Partager l'article ! XX ème / Guillaume Apollinaire: 1880 1918 Poète et critique d'art, mais aussi chroniqueur, essayiste et conteur, Apoll ...
1880 1918
Poète et critique d'art, mais aussi chroniqueur, essayiste et conteur, Apollinaire se situe à la croisée des principales tendances esthétiques du début du XX ème siècle.
Pour faire pièce au réalisme d' un monde
suranné qui n' a pas su éviter la guerre, Apollinaire inventa en 1917 le terme de "surréalisme" pour désigner l' art de son temps, dont iI fut le défenseur et le
poète plus que le théoricien.
Un apprentissage cosmopolite
Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky est né à Rome le 26 août 1880. Fils d'une Polonaise fantasque et d'un Italien qui fut sans doute un officier de I'armée italienne,
Apollinaire est lui-même français par la langue, la cuIture et le coeur. Après de bonnes études dans des collèges religieux à Monaco, puis à Cannes et à Nice, il se rend en 1899
à Paris. En 1901, iI est engagé comme précepteur en Rhénanie. Il est séduit par les endroits pittoresques qu'il découvre en Allemagne mais aussi dans les pays d'Europe centrale qu'il visite
alors. II lui en restera des images et des sensations qui peupleront ses poèmes. Par ailleurs, iI s' éprend d' Annie Playden, gouvernante anglaise de son élève, mais celle-ci le
repousse. La rupture définitive de toute relation entre Apollinaire et la jeune fille, en 1904, affecte profondément le poète qui exprimera son désespoir dans "La
Chanson du mal aimé" :
La vie artistique parisienne
De retour à Paris, employé de banque pour vivre, Apollinaire fréquente certains milieux littéraires. Il se lie avec Jarry, Max Jacob, André Salomon. Avec ce dernier, iI fonde une
revue éphémère, le Festin d' Ésope. Il rencontre aussi des peintres : Derain et Vlaminck en 1904, Picasso en 1905 dont il loue la période bleue. Sa rencontre en
1907 avec Marie Laurencin (ci dessous) insufflera une nouvelle inspiration amoureuse au poète qui écrit alors "Onirocritique" et "Le
Brasier". En 1910, paraît son premier livre, "L' Enchanteur pourrissant". Ses activités
de journaliste et
d'écrivain se développent peu à peu. Ne vivant désormais plus que de sa plume, iI entre à l' Intransigeant comme critique d'art, collabore à Paris- Journal, fait
paraître un roman, "L' Hérésiarque et Cie", qui obtient des voix au prix Goncourt. En 1911, iI inaugure la rubrique de La Vie anecdotique au
Mercure de France, publie "Le Bestiaire, ou Cortège d'Orphée", illustré par Dufy. La même année, à la suite de vols au musée du Louvre, Apollinaire est
incarcéré à la prison de la Santé sous I'inculpation de recel. Ce séjour en prison, qui s'achève par un non-lieu, le bouleversera et lui inspirera ses vers les plus poignants d'
"Alcools".
Apollinaire et Marie Laurencin rompent en 1912. Le poète s'entoure de nouveaux amis : Blaise Cendrars, les Delaunay. Il a des contacts avec le groupe de la
revue berlinoise Der Sturm et avec les futuristes italiens. Il fait publier en 1913 son premier grand recueil de vers, "Alcools". A la veille de la guerre,
Apollinaire apparaît comme l'avocat de I'avant-garde artistique, en peinture comme en poésie.
L'épreuve du feu et le chant du cygne
En 1914, Apollinaire se fait naturaliser et s'engage volontairement dans l'artillerie puis, à sa demande, dans I'in fanterie. Blessé gravement à la tête en mars 1916, iI est
affecté à Paris où iI revient à la vie littéraire. A la fin de 1916 paraît "Le Poète assassiné". Apollinaire rencontre André Breton ; de jeunes poètes
se récIament de lui. Tristan Tzara lui demande de parrainer le mouvement dada naissant. En 1917, il fait représenter "Les Mamelles de
Tirésias",* "drame surréaliste".Il écrit "Calligrammes", qui paraît en 1918. Il épouse le 2
mai 1918 Jacqueline Kolb, I'''adorable rousse" de "Calligrammes", mais meurt bientôt, le 9 novembre, emporté par la grippe espagnole.
Un poète
visionnaire
C' est dans le domaine de la poésie qu' Apollinaire a trouvé avec le plus d'originalité de nouvelles formes d'expression. Dans "Alcools" voisinent des
poèmes de jeunesse, qui se rattachent à son séjour en Allemagne en 1901-1902 et à ses suites sentimentales, et des poèmes écrits en 1912. Tous ces poèmes sont disposés sans ordre chronologique ou
thématique. La suppression de la ponctuation dans ces écrits, suggérée par Blaise Cendrars, parut en 1913 une audacieuse innovation. Elle ne tendait pour le poète qu'à mettre en évidence la
fluidité et l'unité des vers.
Dans "Calligrammes", Apollinaire veut retrouver une forme de poésie brute sous forme de poèmes-conversa tions, ainsi que de poèmes "simultanés" en
relation avec le "simultanéisme des peintres. Il s'y affranchit parfois
de la disposition typographique traditionnelle pour faire avec les
mots et les lettres des jeux graphiques qui répondent au sens du poème.
Venu à la poésie alors que s'éteignait le symbolisme et que le surréalisme s'éveillait, sensible à la modernité sans rejeter la tradition, Apollinaire illustre, entre Verlaine et
Breton,la mutation qui s'est opérée dans la poésie française entre 1900 et 1920.
Échanson de la modernité, Apollinaire incorpore dans le registre
poétique le quotidien du début du XX ème siècle " automobiles, tramways, constructions métalliques. électricité, publicité murale... sont des sources d' inspiration poétique au même titre qu' un
paysage de campagne.
Site officiel : http://www.wiu.edu/Apollinaire/index.htm
Notes :
Apollinaire rompt avec une certaine tradition poétique: <<Apollinaire parle en
prophète de la poésie nouvelle, exploratrice des "profondeurs de la conscience", détentrice de "vastes et étranges domaines", riche d'une beauté de surprise, plus parfaite que celle des
proportions : poésie de I'avenir, de l'ilIimité, de I'aventure qu'iI oppose à l'ordre et à la tradition.>>
-Gaëtan Picon, "Encyclopédie de la Pléiade : Histoire des Littératures"
<<Apollinaire prend à coeur de toujours combler ce voeu d'imprévu qui signale le goût moderne. (...) Apollinaire, pilote du coeur, laissons-nous
seulement gouverner.>>
-André Breton, cité dans le "Dictionnaire des auteurs", Laffon
Ses nombreuses innovations littéraires feront de lui le porte-parole d'un certain modernisme: <<Apollinaire gardait
(...) une conscience très claire des dangers que lui faisaient courir son goût de l' aventure, sa recherche systématique des "étranges domaines" : iI réclamait l'indulgence. Sa tentative pour
tuer la littérature, arracher la
poésie au lyrisme et mettre en forme de vers une suite de constatations remarquables par leur prosaïsme ou leur
platitude, ressemble au jeu d'un mystificateur intelligent et habile qui se torture un peu l'imagination pour renouveler les arts et transformer les visions du monde.>>
-Kléber Haedens, "Une histoire de la littérature française", Les Cahiers rouges, Grasset, 1970


Sophocle





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