Partager l'article ! XIX ème / Oscar Wilde: 1854 1900 Poète, romancier, auteur dramatique, Oscar Wilde connut tous les triomphes avant de ...
1854 1900
Poète, romancier, auteur dramatique, Oscar Wilde connut tous les triomphes avant de subir l'infamie d'un procès et la condamnation à la prison. C'est l'une des figures les plus
controversées de la littérature anglaise.
Robert Merle, auteur d' une thèse sur Oscar Wilde, donne dans la préface de sa biographie parue en 1948 et révisée en 1984 quelques précisions :
"Queensberry, qui nourrissait une haine démente contre les homosexuels n' avait guère de chance avec ses fils. Son cadet, lord Alfred Douglas, était le mignon de Wilde et son aîné,
Drumlanrig, le secrétaire plus que particulier du Premier Ministre, lord Roseberry".
<<Les dieux m'avaient presque tout donné>>
Né à Dublin le 16 Ocobre 1854, d'une famille d'origine hollandaise émigrée en lrlande au XVII ème siècle, Oscar
Wilde fut marqué par la personnalité de sa
mère, militante nationaliste et intellectuelle raffinée, qui lui donna le goût de la poésie. Son père, médecin anobli par la reine Victoria, vit sa fin assombrie par de fâcheuses opérations
financières qui contraignirent ses fils à gagner leur vie. Oscar gardera toujours la nostalgie des <<jours dorés >> passés à I'université d'Oxford, où il fut fortement
influencé par les théories sur I'esthétisme de Ruskin, alors professeur d'histoire de I'art et expert incontesté. Oscar, beau jeune homme brillamment doué, devient le centre d'un cercle
d'étudiants fascinés par sa conversation, ses extravagances vestimentaires et son dandysme. Après des voyages en ltalie et en Grèce, Wilde s'installe à Londres, où son charme et
ses talents de causeur lui ouvrent les portes de la haute société ; il puisera dans ce monde factice le décor et les personnages de ses pièces de théâtre. Ses débuts dans le journalisme et ses
premiers poèmes recueillent moins d'écho que ses mots d'esprit colportés de salon en salon. En débarquant aux États-Unis, où il va prononcer des conférences, il déclare à la douane :
<<Je n'ai rien à déclarer sauf mon génie >> ; lors d'un séjour à Paris, les milieux littéraires l' accueillent avec curiosité : il rencontre
Gide, Mallarmé. A 30 ans, Wilde épouse la discrète Constance Lloyd dont il aura deux fils. Il vit désormais de sa plume et publie nouvelles, poèmes et
contes. En 1891, année fertile, paraissent "Une Maison de grenades", "Le Crime de lord Arthur Saville", "lntentions" et "Le Portrait de Dorian
Gray".
<<Je traitais I'art comme la suprême réalité et la vie comme un simple mode de fiction>>
Son essai "lntentions", plaidoirie pour la liberté absolue de l' artiste dont le seul engagement réside dans la défense et l' illustration de la beauté, heurte de
front la prude société victorienne ; les critiques fustigent également I'amoralisme du "Portrait de Dorian Gray",* considéré aujourd'hui comme un chef-d' oeuvre. Ce conte
fantastique (le plus traduit des livres de Wilde) met en scène un héros qui garde miraculeusement sa jeunesse tandis que son portrait seul accuse le vieillissement des traits et la trace des
vices de son modèle. Aux attaques dont il est I'objet, le romancier rétorque : "Le puritanisme n'est jamais aussi nuisible que quand iI s'occupe des questons
d'art." Cinq ans plus tard, lors de son procès, Wilde récidive devant ses juges : "il n'existe pas de livre moral ou immoraI. Les livres sont bien
écrits ou mal écrits. Voilà tout." . Il va sans dire qu'iI situe ses oeuvres dans la première catégorie.
* www.republique-des-lettres.fr/642-oscar-wilde.php
"Tartuffe a
émigré en Angleterre et y a ouvert boutique"
A 40 ans, Wilde, dont les goûts en faveur
de son propre sexe sont définitivement ancrés, rencontre son mauvais génie en la personne de lord Alfred Douglas, (ci contre) séduisant rejeton d'une
iIIustre famille. Ses relations orageuses avec l'éphèbe défraient la chronique, tandis que ses comédies sont jouées à bureaux fermés. L' Angleterre salue la naissance d'un nouvel auteur
dramatique avec "L'Éventail de Lady Windermere" (1892), " Une Femme sans importance" (1893), "Un Mari idéal" 1894), "De l' importance d'
être constant" (1895) : intrigues et personnages conventionnels sont sauvés par un dialogue étincelant où abondent des aphorismes passés à l' état de proverbes : "L'
expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs" , "Le bonheur d'un homme marié dépend des femmes qu'iI n'a pas épousées"...
Le marquis de Queensberry, père de lord Douglas, décidé à arracher son fils à I'influence de I'écrivain, lui adresse un mot I'accusant de sodomie. Bien mal inspiré, Wilde
le poursuit en diffamation et, ce faisant, met le doigt dans I'engrenage qui va le broyer. Trois procès s'ensuivent qui passionnent et scandalisent la cour et la viIle. Les appuis dont jouissait
I'aristocrate auprès de I'establishment et les pressions indignes qu' iI exerce sur la justice eurent raison du poète. Déshonoré, déchu de ses droits paternels, ruiné, Wilde est
condamné à deux ans de travaux forcés.
" Un lieu où règne la douleur est terre sainte"
L' enfant de la renommée découvre à Reading, avec le régime féroce des prisons anglaises, I'humilité et la
vertu régénératrice de la souffrance. Il écrit à son amant une lettre déchirante où iI déplore leur "fatale amitié". "De profundis", dernière oeuvre en prose, ne paraîtra in
extenso qu'en 1960. C'est un homme brisé qui recouvre la liberté en 1897. Fuyant l' Angleterre où iI n'est plus rien, iI se réfugie en Normandie sous le nom de Sébastien Melmoth.
Il y compose une oeuvre qui révèle encore son génie, "La Ballade de la geôle de Reading" *, dont le leitmotiv est "Chacun de nous tue ce qu'il
aime". Le temps d'un voyage en Italie, iI renoue avec lord Douglas, cherche en vain du crédit et boit pour abréger ses jours. Il meurt d'une méningite, dans la misère à
Paris, le 30 Novembre 1900.
* www.larevuedesressources.org/spip.php?
Notes
<<Longtemps, le poète a été pour nous le Méphisto mauve et bouffi peint par Lautrec qui ricane du péché de Gide ; ainsi son nom reste le synonyme d'une inclination dont on ne pouvait parler
dans un milieu bourgeois. Comme la société qui a condamné le poète est en train de disparaître, la signification tragique ou obscène de ce nom s' efface lentement. Ce procès qui a rendu "l'
immentionnable mentionnable " [Max Beerbohm] a porté le premier coup au tabous victoriens ; après iI y a eu Freud et Lawrence. Il reste alors de
Wilde le souvenir d'un esprit cultivé et charmant, d'un comédien prodigieux, malheureusement tenté par la tragédie et, dans les pièces, l'écho d'une conversation
merveilleuse."
-Philippe Jullian, Oscar Wilde, Librairie Académique Perrin, 1967
"Toute la littérature traditionnelle de cette Angleterre spectacle et respectée, celle de Dickens, de Meredith, de Browning, de Tennyson, de Kipling, montrait une image conventionnelle de cette
société en pleine évolution. Wilde se trouvait en déséquilibre dans ce milieu et c' est ce déséquilibre qui le fit condamner, mais qui lui permit de s'aventurer, le premier, dans
ces régions inabordées, où Freud allait pénétrer bien plus tard, comme le font remarquer Jacques Bergier ou Guy Le Clech' h. C'est ce déséquilibre créatif qui donne à son oeuvre cette
profondeur, cet écho qui résonne encore aujourd'hui. Oui, plus que du génie, Wilde eut du talent."
-Jacques de Langlade, Oscar Wilde écrivain français, Stock, 1975


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