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1627 - 1704
L'ascension prodigieuse d'un esprit marquant de son siècle "moraliste", dont l'influence sur le monde
intellectuel ne s'est toujours pas démentie et dont l'oeuvre reste d'actualité.
Une vocation précoce
:
Né à Dijon, en 1627,
d'une famille de magistrat, JACQUES-BÉNIGNE BOSSUET reçut d'abord une éducation classique (latin et grec) au collège des Jésuites de sa ville natale. A 15 ans, il entre au
collège de Navarre, à Paris, où, pendant de longues années, il étudiera la philosophie et la théologie. Depuis l'âge de 8 ans, i! se destinait au sacerdoce, et ses dons oratoires
l'incitaient déjà à
recueillir, dans saint Thomas et les Pères de l'Église, tout ce
qui pouvait servir à la prédication. Néanmoins, il fréquenta quelque temps le monde, applaudissant CORNEILLE, écrivant des vers précieux, gratifiant l'Hôtel de Rambouillet d'un sermon improvisé à
onze heures du soir, ce qui aurait fait dire à VOITURE qu'il n'avait jamais ouï prêcher " ni si tôt ni si tard ". Mais, très vite, BOSSUET va rompre avec le siècle : ordonné sous-diacre à Langres (1648), il écrit, à 21 ans, une "Méditation sur la
Brièveté de la Vie" où s'annoncent déjà, pour le fond et parfois pour la forme, les variations sur la Mort qui feront la beauté de ses "Sermons" et de ses
"Oraisons Funèbres" ; la même année, il exprime, dans une "Méditation sur la félicité des saints" l'essentiel de ses idées sur le rôle de la Providence. Reçu
docteur en théologie, il est ordonné prêtre en 1652 : dès lors, l'histoire de sa vie se confond avec celle de ses activités d'homme d'Eglise.
Bossuet à Metz (1652 - 1659)
Archidiacre de
Sarrebourg (1652), puis de Metz (1654), il revient souvent à Paris pour assister, à Saint-Lazare, aux conférences de SAINT VINCENT DE PAUL sur la prédication : son éloquence,
tumultueuse à ses débuts (il s'adressait aux soldats et aux pauvres), devient plus simple et plus familière. Saint Vincent de Paul l'encourage également à développer les oeuvres charitables dans
Metz désolé par la guerre. Enfin, BOSSUET soutient une controverse courtoise avec les protestants, qu'il voudrait ramener dans le sein de l'Église : il publie, en 1655,
"la Réfutation du catéchisme de Paul Ferri", ministre protestant. Dans cette période de Metz, il a relu la Bible et les Pères, et noté sur des cahiers les passages les plus
frappants : c'est là qu'il puisera désormais les citations qui tiennent une si grande place dans son éloquence.
Sermons :
On divise l' oeuvre en deux périodes : "les Sermons de Metz " (1652-1658) et "les Sermons de Paris" (1659-1669). Il faut remarquer l' évolution du style de
Bossuet entre ces différents textes ainsi que le choix des sujets traités. Par ses nouvelles préoccupations, il participera à la naissance d' un grand mouvement de charité
mené par saint Vincent de Paul.
Prêches de toute une
vie
Pilier de l'oeuvre de Bossuet, "les Sermons" sont constitués des notes que Bossuet jetait sur un papier avant de
monter en chaire. Après 1669, Bossuet ne prononça plus de sermons qu'occasionnellement, sauf lorsqu'il se retira dans son diocèse de Meaux, période dont on ne possède presque
rien car le vieil orateur ne prenait plus de notes, se fiant seulement à son génie.
Ordonné prêtre, Bossuet se rend à Metz où il commence véritablement ses sermons. On considère généralement que les Sermons de Metz ne sont que des exercices
préliminaires qui ne présentent pas, loin s' en faut, le meilleur de l' oeuvre de Bossuet. Il faut attendre pour cela l'influence de saint Vincent de Paul qui, l'ayant appelé
auprès de lui à Paris, lui fera découvrir une éloquence simple et forte qui sera dorénavant l'apanage de Bossuet. Cette nouvelle éloquence s'illustre à travers le premier sermon
parisien : "Sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Eglise" (1659). Mais c'est surtout lors de son "Sermon sur le mauvais riche ou sur l'impénitence
finale" et de son "Sermon sur la providence" lors du carême de 1662 qu'il prêche au Louvre devant le roi et la cour que Bossuet révèle son talent et sa
puissance oratoire.
Bossuet, un précurseur social
Tout d'abord influencé par le Maître théologien Nicolas Cornet dont il prononcera plus tard l'oraison funèbre, Bossuet s'est préparé très jeune à la prédication. "Les
Sermons" sont l'expression d'une curiosité intellectuelle et d'un talent prodigieux. Bossuet a lu la Bible et les æuvres des pères de l'Église, de Tertullien, de saint
Thomas d'Aquin et de saint Augustin. Bossuet prêche en général devant un public mondain, et bientôt devant le roi et la cour lors des
carêmes et des avents, et traite des grands sujets sociaux, qui constituent les préoccupations quotidiennes du
peuple et les devoirs des riches et des puissants face aux pauvres et aux démunis.
Extraits :
Le Sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Église
est sans doute un des plus célèbres :
Dans cette maison des pauvres, dans cette assemblée qui se fait pour eux, on
ne peut rien méditer de plus convenable que ces vérités chrétiennes ; et comme les prédicateurs de l' Évangile son les véritables avocats des pauvres, je m' estimerai bien heureux de parler
aujourd' hui en leur faveur. Tout le ciel s' intéresse dans cette cause, et je ne doute pas, Chrétiens, que je n' obtienne facilement son secours par l'intercession de la sainte Vierge...
[Ave]
Encore que ce qu' a dit le Sauveur Jésus, que les premiers seront les derniers, et que les derniers seront les premiers, n' ait son entier accomplissement que dans la résurrection générale, ou
les justes, que le monde avait méprisé, rempliront les premières places, pendant qu les méchants et les impies, qui ont eu leur règne sur la terre, seront honteusement relégués aux ténèbres
extérieures ; toutefois ce renversement admirable des conditions humaines est déjà commencé dès cette vie, et nous en voyons les premiers traits dans l'institution de
l'Église.
***
Le Sermon du mauvais riche a sans doute été traité en 1662, après
une période de disette très dure pour les pauvres :
C' est pourquoi les hommes se trompent lorsque, trouvant leur conversion si pénible pendant la vie, ils s'imaginent que la mort aplanira ces difficultés, se persuadant peut-être qu'il leur sera
plus aisé de se changer, lorsque la nature altérée touchera de près à son changement dernier et irrémédiable. Car ils
devraient penser, au contraire, que la mort n'a pas un être distinct qui la sépare de la vie ; mais qu'elle n'est autre chose, sinon une vie qui s' achève.
***
On pense que le Sermon sur la Providence a été rédigé en 1665, au
moment du carême :
Ainsi nous devons entendre que cet univers, et particulièrement le genre humain, est le royaume de Dieu, que lui-même règle et gouverne selon des lois immuables ; et nous nous appliquerons
aujourd'hui à méditer les secrets de cette céleste politique qui régit toute la nature, et qui, enfermant dans son ordre l'universalité des choses humaines, ne dispose pas avec moins
d'égards les accidents inégaux qui mêlent la vie des particuliers que ces grands et mémorables événements qui décident de la fortune des empires.
Grand et admirable sujet, et digne de l'attention de la cour la plus auguste du monde ! Prêtez l'oreille, ô mortels, et apprenez de votre Dieu même les secrets par lesquels il vous gouverne (..
.).
Édition critique de l'abbé J. Lebarq, revue et augmentée par Ch. Urbain et E. Levesque,
Hachette et Cie, 1914
Notes :
De tout temps, les Sermons de
Bossuet ont fait naître l'admiration : <<Une particularité digne de notre attention, c'est l'accent personnel si prononcé dans la plupart de ces discours ; c'est, je ne dis pas
le ton de sincérité (il est de toutes les époques chez Bossuet), mais le ton d'enthousiasme, qui est surtout frappant au début de sa prédication. Manifestement il est ravi, au
lendemain de son ordination sacerdotale, d'être le ministre de la religion que Dieu même a instituée, d'être le héraut* d'une si belle et si sainte doctrine : c' est de tout son
cæur et de toutes les énergies de son âme qu'il est prêtre et prédicateur>>.
Gonzague Truc, Bossuet et le classicisme religieux, Denoël & Steel
<<L'étude de Bossuet est une nourriture substantielle : son langage expressif, abondant et fier est fait de
doctrine, d'idées fortes et de réflexions pénétrantes inspirées par un admirable bon sens. Aussi, est-il, de tous les maîtres du dix-septième siècle, celui qui trahit le plus son âme dans ses
écrits>>.
H.M. Bourseaud, Histoire et description des manuscrits et des éditions originales des oeuvres de Bossuet, Slatkine Reprints, Genève,
1971


Sophocle





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