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"Alcools", dont le titre primitif était "Eau de Vie" a paru en avril 1913 au
Mercure de France.
Le recueil est composé de textes pour la plupart éparpillés dans diverses Revues et qui offrent le reflet mêlé de la poésie d' Apollinaire entre 1898 et 1912. Au cours de la
correction des épreuves le poète a systématiquement supprimé toute ponctuation : ce fait est considéré comme une innovation importante. Par sa généralisation, il marque, en effet, une date. Mais
déjà Mallarmé avait utilisé le procédé.
Apollinaire lui-même avait toujours eu une ponctuation pauvre et errante. En 1913 il n'a fait que pousser à l'extrême un principe : << le rythme même et la coupe
des vers voilà la véritable ponctuation>>.
Trois disques, enregistrés au Musée de la Parole en 1914, montrent qu'il modulait plutôt qu'il ne récitait ses textes. L'ordre adopté dans le recueil ne répond vraisemblablement qu'à des raisons
de variété et de surprise. Un seul fait pose problème : le dernier en date des poèmes, "Zone" , a été introduit après coup et placé en tête, comme pour donner une
brusque enseigne révolutionnaire à un ensemble qui ne répond pas absolument à cette annonce.
Compte tenu de cet arbitraire et sans prétention à I'exacte chronologie, une présentation fragmentaire peut donc ordonner les textes d' Apollinaire de façon à faire sentir à la
fois la variété et I'évolution de sa poétique.
1) LE PONT MIRABEAU
Voici ici le célèbre "Pont Mirabeau" qui est
son Lac, son Souvenir, sa Tristesse d'Olympio.
Rien de <<romantique> dans ce rappel d'une souffrance personnelle (le poème date de 1912, époque de la rupture progressive avec Marie Laurencin) et dans l'image de I'eau qui passe,
symbole d un évanouissement nécessaire. Mais ici, pas de <<méditation >>. Un seul vers suffit à I'évocation du décor qui est celui d'Auteuil, familier au poète ; une admirable
confusion s'établit entre la présence humaine et I'image matérielle d'un pont (vers 9) ; I'ample rhétorique romantique fait place à une expression rapide et discrète qui conduit naturellement à
un refrain.
On remarquera I'usage habile d'une forme et d'une versification quasi régulières comme aussi l'heureux effet de la ponctuation supprimée dans ce poème de la fluidité. Seul, le second vers de
chaque strophe, laissant en suspens une terminaison masculine, détermine une pause très heureuse : preuve d'un travail conscient et d'une
grande recherche rythmique, cette disposition n'a été adoptée qu'après coup ; la strophe était initialement composée de trois décasyllabes à rimes féminines.
2) LA CHANSON DU MAL AIME (extrait)
La dédicace à Paul Léautaud assure que le poème, achevé en 1903, a attendu six
ans sa publication parmi les manuscrits du Mercure de France. Complainte de la mauvaise chance, il trouve son émouvant contraste dans les derniers vers publiés de l'aveu du poète : La
Jolie Rousse, chant d'espoir qui termine les Calligrammes.
En réaIité Apollinaire revit ici et confond les deux voyages qu'il a faits à Londres pour reconquérir Annie Playden mais en vain. Cinquante-neuf quintils composent sa
<<Chanson>> qui comporte des disparates surprenantes et même choquantes entre les deux sommets de l'ouverture et du finale. Mais l'analyse révèle un enchaînement subtil des thèmes qui
traduisent les étapes diverses et les mouvements incontrôlables d'un désespoir de plu sieurs plusieurs mois dans une âme capable d'éprouver toutes les nuances et de rendre tous les accents d'une
seule douleur.
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Lorsqu'il fut de retour enfin Dans sa patrie le sage Ulysse Son vieux chien de lui se souvint Près d'un tapis de haute lisse Sa femme attendait qu'il revînt L' époux royal de Sacontale1 Las de vaincre se réjouit Quand il la retrouva plus pâle D'attente et d'amour yeux pâlis Caressant sa gazelle mâle J'ai pensé à ces rois heureux Lorsque le faux amour et celle Dont je suis encore amoureux Heurtant leurs ombres infidèles Me rendirent si malheureux Regrets sur quoi l'enfer se fonde Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes yeux Pour son baiser les rois du monde Seraient morts les pauvres fameux Pour elle eussent vendu leur ombre |
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1 Epouse du Roi
Douchmanta dans la lit térature indoue |


Sophocle





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