Partager l'article ! XIX ème / Guy de Maupassant / Bel-Ami: 1850 - 1893 Guy de Maupassant, romancier français né au château de "Miromesnil" près de Diepp ...
1850 -
1893
Guy de Maupassant, romancier français né au château de "Miromesnil" près de Dieppe, fut profondément marqué par la désunion de ses parents, par une
adolescence fort libre en Normandie et par un dur
apprentissage littéraire sous
la direction de Flaubert. Chassé du séminaire d'Yvetot pour son rationalisme, il finit ses études au lycée de Rouen. Après 1871, il accepte, pour gagner sa vie, une place de commis dans un
ministère : à l'observation de ce milieux de bureaucrates, il joint celle des jeunes snobs, car il est solidement musclé, pratique le canotage et fréquente les "guinguettes" ou l'on s'amuse
sur les bord de la Seine. Entre 1871 et 1881, il compose des poèmes (Le Mur, Au bord de l'eau), mais surtout, il subit l'influence de FLAUBERT, ami d'enfance de
sa mère, qui l'entraîne à observer la réalité avec des yeux neufs, lui impose des exercices de style.
Il ne débuta guère qu'en 1880, avec "Boule-de-Suif". Dès lors, durant une douzaine d'années, il associa une vie mondaine et une vie littéraire bien remplies, exprimant dans
ses romans et ses nouvelles les thèmes constants de son inspiration : la solitude, l 'incompréhension, la cruauté. Les milieux ne changent guère : paysans normands, "viveurs", hobereaux
désabusés, Parisiens arrivistes (Bel Ami, 1885), petits bourgeois médiocres constituent un embryon de société. Pourtant, son réalisme, qu'il définit dans la préface de
"Pierre et Jean" (1888) n'est pas photographique, il tend à donner une vision du réel, "plus probante que la réalité même", donc plus personnelle. L'auteur est,
en effet, toujours présent, avec son regard amer et sarcastique, marqué par le pessimisme de Schopenhauer et n'échappant souvent à l'angoisse que par l'humour ou la gauloiserie, puis plus
tendre, prêt à accepter la vie sans illusion, partagé entre la pitié et I' horreur.
A mesure que le temps passe, une nouvelle forme d'angoisse se manifeste, liée à la montée de la folie chez Maupassant : hallucinations, dédoublement de la personnalité
(Le Horla, 1887) s'imposent tragiquement à lui, comme des signes prémonitoires du destin qui l'attend. Maupassant meurt le 6 Juillet 1893 à Passy de la
syphilis. Ecrivain d'une profonde vérité humaine, iI s'est borné à témoigner, sans beaucoup se soucier de théories littéraires, avec simplicité et avec force : double témoignage sur l'homme et
sur la société de son temps.
A voir le site ci-sessous sur Maupassant.
http://www.maupassantiana.fr
Bel Ami :
Dans le milieu pourri de la presse parisienne, sous la III ème République, un bellâtre sensuel et cynique exploite son pouvoir de
séduction sur les femmes pour grimper au faîte de I'échelle sociale et de la fortune.
En sus de la multitude des nouvelles qui ont fait sa renommée, Maupassant a écrit six romans, dont "Une vie (1883), Pierre et Jean
(1887). "Bel - Ami" (1885) est sans doute son ouvrage le plus nettement autobiographique. En 1885, Maupassant, grand reporter en Afrique du Nord, est à l'
apogée de ses succès féminins. A trente-cinq ans, il connaÎt une maturité précoce déjà guettée par la maladie et la folie.
D'une femme à I'autre
Georges Duroy rencontre un ancien camarade, Forestier, qui le fait engager dans le journal où il travaille : la Vie Française. C'est Mme Forestier qui écrira ses
premiers articles. Tout en poursuivant une liaison orageuse avec l'une des amies des Forestier, dont la fille Laurine l'a gratifié du surnom de Bel-Ami, il se fait introduire
chez Walter, le patron du journal, qui possède une épouse prude et distinguée et deux filles. Forestier tombe malade et meurt horriblement sous les yeux de Bel-Ami, venu
réconforter son épouse dans I'épreuve.
Bel-Ami obtient rapidement la main de la veuve et occupe la place de Forestier au journal. Il devient très influent tandis qu'il entreprend la conquête de Mme Walter. Puis
il la délaisse, rêvant à d'autres intrigues. Observant avec jalousie la réussite de Walter au cours d'une grandiose réception, il regrette de s'être marié et jette son dévolu sur l'une des filles
de Walter, l'inconsistante Suzanne, qui s'est éprise de lui. Alors, profitant d'un adultère de sa femme, il fait casser son mariage, enlève Suzanne pour la compromettre et obtient sa main de ses
parents désespérés. Ce mariage, sans amour, est pour lui une apothéose.
Réalisme cynique
Maupassant, étroitement guidé par Flaubert dans sa formation d'écrivain, illustre à sa manière I'esthétique
naturaliste : point de concession aux beaux sentiments ; il montre la vie et les gens tels qu'ils sont. La société est une jungle féroce où les forts et les malins se partagent le gâteau, où il
n'y a pas la place pour les faibles ; c'est l'univers de l'argent tout-puissant. Les gens y paraissent à son image, toujours intéressés, cupides, faibles devant le désir. Les femmes sont
incapables de résister au charme physique de Bel-Ami, qui est pourtant une ordure ; les hommes s'affrontent pour le pouvoir, la gloire, la fortune. Bel-Ami, ce
pur arriviste aux dents longues et au sourire avantageux est un parfait produit de cet univers désespérant dont Maupassant a brossé un tableau sans complaisance.
Extraits :
Les noires obsessions de la mort et du néant apparaissent dans ce roman pour assombrir davantage l'
histoire de cet homme sans morale el sans conscience.
Il en tenait une, enfin, une femme mariée ! une femme du monde ! du vrai monde, du monde parisien ! Comme ça avait été facile et inattendu !
(...) "Elle était grise, pensait-il ; demain, ce sera une autre chanson. J' aurai les larmes." Cette idée l'inquiéta, puis il se dit : "Ma foi, tant pis. Maintenant que je la tiens, je
saurai bien la garder."
Et, dans le mirage confus où s' égaraient ses espérances, espérances de grandeur, de succès, de renommée, de fortune et d' amour, il aperçut tout à coup, pareille à ces guirlandes de
figurantes qui se déroulent dans le ciel des apothéoses, une procession de femmes élégantes, riches, puissantes, qui passaient en souriant pour disparaître l' une après l' autre au fond du nuage
doré de ses rêves.
***
- (...) A votre âge, on est joyeux. On espère tant de choses, qui n' arrivent jamais d' ailleurs. Au mien, on n' attend plus rien... que la mort.
Duroy se mit à rire :
- Bigre, vous me donnez froid dans le dos.
Norbert de Varenne reprit :
- Non, vous ne me comprenez pas aujourd' hui, mais vous vous rappellerez plus tard ce que je vous dis en ce moment. II arrive un jour, voyez-vous, et il arrive de bonne heure pour beaucoup, où c'
est fini de rire comme on dit, parce que derrière tout ce qu'on regarde, c'est la mort qu'on aperçoit. (...) Oui, elle m' a émietté, la gueuse, elle a accompli doucement et terriblement la longue
destruction de mon être seconde par seconde. Et maintenant je me sens mourir en tout ce que je fais. Chaque pas m' approche d' elle, chaque mouvement, chaque souff!e hâte son odieuse besogne.
Respirer, dormir, boire, manger, travailler, rêver, tout ce que nous faisons, c' est mourir. Vivre enfin, c' est mourir.
***
(...) II ne voyait personne. II ne pensait qu' à lui. Lorsqu'il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui, Georges Duroy. Le
peuple de Paris le contemplait et l' enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la chambre des Députés. Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du
Palais-Bourbon. II descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point ; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux
éblouis par l' éclatant soleil flottait l' image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit.
Notes :
Maupassant s'est défendu d'avoir voulu critiquer la presse : "J'ai voulu simplement raconter la vie d'un aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons (synonyme de
côtoyer) chaque jour dans Paris, et qu'on rencontre dans toutes les professions existantes." "Est-il en réalité joumaliste ? Non. Je le prends au moment où il va se faire écuyer dans un manège.
Ce n' est pas la vocation qui l'a poussé. J'ai soin de dire qu'il ne sait rien, qu'il est simplement affamé d'argent et privé de conscience. Je montre dès les premières lignes qu'on a
devant soi une graine de gredin, qui va pousser dans le terrain où elle tombera. Ce terrain est un journal."
Guy de Maupassant, Gil Blas, 7 juillet 1885
"Nous reconnaissons dans tout cela (Bel-Ami) la manière dont les romanciers en général, et ceux de l'école de Flaubert en particulier, créent un personnage vivant et avec ce
qu'ils sont, et avec ce qu'ils redouteraient d'être si toutes leurs puissances se développaient librement, et même avec ce qu'ils haïraient d'être."
Albert Thibaudet, Réflexions sur la littérature, 1940
"Cette humanité d' avant Freud est décrite ici telle qu'elle se voit elle même, avec ses instincts élémentaires.
(...) Cette faune boulevardière des années quatre-vingt trafique des femmes et des influences ; les hommes jouent des coudes, se poussent, avec une espèce d'ignoble ingénuité."
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François Mauriac, le Figaro, 25 juillet 1947


Sophocle





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