Partager l'article ! XVII ème / Mme de La Fayette / La Princesse de Clèves: 1634 - 1696 Haute figure de l'élite mondain ...
1634 - 1696
Haute figure de l'élite mondaine et littéraire du 17 ème siècle, Mme de La Fayette fut à la fois l'héritière de la tradition précieuse et le précurseur du roman d'analyse moderne.
Une ascension rapide
Marie-Madeleine Pioche de La Vergne est
née à Paris en 1634. Son père, gentilhomme de petite noblesse, lui transmet son goût passionné pour la littérature et lui donne les meilleurs professeurs, comme le célèbre grammairien Ménage,
avec lequel elle restera toujours amie. Après la mort de son père en 1649, sa mère se remarie avec Renaud de Sévigné, oncle de la marquise de Sévigné. Une grande amitié naît
entre la marquise et Mademoiselle de La Vergne dont on garde le témoignage grâce à leur correspondance. Liée d' autre part avec Henriette d' Angleterre dont elle devient la confidente, Marie-
Madeleine, dès sa jeunesse, fréquente la cour de Louis XIV. Très tôt, elle a accès à la meilleure société parisienne et devient une habituée de l'hôtel de Rambouillet où elle rencontre les hommes
de lettres les plus renommés de son temps : Huet, Segrais et, bien sûr, Ménage. Plus tard encore, elle y assiste à des lectures de Racine ou de Corneille. On retrouve d'ailleurs l'influence de
ces deux auteurs dans l'analyse de l'amour chez Mme de La Fayette, pour qui la raison a un rôle important à jouer dans la maîtrise de la passion. Lorsqu'en 1655, après son
mariage avec le comte de La Fayette, elle s'installe en Auvergne, elle reste en contact avec le monde littéraire grâce à ses nombreuses lectures.
Femme de lettres et femme du monde
Mais Mme de La Fayette préfère malgré tout la ville. Monsieur de La Fayette reste à la campagne, tandis qu'en 1660 elle s'installe définitivement à Paris,
rue de Vaugirard. Elle peut y satisfaire son goût pour l'action et les relations mondaines. Elle se consacre à l'éducation de ses deux fils, intervient dans des affaires de justice pour son mari.
Femme du monde et femme de tête aimant agir et diriger, Mme de La Fayette est aussi rêveuse ; et, pour se divertir, elle écrit en 1661 "La Princesse de
Montpensier", nouvelle inspirée des amours d'Henriette d' Angleterre avec le comte de Guiche. Cette oeuvre est publiée en 1662 sous le nom de Segrais ; et c'est encore sous le nom de
celui-ci qu'elle publie en 1670-1671 "Zaïde", roman héroïque et galant. Il était alors hors de coutume pour une femme du monde de se dire auteur. En outre, l'écriture, pour
Mme de La Fayette, reste un amusement. Le roman à cette époque n'était considéré que comme un divertissement mondain. Ses premières oeuvres contiennent en effet beaucoup de la
tradition précieuse, ne serait-ce que par l'imprévu et le nombre des péripéties. D'autre part, peu sûre de son talent, Mme de La Fayette désire garder son secret, à tel point
qu'elle va jusqu'à nier la rédaction de certaines de ses oeuvres.
Mme de La Fayette et
l'amour
Malgré cet apparent détachement pour la création littéraire, elle compose l'un des plus beaux romans d'amour de l'époque classique, "La Princesse de Clèves", qui parut en 1678.
Parce qu'elle a le souci de la justesse, non celui du succès et de la gloire, son écriture va jusqu'à changer. Cette oeuvre doit pourtant à la préciosité ses épisodes romanesques, l'idéalisation
des personnages et le vocabulaire. La nouveauté est dans la précision de l'analyse psychologique qui fait de La Princesse de Clèves le premier roman moderne. On a attribué à La
Rochefoucauld une grande participation à ce roman. Les deux écrivains étaient très liés depuis 1665. Véritables amis, ils s'influencèrent mutuellement ; et c'est sans doute de lui qu'elle apprit
la concision qui donne tant de pureté à son oeuvre. On y retrouve aussi l'esprit janséniste commun aux deux auteurs et qui révèle une méfiance et une peur constantes de l'amour. Pour
Marie-Madeleine, la passion est source de désordre et de chagrin .L'amour, dit-elle,est <<une chose incommode>> ; il s' oppose au bonheur et à la
tranquillité.
La solitude des dernières années
Mme de La Fayette apparaît finalement comme un personnage assez désabusé face au monde et à l'amour. Les sentiments de la "Princesse de Clèves" pour son mari ressemblent
fort à ses propres sentiments pour M. de La Fayette, pour qui elle avait plus d'estime que d'amour et de qui elle se détacha très vite. Pourtant, malgré sa réputation, elle n'était ni sèche ni
insensible, mais aimait la sérénité de la solitude. Ses activités extérieures, ainsi que la littérature lui firent oublier sa mauvaise santé de toujours. Mais bientôt la vieillesse et la
disparition de ses amis rendent plus douloureuse sa maladie. Elle s' était retirée de la cour à la mort de Madame en 1670, puis la disparition de La Rochefoucauld en 1680, celle de son mari en
1683 accentuent sa retraite dans son hôtel de la rue de Vaugirard. Elle se consacre alors à la rédaction d' oeuvres historiques (Histoire d' Henriette d'Angleterre, 1684 ; Les Mémoires de la cour
de France, pour les années 1688 et 1689, publiés en 1731). Elle meurt en 1693, un an après le décès de son ami de toujours, Gilles Ménage.
Extraits :
Le portrait de Mademoiselle de Chartres
Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.
Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ; et quoiqu'elle
fût dans une extrême jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa
seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec
raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins
de grâce et de charmes.
Notes :
Mme de La Fayette nie être l' auteur de son roman dans une lettre au chevalier de Lescheraine datée du 13 avril 1678 : <<Un petit
livre qui a couru il y a quinze ans et où il plut au public de me donner part, a fait qu'on m'en donne encore à la Princesse de Clèves. Mais je vous assure que je n'y en ai aucune et que M. de La
Rochefoucauld, à qui on l'a voulu donner aussi, y en a aussi peu que moi ; il en fait tant de serments qu'il est impossible de ne le pas croire, surtout pour une chose qui peut être avouée sans
honte. Pour moi, je suis flattée que l' on me soupçonne et je crois que j' avouerais le livre, si j' étais assurée que l' auteur ne vînt jamais me le redemander. >>
<<A l'hôtel de Nevers, on l'appelait "le brouillard ". Personne ne sait pourquoi. Les témoignages de ses amis la montrent distante, peu expansive et plutôt triste.
" Jamais elle n'a été sans cette divine raison qui était sa qualité principale", dit Mme de Sévigné. Quand on veut la complimenter, c' est toujours son sérieux
ou son mérite que l'on vante, rarement son charme. Sa santé fragile l' oblige d' ailleurs à de perpétuels ménagements. Elle aime à rêver et à baigner dans la paresse. (...) Il semble
qu'une sorte de langueur sévère, de sérieux chimérique, soit son atmosphère favorite, et c'est peut-être à quoi fait allusion "le brouillard ". >>
B. Pingaud, Mme de La Fayette par elle-même,
Éd. du Seuil, 1959


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