Partager l'article ! XX ème / Thomas Stearns Eliot: 1888 1965 Poète, dram ...
1888 1965
Poète, dramaturge, critique, T.S. Eliot a exercé sur tous ses contemporains une influence décisive. Beaucoup l'ont imité à perte de souffle, certains l'ont obstinément rejeté, mais nul n'est resté insensible à sa voix.
Américain de vieille souche - il naît à Saint Louis, Missouri, le 26 septembre 1888 - brillant étudiant à Harvard où il sera assistant en philosophie pendant deux ans, de 1912 à
1914, T.S. Eliot s'imprègne très tôt, non seulement de l'humanisme gréco-latin dont ses pièces s'inspireront largement, mais aussi des grands textes sacrés de l' Inde, les Védas, les
Upanishads, la Bhagavad-Gîtâ dont on trouvera maints échos dans les "Quatre quatuors", et de "La Divine comédie" de Dante qui hante "La Terre vaine". C'est sur cette toile de fond que va s'inscrire l'oeuvre du poète :
<< Les jeunes écrivains imitent, les écrivains mûrs pillent >>, confie-t-il.
En 1913, une bourse d'études lui permet de se rendre en Allemagne. A la déclaration de guerre, il se hâte
de regagner l'Angleterre et trouve refuge à Menon College (Oxford) ;
là, il se consacre à la rédaction de sa thèse sur le philosophe F.H. Bradley. Cette thèse, jamais soutenue, ne sera publiée qu'en 1964 sous le titre "Knowledge and Experience" ;
dans un avant-propos, T.S. Eliot tient à préciser qu'il n'est pas sûr de comprendre cette étude conçue 46 ans auparavant. Cependant, les idées et les intuitions du philosophe ne
vont cesser de le préoccuper comme en témoigne leur commune méditation sur le thème de l' Absolu.
En 1915, il épouse à Londres une jeune Anglaise, Vivien Haigh (ci dessous), et doit alors sérieusement songer à gagner sa vie : d'abord maitre d'école, il trouve un
emploi à la Lloyds Bank en 1917. Ce premier mariage fut un épisode déterminant qui marqua douloureusement toute la vie du poète : Vivien manifesta bientôt des signes inquiétants de
nervosité. En 1921, fortement ébranlé lui aussi, T.S. Eliot va se faire soigner à Lausanne où il parvient à
retrouver un équilibre compromis en même temps qu'il compose
"La Terre vaine". Le couple devait se séparer en 1932 et Vivien mourra en 1948, dans une clinique psychiatrique. Un second mariage, en 1957, accordera au poète la paix qu'il
avait tant cherchée. Les dernières années de sa vie, qu'il partage avec sa seconde femme, Valérie, seront enfin heureuses et lui permettront sans doute de se réconcilier avec lui-même.
Une date importante est associée à deux décisions capitales : en 1927, il devient citoyen britannique et se convertit à l'anglicanisme. Si la première option rappelle la démarche de son illustre
contemporain Henry James, la seconde mutation ne va pas manquer d'infléchir le message et la portée de son oeuvre.
En 1948, T.S. Eliot reçoit le Prix Nobel de Littérature. C'est la célébrité. Il ne souhaitait pas que l'on écrivît sa biographie : à ses yeux, seul importe le poème offert au
public. Dans un poème écrit en français en 1917, <<Mélange adultère de tout >> - titre emprunté à Tristan Corbière -, n'a-t-il pas résumé pour les curieux tous les événements
mémorables de sa carrière jusqu'à cette date ?
En Amérique, professeur;
En Angleterre, journaliste ;
C' est à grands pas et en sueur
Que vous suivrez à peine ma piste.
En Yorkshire, conférencier ;
A Londres, un peu banquier,
Vous me paierez bien la tête.
C'est à Paris que je me coiffe
Casque noir de jemenfoutiste.
T.S. Eliot n'a rien du poète naif. Bien au contraire. Il a médité sur le phénomène poétique, soucieux d'en renouveler les données, conscient à la fois de I'héritage prodigieux
transmis par la tradition et de la nécessité de ne point le trahir ; il s'est donc imposé très tôt un trajet singulier, difficile.
Pour lui, le poème consiste à traduire fidèlement les sentiments, les expressions, les images contemporaines. Réceptivité, humilité, abnégation, telles sont les vertus que le poète se doit de
cultiver
: << la poésie ne consiste pas à lâcher la bride à I'émotion mais à fuir I'émotion >> car <<l' l'émotion artistique est impersonnelle >>.
La formule frappe par son caractère tranchant, son dogmatisme. En vérité, les meilleurs poèmes de T.S. Eliot vont exprimer une tension majeure qui naît du besoin impérieux
d'obéir à un ordre rigoureux en même temps que la texture mélodique laisse percevoir des accents, des élans qui n'appartiennent qu'au seul poète.
Dès 1908, à Harvard, T.S. Eliot découvre deux poètes français qui vont l'aider considérablement à moduler son timbre : Jules Laforgue et Tristan Corbière le
fascinent en ce qu'ils apportent des accords nouveaux ou plutôt une certaine discordance bien étrangère aux harmonies baudelairiennes ; avec eux, la surprise, l'insolite, le prosaisme cocasse
acquièrent droit de cité : <<La chanson d'amour de J. Alfred Prufrock *>> sera le résultat de cette rencontre. Laforgue et Corbière lui fournissent l'instrument qui
lui permet de nuancer son chant comme il l'entend : le mode mineur tord le cou à I'éloquence, tourne le dos au sublime, à l'emphase. Quelle meilleure recette pour tout dire sans en avoir l'air,
se livrer sans abandon, parler de soi sans l'avouer, doser la confidence au point de la gommer ? Tous les procédés de la rhétorique sont bons pour détourner l'attention du sujet vers l'objet,
innocenter le poète en quelque sorte, faire basculer la réalité poétique de telle sorte que seuls importent désormais les rouages et les révolutions de la précieuse mécanique plutôt que les
battements du coeur romantique. Ce qui compte en définitive, c'est moins ce que I'on dit que la façon de le dire.
* http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chanson_d%27amour_de_J._Alfred_Prufrock
Le mode mineur, T.S. Eliot aurait également pu I'entendre dans les austères vibrations si caractéristiques de deux poètes américains qui appartiennent aux dernières décennies du
XIXe siècle : Emily Dickinson et Stephen Crane, Mais il a tenu à s'inspirer d'une autre langue, le français, pour bien établir entre lui et la poésie la distance nécessaire entre le créateur et
sa création. Créer, c'est toujours se mettre en question et nous savons qu' << ironiser, c'est s'absenter>>, selon le très bel aphorisme du philosophe V. Jankélévitch.
Il meurt à Londres le 4 jnvier 1965, suite à un emphysème.
LAURENT TERZIEFF répond aux questions de Laure Adler à propos de la pièce qu'il joue actuellement "Meurtre dans la cathédrale" de T.S ELIOT. Il parle du texte de cette pièce écrite en vers, contradiction de la foi par rapport à la vérité, texte qui prouve que tout peut être dit par la poésie pure.
Le 29 décembre 1170, l'archevêque Thomas Becket (52 ans) est assassiné dans sa cathédrale de Cantorbéry pendant qu'il célèbre les vêpres. C'est l'épilogue d'une amitié entre le prêtre et le roi Henri II qui s'est transformée en haine. Une tragédie de théâtre appliquée à l'Histoire !
Fils d'un marchand de Rouen, Thomas Becket conjugue tous les talents : beauté, intelligence, adresse. Après des études à Paris, il entre au service de Théobald, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre. Celui-ci lui confie la charge d'archidiacre.
Thomas Becket devient le chancelier et l'ami du roi Henri II Plantagenêt dès l'avènement de celui-ci sur le trône d'Angleterre. Il se montre administrateur efficace et bon courtisan. Il partage les plaisirs du roi, part avec lui faire la guerre en Aquitaine et ne se prive pas de taxer les abbayes pour couvrir les besoins de la cour.
Lorsque meurt Théobald en 1162, Henri II croit habile de confier l'archevêché de Cantorbéry à son ami. Il espère avoir de la sorte un interlocuteur complaisant à la tête du clergé anglais. Mal lui en prend. Thomas Becket change très vite de manière et prend sa nouvelle tâche à coeur. Il abandonne sa charge de chancelier et, dès le synode de Westminster, en octobre 1163, s'oppose publiquement à son ancien ami qui veut lever des taxes sur les terres d'Église et soumettre les ecclésiastiques à sa juridiction.
Le roi promulgue à cet effet les Constitutions de Clarendon. Celles-ci placent l'Église anglaise
sous l'autorité du trône. On peut lire par exemple : «Les clercs, lorsqu'ils auront été convoqués devant un tribunal du roi, devront se rendre à son tribunal et aussi au tribunal
ecclésiastique. Et si un clerc a été convaincu ou s'il a avoué, l'Eglise n'a plus le droit de le protéger.
Les archevêques, les évêques et toutes les personnes dans le royaume qui sont vassaux directs du roi tiennent leurs possessions du seigneur roi en baronie et doivent en rendre compte aux
fonctionnaires et aux officiers du roi...
Et si l'archevêque ne rend pas bonne justice, l'appel doit venir en dernier ressort au roi et il ne doit pas aller plus loin sans l'autorisation du seigneur roi.»
Thomas Becket accepte dans un premier temps les Constitutions puis se rétracte à la demande du pape Alexandre III.
Sommé de comparaître devant une assemblée de barons, l'archevêque prend la poudre d'escampette. Il traverse la Manche et se réfugie à l'abbaye de Saint-Colombe, à Sens, sous la protection du roi de France et du pape. Son séjour sur le Continent se prolonge pendant six ans.
Enfin, sur la foi d'une promesse de réconciliation d'Henri II, qui le rencontre à Fréteval, en France, il consent à revenir en Angleterre.
Mais les querelles reprennent de plus belle. Un jour, comme l'archevêque a excommunié tous les évêques qui ont pris le parti du roi, celui-ci s'écrie : «Eh ! quoi, parmi tous ces lâches que je nourris, aucun n'est donc capable de me venger de ce misérable clerc !» Quatre chevaliers ne se le font pas dire deux fois et courent à la cathédrale faire ce qu'ils croient être leur devoir.
Devant le scandale national et international que soulève le crime, Henri II abroge les Constitutions de Clarendon et fait amende honorable. Il se rend devant la châsse de l'archevêque, à Cantorbéry, et y passe un jour et une nuit en prière. Puis, devant les 70 moines du chapitre de la cathédrale, il se dépouille de ses vêtements et se fait fouetter. Il reçoit enfin l'absolution. Comme, le même jour, ses troupes triomphent des Écossais, ses sujets estiment que Dieu l'a effectivement absous.
La châsse du saint archevêque martyr vaut à Cantorbéry de devenir pendant un temps une destination de pèlerinage aussi prisée que Compostelle.
Deux auteurs modernes ont rendu vie à cette histoire. Il s'agit de Thomas Eliot (Meurtre dans la cathédrale) et Jean Anouilh (Becket).


Sophocle





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