Partager l'article ! XVII ème / Molière / L'Ecole des Femmes / Dom Juan: I) L'école des Femmes Avec "L'école des Femmes", Molière s'attire l'hostilité des comé ...
I) L'école des Femmes
Avec "L'école des Femmes", Molière s'attire l'hostilité des comédiens du roi, inquiets du succès d'un rival, des dévots et des
défenseurs de la morale traditionnelle, qui vouent unanimement au bûcher l'auteur d'une pièce qui "blesse nos mystères". Molière conserve l'appui de Louis XIV, qui lui accorde
une pension de mille livres et sera le parrain de son fils Louis, en janvier 1664. Cela lui permet de répondre aux attaques dont il est l'objet avec "La Critique de l'école des
femmes", ou il affirme avec force, la noblesse de la comédie et la difficulté qu'il y a à "faire rire les hônnètes gens", puis avec "L'Impromptu de
Versailles", dans lequel il ridiculise, en les parodiant, les comédiens de l'hotel de Bourgogne.
"L'Ecole des femmes", en 1662, constitue l'aboutissement de l'évolution : Molière
a trouvé son style. Il traîte un problème moral important, l'éducation des filles, sur lequel il prend parti, dans une grande comédie en cinq actes et en vers, dont l'intrigue est simple, la
progression dramatique continue et la psychologie des personnages parfaitement originale. L'acteur est devenu auteur.
L'intrigue
:
Arnolphe, un bourgeois de quarante deux ans, qui se fait appeler M. de La Souche, veille à ce que l'éducation donnée à sa pupille Agnès la maintienne dans l 'ignorance la plus complète, afin d'en
faire une femme fidèle et soumise, incapable de le tromper. Le jeune Horace vient conter ingénument à Arnolphe, ami de son père, sa rencontre avec une charmante jeune fille, cloîtrée par un
certain M. de La Souche (acte I).
Arnolphe, affolé, fait parler Agnès, lui demande de jeter des pierres au jeune homme s'il revient, et décide de l'épouser au plus tôt (acteII). Arnolphe sermonne Agnès sur la sainteté du mariage
et évoque les flammes de l' enfer qui attendent les femmes infidèles.
Horace, assommé par les
serviteurs d'Arnolphe, fait le mort ; Agnès s'enfuit et le rejoint, mais Horace ne trouve rien de mieux que de la confier à un ami sur : Arnolphe. Au cours d'une scène émouvante Agnès,
transfigurée par l'amour, tient tête à son tuteur, qui souffre et qui la supplie à genoux de ne pas le quitter. Heureusement de retour d'Amérique, le père d'Agnès survient à
temps pour donner sa fille à Horace (acte V).
* homme d'âge mur
Extrait :
AGNÈS : Chez vous le mariage est fâcheux et
pénible,
Et vos discours en font une image terrible ;
Mais, las ! il le fait, lui, si rempli de plaisirs
Que de se marier il donne des désirs.
ARNOLPHE : Ah ! c'est que vous l'aimez,
traîtresse.
AGNÈS: Oui, je
l'aime.
ARNOLPHE :
Et vous avez le front de le dire à moi-même !
AGNES Et pourquoi, s'il est vrai, ne le dirais-je
pas ?
ARNOLPHE : Le deviez-vous aimer, impertinente ?
AGNES : Hélas !
Est-ce que j'en puis mais ? Lui seul en est la cause,
Et je n'y songeais pas lorsque se fit la chose
ARNOLPHE
: Mais il fallait
chasser cet amoureux désir.
AGNES : Le moyen de chasser ce qui fait du plaisir
?
ARNOLPHE
: Et ne
saviez-vous pas que c'était me déplaire ?
AGNES : Moi ? point du tout : quel mal cela vous peut-il faire
?
ARNOLPHE
: Il est vrai, j'ai
sujet d'en être réjoui.
Vous ne m'aimez donc pas, à ce compte ?
AGNÈS: Vous ?
ARNOLPHE: Oui.
AGNES : Hélas ! non.
ARNOLPHE: Comment, non ?
AGNÈS: Voulez-vous que je mente
?
ARNOLPHE :
Pourquoi ne m'aimer pas, Madame l'impudente ?
AGNES : Mon Dieu! ce n' est pas moi que vous devez blâmer :
Que ne vous êtes-vous comme lui fait aimer ?
Je ne vous en ai pas empêché, que je pense.
ARNOLPHE
: Je m'y suis efforcé de
toute ma puissance ;
Mais les soins que j'ai pris, je les ai perdus tous.
AGNES : Vraiment, il en sait donc là-dessus plus que vous,
Car à se faire aimer il n'a point eu de peine.
ARNOLPHE
: Voyez comme raisonne
et répond la vilaine !
Peste! une précieuse en dirait-elle plus ?
Ah ! je l'ai mal connue, ou, ma foi, là-dessus
Une sotte en sait plus que le plus habile homme.
Puisqu'en raisonnements votre esprit se consomme,
La belle raisonneuse, est-ce qu'un si long temps
Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépens ?
AGNES : Non, il vous rendra tout jusques au dernier
double.
ARNOLPHE
: Elle a de certains mots où
mon dépit redouble.
Me rendra-t-il, coquine, avec tout son pouvoir,
Les obligations que vous pouvez m'avoir?
AGNES : Je ne vous en ai pas de si grandes qu'on pense.
ARNOLPHE : N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance
AGNES : Vous avez là dedans bien opéré vraiment,
Et m'avez fait en tout instruire joliment !
Croit-on que je me flatte, et qu'en fin dans ma tête
Je ne juge pas bien que je suis une bête ?
Moi-même j'en ai honte, et, dans l'âge où je suis,
Je ne veux plus passer pour sotte, si je puis....
II) Dom Juan
Molière crée "Un grand seigneur méchant homme", que son mépris de l'humanité et son goût de faire le mal ont écarté des chemins de Dieu. On est loin de la tradition du
simple séducteur ; il s'agit d'un révolté qui se joue cyniquement du noeud sacré du mariage, qui brave audacieusement le ciel en défiant la statue du Commandeur, qui foule allègrement
au pied l'autorité paternelle, et qui se pare hypocritement de son manteau de religion, pour se mettre du coté de la cabale des dévots.
DOM JUAN, libertin et débauché, abandonne sa femme ELVIRE et projette d'enlever une jeune fille à son fiancé : <<Je me sens un cæur à aimer toute la terre.
>>
L'intrigue :
Sauvé d'un naufrage par le paysan PIERROT, il fait la cour à CHARLOTTE, fiancée de son sauveur, ainsi qu'à MATHURINE : il promet aux deux paysannes de les épouser. Ne croyant ni au Ciel ni à
l'Enfer, il tente d'acheter la conscience d'un PAUVRE, mais ce dernier refuse de jurer, et Dom Juan finit par lui donner un louis <<pour l'amour de l'humanité
>>. Avec quelle élégance il éconduit son créancier, M. DIMANCHE ! Mais, passant devant le tombeau d'un COMMANDEUR qu'il a tué six mois plus tôt, il l'a invité à dîner, par
bravade : la statue a acquiescé d'un signe de tête ! Elle vient en effet à sa table et, à son tour, invite Don Juan, qui fait bonne contenance et accepte.
MOLIÈRE, le premier, a complété le portrait du Dom Juan traditionnel en en faisant un hypocrite de religion (acle V). Il reçoit très dévotement son père et lui
laisse croire qu'il va s'amender. Mais, aussitôt après, il détrompe son inséparable valet, le crédule SGANARELLE, qui remerciait déjà le ciel de cette conversion.
Extraits :
ACTE III, SCÈNE PREMIÈRE
DOM JUAN, en habit de campagne, SGANARELLE, en médecin.
SGANARELLE.- Ma foi, Monsieur, avouez que j'ai eu raison, et que nous voilà l'un et l'autre déguisés à merveille. Votre premier dessein n'était point du tout à propos, et ceci nous cache bien mieux que tout ce que vous vouliez faire.
DOM JUAN.- Il est vrai que te voilà bien, et je ne sais où tu as été déterrer cet attirail ridicule.
SGANARELLE.- Oui? C'est l'habit d'un vieux médecin qui a été laissé en gage au lieu où je l'ai pris, et il m'en a coûté de l'argent pour l'avoir. Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération ? que je suis salué des gens que je rencontre, et que l'on me vient consulter ainsi qu'un habile homme ?
DOM JUAN.- Comment donc ?
SGANARELLE.- Cinq ou six paysans et paysannes en me voyant passer me sont venus demander mon avis sur différentes maladies.
DOM JUAN.- Tu leur as répondu que tu n'y entendais rien ?
SGANARELLE.- Moi, point du tout, j'ai voulu soutenir l'honneur de mon habit, j'ai raisonné sur le mal, et leur ai fait des ordonnances à chacun.
DOM JUAN.- Et quels remèdes encore leur as-tu ordonnés ?
SGANARELLE.- Ma foi, Monsieur, j'en ai pris par où j'en ai pu attraper, j'ai fait mes ordonnances à l'aventure, et ce serait une chose plaisante si les malades guérissaient, et qu'on m'en vînt remercier.
DOM JUAN.- Et pourquoi non ? Par quelle raison n'aurais-tu pas les mêmes privilèges qu'ont tous les autres médecins? Ils n'ont pas plus de part que toi aux guérisons des malades, et tout leur art est pure grimace. Ils ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès, et tu peux profiter comme eux du bonheur du malade, et voir attribuer à tes remèdes tout ce qui peut venir des faveurs du hasard, et des forces de la nature.
SGANARELLE.- Comment, Monsieur, vous êtes aussi impie en médecine ?
DOM JUAN.- C'est une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes.
SGANARELLE.- Quoi, vous ne croyez pas au séné - plante médicinale -, ni à la casse - laxatif -, ni au vin émétique - vomitif -?
DOM JUAN.- Et pourquoi veux-tu que j'y croie ?
SGANARELLE.- Vous avez l'âme bien mécréante. Cependant vous voyez depuis un temps que le vin émétique fait bruire ses fuseaux. Ses miracles ont converti les plus incrédules esprits, et il n'y a pas trois semaines que j'en ai vu, moi qui vous parle, un effet merveilleux.
DOM JUAN.- Et quel ?
SGANARELLE.- Il y avait un homme qui depuis six jours était à l'agonie, on ne savait plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisaient rien, on s'avisa à la fin de lui donner de l'émétique.
DOM JUAN.- Il réchappa, n'est-ce pas ?
SGANARELLE.- Non, il mourut.
DOM JUAN.- L'effet est admirable.
SGANARELLE.- Comment ? il y avait six jours entiers qu'il ne pouvait mourir, et cela le fit mourir tout d'un coup. Voulez-vous rien de plus efficace ?
DOM JUAN.- Tu as raison.
SGANARELLE.- Mais laissons là la médecine, où vous ne croyez point, et parlons des autres choses: car cet habit me donne de l'esprit, et je me sens en humeur de disputer contre vous. Vous savez bien que vous me permettez les disputes, et que vous ne me défendez que les remontrances.
DOM JUAN.- Eh bien !
SGANARELLE.- Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au Ciel ?
DOM JUAN.- Laissons cela.
SGANARELLE.- C'est-à-dire que non. Et à l'Enfer ?
DOM JUAN.- Eh.
SGANARELLE.- Tout de même. Et au diable, s'il vous plaît ?
DOM JUAN.- Oui, oui.
SGANARELLE.- Aussi peu. Ne croyez-vous point l'autre vie ?
DOM JUAN.- Ah, ah, ah.
SGANARELLE.- Voilà un homme que j'aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu, encore faut-il croire quelque chose. Qu'est ce que vous croyez ?
DOM JUAN.- Ce que je crois ?
SGANARELLE.- Oui.
DOM JUAN.- Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit;
SGANARELLE.- La belle croyance, que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique ? Il faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la tête des hommes, et que pour avoir bien étudié, on en est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, Monsieur, je n'ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne saurait se vanter de m'avoir jamais rien appris ; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons, n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s'est bâti de lui-même ? Vous voilà vous, par exemple, vous êtes là ; est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n'a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire ? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l'homme est composée, sans admirer de quelle façon cela est agencé l'un dans l'autre, ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces... ce poumon, ce cœur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là et qui... Oh dame, interrompez-moi donc si vous voulez, je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt, vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice.
DOM JUAN.- J'attends que ton raisonnement soit fini.
SGANARELLE.- Mon raisonnement est qu'il y a quelque chose
d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie quelque chose dans la tête qui
pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut ? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds,
aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner...
Il se laisse tomber en tournant.
DOM JUAN.- Bon, voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.
SGANARELLE.- Morbleu, je suis bien sot de m'amuser à raisonner avec vous. Croyez ce que vous voudrez, il m'importe bien que vous soyez damné.
DOM JUAN.- Mais tout en raisonnant, je crois que nous sommes égaré ? Appelle un peu cet homme que voilà là-bas pour lui demander le chemin.
SGANARELLE.- Holà ho, l'homme, ho, mon compère, ho l'ami, un petit mot, s'il vous plaît.


Sophocle





Je viens d'ailleurs de publier m:on avis sur cette pièce de l'auteur sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!