Partager l'article ! XVIII ème / Lamartine / Les Méditations / Poésies: 1790 - 1869 Né à Mâcon le 21 octobre 1790. Alphonse de Lamartine passe son ...
1790 - 1869
Né à Mâcon le 21 octobre 1790. Alphonse de Lamartine passe son
enfance près de cette ville, à la campagne, dans le domaine familial de Milly. De 1803 à 1807, il fait de bonnes études chez les jésuites au collège de Belley. Il revient
ensuite à Milly, et pour occuper ses loisirs, il lit beaucoup et se familiarise en particulier avec le XVIII ème siècle. Ses parents l'envoient en Italie où il a une liaison avec celle
qu'il idéalisera plus tard sous le nom de Graziella. En septembre 1816, à Aix-les-Bains où il est venu faire une cure, il rencontre Julie Charles, femme d'un physicien célèbre,
qui devient sa maitresse. Mais elle est gravement malade et meurt en décembre 1817. Le regret de celle qu'il immortalise sous le nom d'Elvire, la foi retrouvée sous le coup de l' ébranlement
sentimental qu'il a éprouvé, tout cela coexiste dans les "Méditations" avec les thèmes épicuriens héritès du XVIII ème siècle. En juin 1820, après une liaison brève
mais ardente avec l 'Italienne Lena de Larche, Lamartine épouse une Anglaise, Mary-Ann Birch. Il en aura deux enfants, qui disparaitront l'un à vingt
mois, en 1822, l' autre à dix ans et demi, en 1832. Entré dans la diplomatie, Lamartine est successivement attaché d'ambassade à Naples, secrétaire, puis chargé
d'affaires à Florence. Il est élu à l'Académie française en novembre 1829, quelques jours avant la mort de sa mère ; cette perte le marquera profondément. La révolution de juillet 1830 lui donne
l' occasion de quitter la carrière diplomatique. Il publie "De la politique rationnelle", qui contient déjà tout le schéma de l' action qu'il va mener pendant vingt ans, et
s'efforce de se faire élire député. N' y ayant pas réussi du premier coup, il entreprend avec sa famille un voyage en Orient. Il fait une courte escale en Grèce, visite la Syrie, le Liban,
et se rend en pèlerinage au Saint-Sépulcre. Sa fille Julia, déjà malade au départ, meurt à Beyrouth. Ce nouveau deuil lui porte un coup terrible. Il prolonge son voyage quelques mois
encore et rentre en France par les Balkans. Il a été élu pendant son absence député du Nord.
J'emploierai ma jeunesse à la poésie
Rien ne peut enlever à Lamartine la gloire d'avoir été, dans le premiers tiers du XIX ème, l'initiateur de la renaissance poétique en France. Avec l'exécution de Chénier, en
1794, la poésie était bien morte, même si les versificateurs continuaient de se multiplier. Le petit volume des "Méditations poétiques" qui parut sans nom d'auteur en mars 1820,
fut accueilli, par le public avec enthousiasme parce qu'il répondait à un besoin, à une aspiration profonde. Si le livre plut à ce point, c'est d'abord parce qu'il ne surprit pas ; vocabulaire,
rhétorique, les procédés de versification y demeuraient profondément classiques. Mais ce que l'auteur exprimait, avec les mêmes mots cependant que ses prédécesseurs, c'était une expé rience
humaine que ceux -ci avaient fini par sacrifier à la technique, sinon à la virtuosité. Et cette expérience, nourrie de souffrance et d'espérance à la fois, était en accord avec celle de toute une
génération.
Poétiquement, "les Méditations" apportaient tout de même
quelque chose de nouveau ; nouveauté d'autant plus agissante sur la sensibilité des lecteurs qu'elle avait et qu'elle conserve encore un caractère insidieux et comme indéfinissable. Cette
nouveauté, elle est d'abord, comme chez tout véritable poète, dans une certaine vision de l'univers, qui repose ici sur la confusion presque constante de l'image du monde extérieur et de
l'état d'âme. C'est pourquoi, comme on l'a dit souvent, le caractère fondamental du paysage lamartinien, n'est ni le contour classique, ni la couleur romantique, mais le flou, l'imprécis, et
surtout le mouvant. De même, l'essence du lyrisme lamartinien abolit toute distinction d'école entre le fond et la forme de la substance poétique ; elle est dans une alternance continuelle entre
un mouvement d'expansion et un mouvement de concentration qui correspond au rythme même de la vie, celui de la respiration, des battements du coeur, du flux et du reflux de l'élément marin. La
nouveauté est aussi dans la musicalité du vers qui est à l'unisson de ce rythme profond. Ces accents harmonieux avaient disparu de la langue poétique française depuis Racine ; ils resurgissaient
ici avec une fluidité et une plénitude à la fois qui gardent quelque chose d'unique dans notre poésie.
"Les Méditations" ne sont encore qu'un signe avant-coureur, une prodigieuse promesse d'avenir. On l'a dit justement : ce recueil tient beaucoup plus à ce qui l'a précédé
qu'à ce qui le suivra, et Lamartine n'y est jamais qu'un poète du XVIII ème siècle, avec du génie par surcroît (H. Guillemin). La véritable poésie des temps nouveaux n'apparaît qu'en
1830, et prenons garde ici encore qu'à Lamartine revient le privilège d'avoir été la première grande voix du lyrisme romantique : "les Harmonies poétiques et
religieuses" parurent en juin 1830, dix-huit mois avant "Les Feuilles d'automne" de Victor Hugo. Comme le titre le laissait attendre, ce qui
frappe d'abord, dans les "Harmonies", c'est la diversité et la puissance de l'orchestration : " De fait, jamais poète français, y compris Victor Hugo, n'avait déployé cette
virtuosité rythmique".
La puissance tout court également : le recueil est un démenti éclatant à la légende tenace d'un poète efféminé et languissant. Ce poète-là, c'est celui de 1820, mais de 1820 seulement, et, de
toute façon, ce n'est pas l'homme tout entier. Le vrai Lamartine était un "mâle", pour reprendre le mot de Claudel recueilli par Henri Guillemin. Et c'est justement la force de
l'expression qui, à des années de distance, relie entre elles des pièces aussi différentes que "Bonaparte" (1823) "Aux Chrétiens dans les temps d'épreuve" (1826), " Les Révolutions"
(1831), "La Marseillaise de la paix" (1841) ou "Le Désert" (1856).
Alphonse de Lamartine meurt le 28 février 1869, dans un oubli presque total et après avoir vendu
peu à peu tous ses biens. "Les Méditations poétiques" restent le chef-d'œuvre de Lamartine. Acte de naissance du romantisme en France, l'ouvrage reste assez
conventionnel par sa forme. La versification, régulière, et le lexique d'un registre élevé, restaient ceux du siècle précédent. Lamartine sait conférer à ses poèmes une
musicalité particulière, une harmonie fortement évocatoire, qui est considérée, aujourd'hui encore, comme l'une des principales qualités de son œuvre. C'est davantage dans la teneur de ses poèmes
que dans leur forme que Lamartine ouvre une nouvelle ère poétique.
Extrait :
C'est un mince recueil de 24 poèmes dont le succès s'explique par leur adéquation à leur époque, à l'émergence d'une sensibilité nouvelle, liée aux
bouleversements de l'histoire, aux incertitudes de l'avenir et à une nouvelle vision de l'individu, perçu comme être sensible, complexe et comme centre de la
représentation. Les Méditations se présentent comme une sorte de rêverie mélancolique sur le thème de la foi et celui de l'amour. Le poète,
qui parle à la première personne, évoque le souvenir de son amante perdue, qu'il appelle Elvire, et dans laquelle on s'accorde le plus souvent à reconnaître Julie
Charles.
L'automne
Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.
Je
suis d'un pas rêveur le sentier solitaire ;
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois.
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés je trouve plus d'attraits ;
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui.
Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !
Je
voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !
Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu
Peut-être, dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu
La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.
Les Poésies
:
Des poèmes de I'épanchement des "Méditations poétiques" jusqu'aux poèmes épiques ou métaphysiques, Lamartine se distingue comme le chef de file des poètes romantiques.
Le poème "Le Lac" est indissociable du souvenir du lac du Bourget, en Savoie, où Lamartine séjourna en 1816 et en 1817.
Poèmes d'errance et d'espoir
L' oeuvre poétique de Lamartine est abondante. Si elle ne suscite aujourd'hui qu'un intérêt relatif, elle joue un rôle de pivot dans I'histoire de la poésie française. Ce sont
surtout "Les Méditations poétiques" (1820) que l' on retiendra. Présentées comme "les épanchements tendres et mélancoliques des sentiments et des pensées d'une âme", elles
s'inscrivent dans la lignée dessinée par le Rousseau de La Nouvelle Héloïse et le Chateaubriand d'Atala et René. L'ensemble des poèmes du recueil est inspiré par
le souvenir tendre de Mme Julie Charles. Les poèmes de Lamartine disent les errances d'une âme partagée entre le désespoir de I'homme solitaire envahi par une
stérile tristesse et la confiance en Dieu (L' Homme, L' lmmortalité). S'il est le poète de I'épanchement du moi (que d'aucuns, malveillants, n'hésiteront pas à qualifier d'hypertrophié),
Lamartine s'est essayé à de multiples genres : fragments épiques (Jocelyn, 1836; La Chute d'un ange, 1838), poésie engagée (Les Recueillements poétiques, 1839). Poèmes témoignant
toujours d'une constante inquiétude et d'un tourment inapaisables.
"Et moi,je suis semblable à la feuille"...
Si Lamartine s'est ilIustré dans de nombreux genres, c'est en tant que poète qu'il a acquis sa renommée. Son oeuvre poétique porte les traces d'une évolution, celle qui le
conduit des " Méditations poétiques" jusqu'aux poèmes quasi métaphysiques des derniers recueils. Élégies célébrant une triste langueur, vers didactiques, hymnes à la
nature, Lamartine multiplie les thèmes. La nature y est conçue comme un miroir de l'âme, miroir tragique et consolant à la fois. Poésie habitée par le sentiment exacerbé de la
fuite du temps et que rien, pas même la création poétique, ne parvient à fixer. Si l'écriture de Lamartine, le poète à la <<plume qui vole >>, est
résolument tournée du côté du XVIII ème siècle par la forme qu'elle adopte (le vers abonde en tours périphrastiques, en images grandiloquentes), elle innove par une disposition originale
des vers en strophes, qu'emprunteront à sa suite de nombreux poètes romantiques.
Extraits :
L'un des poèmes les plus représentatifs du Iyrisme romantique est "L'Isolement". Le poète se retire, seul, à Milly, un an après la mort de celIe qu'iI nommera Elvire, et livre son
désespoir en des vers restés parmi les plus célèbres
(...)
***
Avec " Le Lac", Lamartine ouvre les voies d'un des grands thèmes à I'origine de I'inspiration romantique, la fuite du temps
***
"La Vigne et la maison" (1857) fait partie des poèmes tardifs. Ces vers sont une transcription d'un dialogue entre le Moi et I'âme
Notes :
Au XIXe siècIe, les vers de Lamartine ont obtenu dès leur publication un important succès. On loue leur élégance et leur harmonie. lls sont érigés en modèle du Iyrisme
romantique. En revanche, dès la seconde moitié du siècIe, iIs sont vivement contestés par les romanciers. Flaubert s'en prend à celui qu'iI juge responsable de
<<tous les embêtements du Iyrisme poitrinaire >>, à cet <<esprit eunuque >>.
- Flaubert, Correspondance, Gallimard, 1973
Quant à Stendhal, iI note dans sa correspondance : <<Lamartine a trouvé des accents touchants, mais dès qu'iI sort de I'expression de I'amour, iI est puéril, iI n'a
pas une haute pensée de philosophie ou d'observation de I'homme. >>
- Stendhal, oeuvres complètes, Gallimard, 1967
L' oeuvre de Lamartine a connu une réhabilitation au XXe siècIe, en raison de sa position cIé dans l'histoire de la poésie française : <<Lamartine, c'est celui qui échoue
sans cesse ; et qui sans cesse commence, mais jamais à neuf. A contempler d'un oeil cIair ses oeuvres poétiques, on conçoit qu'iI vaIait mieux que le dédain dans lequel on l' exile. Avec lui des
accents nouveaux entrent dans la littérature.On lui en veut de pas rompre définitivement avec ce qui le précédait, mais iI n'a pas pris à Voltaire que la platitude du poème, l'
égalité monotone du prêche, iI lui emprunte son déisme, et ne parvint à s'en guérir jamais (...). Le travail de, Lamartine est de redonner une voix aux empires conquis par
le silence. >>-
Hubert Juin, Lectures du XIX ème siècle, 10/18 1976


Sophocle





Derniers Commentaires