sensible aux moeurs et aux traditions de l'Écosse. Puis sans renoncer absolument à la poésie, il se
consacre à une production romanesque. Ses premiers romam "Waverley" (1814), "Guy Mannering" (1815), "L'Antiquaire" (1816), et trois séries de
Contes de mon hôte (1816 -1819) parmi lesquels "Les Puritains d'Écosse", "La Prison d'Edimbourg", "La Fiancée de
Lamermoor", traitent essentiellement de sujets écossais et connaissent un grand succès. Le romancier, qui se cache encore sous divers pseudonymes (il ne s'avouera publiquement l'auteur
de ses oeuvres romanesque qu'en 1827), entreprend alors de démontrer que la formule romanesque qu'il a élaborée peut s'appliquer à d'autres sujets que l'évocation des moeurs de son pays
natal. "Ivanhoé" (1819), dont le sujet est pris dans l'histoire d'Angleterre, "Quentin Durward" (1823), qui aborde l'histoire de France, "Les Contes des
croisades" ( Le Fiancé, Le Talisman 1825) lui valent un succès croissant dans toute l'Europe. Après 1826, de sérieuses difficultés financières, dues à la faillite d'un éditeur, le
condamnent à des travaux forcés littéraires : son oeuvre est alors abondante, fort mêlée, de qualité inégale. On peut en retenir la "Vie de Buonaparte" (1827) et
une "Histoire d'Écosse", dont la publication commence en 1829. Il meurt le 21 septembre 1832.
Walter Scott apparaît d'abord comme un poète, sensible au charme du passé, de la vie quotidienne du passé telle que, doué d'une vive imagination, il peut la reconstituer à partir
de ses recherches "d'antiquaire" attentif aux objets qui témoignent du passé, et de lettré amoureux des vieilles chroniques.
Ce charme du passé il entreprend de l'exprimer et de le faire goûter à ses contemporains. Mais il ne choisit pas d'abord la forme romanesque ; le roman est alors un genre décrié, qui n'a pas
droit de cité en littérature et qui ne saurait assurer à son auteur une véritable gloire littéraire ; de plus, le roman à sujet historique est, à la fin du XVIII ème siècle, particulièrement
méprisé : il est vrai qu'on se contente là, le plus souvent, de prêter des aventures sentimentales à des personnages dont l'histoire ne fournit guère que l'état-civil. Walter
Scoot choisit donc le genre traditionnel du "romance" poème narratif... Le succès d'estime qu'il obtient auprès des lettrés est vite limité par l'allure nouvelle que
donne à la poésie l'oeuvre de Byron ; mais, et cela compte pour cet homme qui aspire à ne vivre que pour la littérature et donc par la littérature, le succès commercial de ces
oeuvres n'est en rien comparable à celui que connaissent les "novels", et particulièrement les romans de moeurs contemporaines. Or, Walter Scott, grand lecteur
de romans, est bien plus sensible au charme de la peinture de la vie quotidienne qu'à l'intérêt que peut susciter une intrigue romanesque le plus souvent stéréotypée. Il imagine donc d'utiliser
la séduction du roman, d'écrire, selon la formule du roman réaliste de son temps, des romans dont le sujet serait la peine de la vie quotidienne du passé. Il crée ainsi une nouvelle formule du
roman, le roman historique, dans lequel l'histoire n'est plus un prétexte pour conter une aventure fictive ; au contraire, c'est l'intrigue romanesque, avec sa séduction,
qui devient le moyen de faire lire une évocation historique de la vie quotidienne du passé.
Ses premiers essais de 1814 à 1819 connaissent un grand succès en Écosse et en Angleterre : succès auprès des lecteurs, mais aussi auprès des lettrés, qui apprécient non seulement le charme mais
aussi l'authenticité de ces observations du passé. Il est vrai que ces premiers romans se situent dans un pays que Scott connaît bien, et dans un passé suffisamment proche pour que l'on
puisse sans grand peine en reconstituer la vie quotidienne. Mais l'on peut douter que la formule soit encore applicable si l'on s'éloigne dans l'espace et dans le temps, si l'on choisit un pays
et une époque pour lesquels il est infiniment plus difficile de reconstituer la vie quotidienne. "Ivanhoé", puis "Quentin Durward" sont des mises à l'épreuve de
la formule scottienne du roman historique. Scott se rend bien compte qu'il faut alors accorder plus de licence à l'auteur. Mais ces romans connaissent un extraordinaire
succès et assurent à Walter Scott une réputation européenne. Cependant, tandis qu'on s'évertue partout à l'imiter, Scott,contraint, lui, à produire vite, se rend
compte, avec ses romans des croisades en particulier, que sa formule est très exigeante, que ses oeuvres ne satisfont plus pleinement l'historien qu'il est devenu, et le romancier de l'histoire
d'Écosse termine, de manière très significative, sa carrière par une "Histoire d'Écosse". Il est vraisemblable que Scott eût adhéré, s'il avait vécu assez
longtemps pour les connaître, aux conclusions d'un de ses disciples italiens, Manzoni, qui, ayant consciemment expérimenté la formule du roman historique à la Walter
Scott, finit par estimer qu'il s'agit d'un genre impossible..
Alexandre Manzoni (1785-1873)
Alexandre Manzoni est né le 7 mars 1785 à Milan. Son enfance et son adolescence se passent dans divers collèges religieux, mais aussi dans le contexte de la révolution et des guerres
napoléonniennes.
Très jeune, il écrit des poèmes. En 1805, il vient à
Paris et y découvre les idées nouvelles en littérature ; puis, après son mariage, en 1808, il se convertit au catholicisme ; il écrit les "Hymnes sacrés" (1812-1817). En 1819, il
compose une tragédie historique, "Carmagnola" ; en 1820, il entreprend une seconde tragédie, "Adelchi", qu'il termine en 1822 et qu'il fait suivre de la
"Lettre à M. Chauvet sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie", écrite en français et manifeste important du romantisme. Depuis 1821, il a mis en chantier un roman
historique, sur le modèle de ceux de Walter Scott, "Fermo et Lucia", qui deviendra "Les Fiancés".
Le roman paraît en 1827, et Manzoni en entreprend aussitôt une révision linguistique, qui paraîtra en 1840 ; En 1842, il complète son roman par un appendice
historique, "Histoire de la colonne infâme". Et en 1850, il termine le "Discours sur le roman historique", dans lequel il tire la conclusion de la longue
expérience qu'il a faite du genre avec "Les Fiancés" : "le roman historique est un genre impossible". Après cette date, Manzoni, qui apparaît
comme l'une des grandes figures de la vie culturelle et nationale de l'Italie à la conquête de son unité, publie surtout des travaux érudits sur la langue italienne et la morale catholique. Il
meurt le 22 mai 1873.
La carrière de Manzoni, en contrepoint de celle de Walter Scott, est d 'une ligne exemplaire pour qui veut
comprendre le phénomène du roman historique à l'époque romantique. Ici aussi, nous avons un poète pris dans le mouvement romantique : séduit par les théories nouvelles et par les perspectives
qu'offre à la littérature le recours à l'histoire moderne et nationale, il tente successivement les deux formules du drame historique et du roman historique. Mais, marqué par une tradition
littéraire exigeante et part une foi catholique d'autant plus vive qu'il y est revenu après l'avoir reniée, il est très sensible aux limites du drame et du roman quand ils exploitent
l'histoire ; d'une part, la mise en scène théâtrale ou romanesque de
données
historiques oblige d'y mêler des éléments fictifs qui en altèrent la vérité ; d'autre part le cadre théâtral ou romanesque ne permet pas de développer avec la précision nécessaire les sujets
historiques.
Les Fiancés :
L’histoire se déroule en Lombardie entre 1628 et 1630, au temps de la
domination espagnole. On oblige Don Abbondio, curé d’un petit village sur le lac de Côme, à ne pas célébrer le mariage de Renzo Tramaglino et Lucia Mondella, dont s’est épris Don Rodrigo,
petit seigneur du coin. Contraints par les puissants du coin à quitter leur petit village, Lucia et sa mère Agnese, aidées par le frère Cristoforo, se réfugient au couvent de Monza, tandis que
Renzo se rend à Milan dans l’espoir d’obtenir gain de cause. Don Rodrigo fait alors enlever Lucia par l’ Innominato, un autre petit seigneur qui exécute sans scrupules
toute la sale besogne. Mais la vue de la jeune fille, si injustement tourmentée, et l’arrivée du cardinal Borromeo provoquent en lui une profonde crise de conscience : au lieu de mettre la
jeune fille dans les mains de Rodrigo, il la libère. Entre temps, Renzo est arrivé à Milan, alors que des émeutes éclatent partout dans la ville. Il est alors pris pour l’un des
chefs de file de ces émeutes et se voit obligé de fuir à Bergame. La Lombardie est déchirée par la guerre et la peste, mais Renzo retourne à Milan pour retrouver sa fiancée. Il retrouve
Lucia dans un dispensaire aux côtés du frère Cristoforo qui soigne les infirmes, parmi lesquels, abandonné de tous, se trouve Don Rodrigo mourant. Quand la peste est éradiquée,
après tant de vicissitudes, Renzo et Lucia peuvent enfin se marier.


Sophocle





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