Le blog de Cathou
1901 1976
La vie d' ANDRÉ MALRAUX a fait de cet étudiant à l' École des Langues Orientales, déjà passioné d'archéologie en 1922, non seulement un témoin important, mais un acteur, tantôt caché, tantôt découvert, des grands drames de l'époque.
Entre 1923 et 1927 il a vécu en Extrême-Orient et participé à des expéditions
archéologiques, des mouvements révolutionnaires, de vrais combats aussi, sous le drapeau du Kuomintang*. Il a, dès 1933, milité contre le fascisme et l'hitlérisme, puis lutté
dans l'aviation aux côtés des républicains espagnols à partir de 1936. Évadé
d'un camp de prisonniers après l'armistice de 1940, blessé dans les rangs du <<maquis>>, il a commandé la célèbre brigade
<<Alsace-Lorraine>> pendant la libération du
sol français. Armé par tant d'expériences et considéré comme possédant au plus haut point << le sens du
monde actuel >>, il a, depuis 1945, abandonné le <<mythe de la Révolution>> pour le <<primat de la nation>> - le terme appartient aux
Antimémoires - et suivi la voie du général de Gaulle, avant de l'imiter dans la retraite qu'il évoquera dans "Les Chênes qu'on abat" (1971). Titulaire de Ministères à la mesure
de son rayonnement (Information, 1945-1946 ; Affaires culturelles après 1958) il a orienté sa méditation vers << l'éternité>> de l'Art * *et publié divers tomes
du "Miroir des limbes" - "Antimémoires" (1967) - "Les Chênes qu'on abat" (1971) - "Lazar" (1974).
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Kuomintang
** Outre son oeuvre de romancier, MALRAUX a composé un ensemble important de critique esthétique : Les Voix du Silence (1951) - Le Musée Imaginaire de la Sculpture Mondiale (1952-1954) - La Métamorphose des Dieux (1957-1974) - La Tête d'obsidienne (1974). Il sait que le geste qui crée exerce une action profonde et continue sur la vie spirituelle.
Site André MALRAUX / http://www.malraux.org/
On cite souvent la déclaration de Malraux qui se trouve au début des "Antimémoires" : <<Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne>>. Malraux est le contraire d'un introverti ; et il n'a cessé, tout au long de sa vie de dénoncer une certaine forme d'individualisme.
A la solitude, à la mort ou à la souffrance, Malraux opposera toujours la fraternité ; celle qui se manifeste dans le combat, pendant la guerre d'Espagne par exemple : <<les hommes unis à la foi par l'espoir et par l'action accèdent à des domaines auxquels ils n'accéderaient pas seuls>> ( L'Espoir).
Privé du christianisme auquel il ne croit pas, et de façon générale <<amputé de l'éternel >> (Antimémoires) Malraux, trouve dans l'Art, dans la communion des chefs-d'oeuvre, une autre forme de fraternité.
L'Art est un anti-destin : le destin pour Malraux, c'est tantôt une sorte de fatalité, <<la certitude que vous serez cela et pas autre chose, que vous aurez été cela et pas autre chose>> ; tantôt, la condition humaine : <<le Destin n'est pas la mort. Il est fait de tout ce qui impose à l'homme la conscience de sa condition >>. On ne nie pas sa condition ; on peut tenter de l'assumer : <<NON>> jeté à ceux qui opprime, NON à la misère qui prive l'homme de sa dignité : un pauvre ne peut pas s'estimer, NON à ceux qui avilissent l'homme, NON à l'angoisse de la solitude, NON à l'absurde.
Les différentes voies explorées par Malraux sont autant d'expériences successives pour fonder la grandeur de l'homme. Il est facile de remarquer que l'oeuvre de Malraux sort de sa vie. Mais on peut dire tout aussi bien que sa vie, c'est la mise en pratique, l'épreuve de sa conscience, de sa vérité intérieure. Les deux s'interpénètrent. Tout oeuvre naît d'une rencontre : l'aventure, le combat, la fraternité, l'art.... Mais ces rencontrent répondent à un appel venu de lui-même.
Interview de Raymond ARON sur André MALRAUX :
Raymond ARON parle de ses relations amicales avec André MALRAUX, de leur antifascisme et des rapports d'André MALRAUX avec le Parti Communiste avant et après la guerre.